La vision de l’Europe pour l’agriculture et l’alimentation ?

En février 2025, la Commission européenne a présenté sa Vision pour l’Agriculture et l’Alimentation à l’horizon 2040, une feuille de route stratégique destinée à orienter les politiques agricoles et alimentaires de l’Union européenne pour les prochaines décennies. Ce document vise à concilier compétitivité économique, durabilité environnementale et résilience climatique dans un contexte marqué par l’instabilité géopolitique, les défis climatiques et les mutations des marchés alimentaires.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des travaux menés en 2024 dans le cadre du Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture européenne, un processus de concertation réunissant 29 représentants du secteur agricole, de l’industrie agroalimentaire, de la société civile et du monde académique afin d’identifier des orientations communes pour l’avenir des systèmes agricoles et alimentaires européens[1].

[1] Commission européenne, Strategic Dialogue on the Future of EU Agriculture, rapport final remis le 4 septembre 2024.

La Vision De L’Europe Pour L’agriculture Et L’alimentation 01

Bruxelles redéfinit la feuille de route européenne sur les stratégies des filières alimentaires et agroalimentaires

Pour les entreprises agroalimentaires, cette vision de la commission européenne  ne constitue pas seulement un cadre politique. Elle annonce des évolutions profondes des chaînes d’approvisionnement, des exigences réglementaires et des stratégies RSE. En 2026, avec l’ouverture de nouvelles consultations européennes et les discussions sur la simplification de la Politique Agricole Commune (PAC), les acteurs de la filière disposent d’une fenêtre stratégique pour anticiper ces transformations grâce à la transition agroécologique et renforcer leur RSE.

Dans ce contexte, l’agroécologie apparaît comme une approche capable de répondre simultanément aux enjeux de résilience agricole, de compétitivité des filières et de transition environnementale.

Que retenir de la Vision européenne 2040 pour l’agriculture et l’alimentation ?

La Vision européenne pour l’agriculture et l’alimentation s’inscrit dans la continuité du Pacte vert européen et des politiques alimentaires lancées depuis 2020. L’objectif global est de construire un système alimentaire capable d’assurer la sécurité alimentaire tout en respectant les limites environnementales.

Le document publié par la Commission repose sur plusieurs priorités structurantes.

  • Assurer la durabilité et la résilience du système alimentaire : L’agriculture européenne doit répondre à un triple défi : produire suffisamment pour nourrir la population, garantir des revenus équitables aux agriculteurs et réduire l’empreinte environnementale des systèmes agricoles. La vision européenne insiste notamment sur la nécessité de produire dans les limites des ressources naturelles, en particulier pour préserver les sols, l’eau et la biodiversité.
  • Maintenir la compétitivité de l’agriculture et de l’agroalimentaire européens : L’agriculture et l’agroalimentaire représentent un pilier économique majeur en Europe. En 2022, l’ensemble du système agroalimentaire européen représentait près de 30 millions d’emplois[1]. La stratégie européenne vise donc à préserver cette compétitivité face à la concurrence internationale tout en renforçant la valeur ajoutée des filières.
  • Accélérer l’innovation et la recherche : La Commission souligne le rôle central de l’innovation dans la transformation du secteur agricole. Les programmes européens de recherche, notamment Horizon Europe, financent de nombreux projets portant sur la gestion durable des ressources, la transition des systèmes alimentaires et la résilience climatique. Le programme dispose de plusieurs milliards d’euros consacrés aux défis liés à l’alimentation, à la bioéconomie et aux ressources naturelles.
  • Favoriser le renouvellement des générations : Un autre enjeu majeur concerne la démographie agricole. Aujourd’hui, environ 12 % des agriculteurs européens ont moins de 40 ans, ce qui pose un défi pour le renouvellement des exploitations. La Commission souhaite ainsi favoriser l’installation de nouveaux agriculteurs et renforcer l’attractivité des métiers agricoles.


[1] Commission européenne, A Vision for Agriculture and Food, communication publiée le 19 février 2025.

Des outils pour financer la transition agroécologique : COVALO et les PSE régénératifs

Pour accélérer la transition agroécologique, l’association Pour une Agriculture du Vivant développe des dispositifs associant agriculteurs, entreprises agroalimentaires, acteurs financiers et institutions publiques. L’objectif est de sécuriser économiquement les changements de pratiques et de structurer des modèles de financement capables de se déployer à grande échelle.

Le programme COVALO (COopération et VALOrisation) vise ainsi à créer des coalitions territoriales d’acteurs publics et privés afin de financer et accompagner la transition. Reposant sur une gouvernance collective et la mutualisation des risques au sein de la chaîne alimentaire, il ambitionne de soutenir plusieurs milliers d’agriculteurs tout en régénérant les sols et en sécurisant les approvisionnements des filières. Ces coalitions réunissent agriculteurs, coopératives, industriels, collectivités et acteurs financiers pour élaborer des feuilles de route territoriales et financer durablement les changements de pratiques.

L’association développe également des paiements pour services environnementaux (PSE) régénératifs. Dans les Hauts-de-France, un dispositif pilote associe notamment l’Agence de l’eau Artois-Picardie et des entreprises agroalimentaires afin de rémunérer les agriculteurs pour les bénéfices environnementaux générés par leurs pratiques (qualité de l’eau, stockage de carbone, préservation des sols). Le financement combine fonds publics et contributions privées afin de couvrir une partie des risques liés à la transition.

Ces mécanismes constituent des leviers stratégiques pour les entreprises agroalimentaires engagées dans la transition, en contribuant à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement et à renforcer la crédibilité de leurs démarches RSE. Ils traduisent aussi une évolution des modèles économiques agricoles, qui reconnaissent la production de services environnementaux essentiels aux territoires.

Semis Diversifi‚ Dans Jeunes Poiriers
2026 Une Année Clé Pour Orienter Les Politiques Agricoles Européennes
Semis Diversifi Pommiers

2026 : une année clé pour orienter les politiques agricoles européennes

Si la Vision 2040 trace une direction stratégique, l’année 2026 constitue une étape décisive pour sa mise en œuvre.

Des consultations publiques pour associer les acteurs de la filière

La Commission européenne organise régulièrement des consultations afin de recueillir les contributions des parties prenantes (agriculteurs, entreprises, organisations professionnelles, ONG ou chercheurs) dans l’élaboration des politiques agricoles. Ces consultations permettent d’identifier les obstacles réglementaires, d’évaluer l’impact des politiques existantes et de mieux comprendre les réalités économiques et agronomiques du terrain.

Le Dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture européenne, lancé en janvier 2024 par la Commission européenne, constitue un exemple récent de ce type de démarche. Ce processus de concertation a réuni une trentaine d’acteurs issus de l’ensemble de la chaîne alimentaire – organisations agricoles, industrie agroalimentaire, distribution, ONG environnementales et représentants du monde académique – afin de formuler des orientations pour l’avenir du système alimentaire européen. Les travaux se sont conclus en septembre 2024 par la publication d’un rapport intitulé A Shared Prospect for Farming and Food in Europe, qui formule quatorze recommandations pour renforcer la durabilité, la compétitivité et la résilience du système alimentaire européen. Parmi les priorités identifiées figurent notamment l’amélioration de la position économique des agriculteurs dans la chaîne de valeur, l’accélération de la transition écologique des systèmes agricoles et le renforcement de l’innovation dans les filières alimentaires[1].

Au-delà de ce dialogue stratégique, plusieurs consultations européennes sont actuellement menées ou préparées sur des sujets structurants pour l’avenir des filières agricoles et agroalimentaires. La Commission travaille par exemple à la mise en place d’un cadre européen de certification pour l’agriculture carbone, destiné à reconnaître et valoriser les pratiques agricoles contribuant au stockage de carbone dans les sols et à la réduction des émissions agricoles[2]. D’autres consultations portent sur la révision des réglementations européennes relatives au bien-être animal, sur les priorités de recherche et d’innovation agricoles dans le cadre du programme Horizon Europe, ou encore sur les orientations de la future PAC après 2027[3].

Pour les entreprises agroalimentaires, participer à ces consultations représente une opportunité stratégique. Elles peuvent ainsi contribuer à orienter les politiques futures, notamment sur les questions de durabilité des chaînes d’approvisionnement, de compétitivité des filières ou d’innovation agricole. Dans un contexte de transformation rapide des cadres réglementaires européens, cette participation constitue également un moyen d’anticiper les évolutions à venir et d’adapter leurs stratégies industrielles et RSE.

[1] Commission européenne, Strategic Dialogue on the Future of EU Agriculture – Final report “A Shared Prospect for Farming and Food in Europe”, septembre 2024.
[2] Commission européenne, Carbon Removal Certification Framework (CRCF) – consultations publiques sur la certification du carbone agricole et forestier.
[3] Commission européenne, consultations publiques sur la révision des règles de bien-être animal et préparation des politiques agricoles et alimentaires post-2027.

Vers une simplification de la PAC

La PAC constitue le principal instrument de soutien au secteur agricole européen. Dans le cadre de la nouvelle vision agricole, la Commission prévoit des mesures de simplification administrative, afin de réduire la charge réglementaire pesant sur les exploitations et les filières. La Commission européenne a notamment annoncé travailler sur un ensemble de mesures visant à simplifier certaines obligations administratives et à améliorer la position des agriculteurs dans la chaîne alimentaire, tout en maintenant les objectifs environnementaux de la PAC. Ces discussions s’inscrivent dans la perspective de la PAC post-2027 et visent à mieux adapter les dispositifs aux réalités économiques et environnementales.

Un dialogue renforcé avec les acteurs des filières agricoles et agroalimentaires

La Commission a également engagé un dialogue stratégique sur l’avenir de l’agriculture européenne, réunissant différents acteurs de la chaîne alimentaire pour réfléchir aux transformations nécessaires du système agricole et alimentaire.

Conférences, ateliers et échanges sectoriels organisés à Bruxelles permettent ainsi de construire un consensus autour des priorités agricoles et alimentaires pour les décennies à venir.

Des implications directes pour les entreprises et acteurs agroalimentaires

Pour les entreprises du secteur agroalimentaire, les orientations européennes ne sont pas abstraites. Elles auront des impacts concrets sur la gestion des chaînes d’approvisionnement, les politiques RSE et la compétitivité à long terme.

Transformer les chaînes d’approvisionnement

La pression croissante sur les ressources naturelles et les exigences environnementales conduisent les entreprises à repenser leurs modèles d’approvisionnement. Les filières agricoles devront évoluer pour garantir à la fois productivité, durabilité et résilience climatique. Dans ce contexte, les entreprises agroalimentaires sont de plus en plus amenées à travailler directement avec leurs fournisseurs agricoles pour soutenir la transition vers des pratiques plus durables.

Des outils pour financer la transition agroécologique : COVALO et les PSE régénératifs

Pour accompagner les entreprises agroalimentaires dans la transformation de leurs filières, Pour une Agriculture du Vivant a développé la Démarche de Régénération (DR), un parcours structuré permettant d’intégrer concrètement l’agroécologie dans les stratégies d’entreprise et les politiques RSE. Cette démarche vise à traduire les engagements environnementaux en actions opérationnelles et résultats mesurables au sein des filières agricoles.

La première étape repose sur un diagnostic initial, réalisé avec l’entreprise, afin d’évaluer la maturité de ses filières et d’identifier les leviers de transformation. Ce diagnostic permet de définir une trajectoire de progrès et d’orienter les actions à mettre en place pour accompagner la transition agricole.

La Démarche de Régénération s’appuie ensuite sur plusieurs piliers. Elle comprend notamment l’acculturation des équipes et des partenaires aux enjeux de l’agroécologie, la mise en place de dispositifs d’accompagnement des agriculteurs et la structuration de filières agroécologiques pérennes reposant sur des contrats et des mécanismes incitatifs favorisant la progression des pratiques agricoles.

Au cœur de ce dispositif figure l’Indice de Régénération (IR), développé par PADV. Cet outil constitue un référentiel agronomique permettant de mesurer, piloter et valoriser les trajectoires de transition agroécologique des exploitations et des filières. Il évalue les pratiques agricoles de manière systémique à partir d’indicateurs couvrant notamment le sol, les cultures et le paysage, afin de suivre les progrès réalisés dans le temps.

Au-delà des outils techniques, la Démarche de Régénération repose sur une logique de mise en réseau et d’action collective. Les entreprises participantes contribuent au développement d’outils communs, partagent leurs retours d’expérience et participent à un programme d’innovation visant à accélérer le déploiement de l’agroécologie à grande échelle.

En structurant ainsi le diagnostic, la mesure des progrès et la gouvernance des filières, PADV propose aux entreprises un cadre opérationnel pour sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement, renforcer la crédibilité de leurs stratégies RSE et anticiper les futures exigences réglementaires liées à la transition agricole et environnementale.

Anticiper les évolutions réglementaires de l’UE

Les politiques européennes en matière de durabilité se renforcent progressivement.

Plusieurs réglementations récentes renforcent les obligations des entreprises en matière de transparence et de responsabilité environnementale. C’est notamment le cas de la directive européenne sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD), qui impose aux grandes entreprises de publier des informations détaillées sur leurs impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance, ainsi que sur leurs chaînes d’approvisionnement[1].

D’autres initiatives réglementaires, comme la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité (Corporate Sustainability Due Diligence Directive – CSDDD) ou le règlement européen contre la déforestation importée, renforcent également les exigences de traçabilité et de responsabilité dans les chaînes d’approvisionnement agricoles. Anticiper ces évolutions permet aux entreprises de limiter les risques réglementaires et de sécuriser leur stratégie.

[1] Directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) sur le reporting de durabilité des entreprises.

Accéder à de nouveaux financements

La transition vers des systèmes alimentaires durables est également soutenue par de nombreux programmes européens de financement. Outre la PAC, l’Union européenne mobilise des fonds de recherche et d’innovation pour soutenir les projets liés à la transition écologique, à la gestion des ressources naturelles ou à la bioéconomie.

Le rapport du Dialogue stratégique recommande également de renforcer les dispositifs financiers destinés à accompagner la transition du secteur agricole, notamment via des instruments publics et privés permettant d’investir dans des pratiques agricoles plus durables³.Pour les entreprises agroalimentaires, ces financements peuvent représenter un levier pour développer de nouvelles solutions agricoles ou renforcer la durabilité de leurs filières.

Par exemple, lancée dans le cadre du programme Horizon Europe, l’initiative Agroecology Partnership dépasse le cadre de la recherche pour devenir un véritable outil de structuration des filières agricoles durables à l’échelle européenne. En coordonnant les investissements publics en recherche et innovation, ce partenariat contribue à faire émerger des référentiels techniques, des indicateurs de performance environnementale et des solutions opérationnelles directement mobilisables par les acteurs économiques. Pour les entreprises agroalimentaires, il constitue ainsi un point d’appui stratégique pour sécuriser leurs démarches RSE, en s’adossant à des connaissances scientifiques consolidées et harmonisées à l’échelle européenne.

L’Agroecology Partnership favorise également le développement de projets multi-acteurs associant agriculteurs, chercheurs et entreprises, permettant d’expérimenter et de déployer à grande échelle des pratiques agricoles plus durables. À ce titre, il contribue à réduire les risques liés à la transition des filières, tout en facilitant l’accès à des financements européens structurants pour accompagner l’évolution des modèles agricoles.

Lentilles Vertes
Lentilles

L’agroécologie : un levier stratégique pour la transition des filières

Face aux défis climatiques et environnementaux, l’agroécologie apparaît comme une approche structurante pour transformer les systèmes agricoles.

Des pratiques agricoles favorisant la résilience

Les pratiques agroécologiques reposent sur plusieurs principes : diversification des cultures, amélioration de la fertilité des sols, réduction des intrants chimiques ou encore renforcement de la biodiversité fonctionnelle. Parmi les pratiques souvent citées figurent notamment la diversification des rotations culturales, l’agroforesterie, la couverture permanente des sols ou encore l’optimisation de l’utilisation de l’eau. Ces approches permettent d’améliorer la résilience des systèmes agricoles face aux aléas climatiques tout en limitant l’impact environnemental.

Un enjeu pour la sécurité des approvisionnements alimentaires

Pour les entreprises agroalimentaires, l’agroécologie ne constitue pas seulement un enjeu environnemental. Elle peut également renforcer la sécurité des approvisionnements agricoles, en améliorant la santé des sols et la stabilité des rendements sur le long terme.
Dans un contexte de changement climatique et de volatilité des marchés agricoles, ces pratiques contribuent à réduire les risques liés à la production.
Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à l’origine et aux conditions de production des aliments. Les entreprises qui s’engagent dans des démarches agroécologiques peuvent ainsi renforcer leur positionnement sur les marchés durables, tout en répondant aux attentes sociétales et réglementaires.

Vers une nouvelle génération de stratégies RSE

La Vision européenne pour l’agriculture et l’alimentation invite les entreprises à repenser leur stratégie RSE en intégrant davantage les enjeux agricoles et environnementaux[1].

[1] https://agricultureduvivant.org/art-ressources/rse-agroalimentaire/

Intégrer la transition agricole dans la RSE

Historiquement, les politiques RSE des entreprises agroalimentaires se concentraient sur les émissions industrielles ou la gestion des déchets. Aujourd’hui, l’enjeu se déplace vers l’amont agricole. Les entreprises sont de plus en plus incitées à accompagner leurs fournisseurs dans la transition vers des pratiques durables. Cette évolution implique :

  • des programmes d’accompagnement des agriculteurs
  • des investissements dans la transition agricole
  • de nouveaux indicateurs environnementaux.

Développer des outils de mesure et de pilotage

La transformation des filières nécessite également de nouveaux outils pour mesurer l’impact environnemental des pratiques agricoles. Plusieurs initiatives cherchent ainsi à développer des indicateurs permettant d’évaluer la santé des sols, la biodiversité ou la performance environnementale des systèmes agricoles. Ces outils permettent aux entreprises d’intégrer plus facilement l’agriculture dans leurs reportings RSE et leurs stratégies climatiques.

Au-delà des engagements et des objectifs environnementaux, la transition agricole pose en effet une question centrale : comment mesurer concrètement les progrès réalisés dans les exploitations et les filières ? La mise en place d’indicateurs fiables devient un enjeu stratégique pour piloter la transition agroécologique et crédibiliser les démarches de durabilité des entreprises agroalimentaires.

Plusieurs initiatives cherchent aujourd’hui à structurer ces outils de mesure. Parmi elles, l’Indice de Régénération (IR), développé par l’association Pour une Agriculture du Vivant, vise à évaluer les pratiques agricoles et leurs effets sur les écosystèmes à partir d’indicateurs agronomiques portant notamment sur le sol, les cultures et le paysage. Cet outil permet de mesurer les trajectoires de transition agroécologique des exploitations et des filières en adoptant une approche systémique des systèmes de production. Pour les entreprises engagées dans des démarches RSE, il constitue un outil de suivi permettant d’intégrer plus concrètement l’amont agricole dans leurs stratégies de durabilité et de sécurisation des approvisionnements.

La méthodologie de cet indice a par ailleurs fait l’objet d’une publication scientifique dans la revue internationale à comité de lecture Sustainable Futures, confirmant la robustesse de l’approche pour mesurer les trajectoires de transition agroécologique à l’échelle des exploitations agricoles. Cette reconnaissance scientifique renforce la crédibilité des indicateurs agronomiques dans les stratégies de durabilité des filières agroalimentaires.

Ces approches rejoignent également les réflexions menées à l’échelle européenne. Dans un avis consacré à l’agriculture régénératrice, le Comité économique et social européen (CESE) souligne l’importance de développer des indicateurs capables d’évaluer les effets réels des pratiques agricoles sur les écosystèmes et d’orienter les politiques publiques vers des approches fondées sur les résultats environnementaux.

Cette évolution s’inscrit plus largement dans les nouvelles politiques européennes liées à la santé des sols. La future directive européenne sur la surveillance et la résilience des sols (Soil Monitoring Law), actuellement en discussion, vise à améliorer le suivi de l’état des sols dans l’Union européenne et à renforcer les outils d’évaluation des pratiques agricoles. Dans ce contexte, des référentiels agronomiques capables de mesurer l’évolution des systèmes de production et leurs effets sur les écosystèmes pourraient contribuer à traduire les objectifs européens en indicateurs opérationnels à l’échelle des exploitations et des filières.
https://agricultureduvivant.org/art-ressources/directive-europeenne-sante-sols-2025/

En structurant la mesure des pratiques et des résultats agronomiques, ces outils jouent ainsi un rôle clé pour relier les politiques publiques, les stratégies des entreprises et les pratiques agricoles de terrain. Ils permettent également aux filières agroalimentaires d’objectiver leurs trajectoires de transition et de renforcer la crédibilité de leurs engagements environnementaux.

Anticiper la feuille de route européenne 2026-2028

Au cours des prochaines années, plusieurs étapes importantes devraient structurer la transformation des politiques agricoles européennes :

  • Adoption de nouvelles orientations pour la PAC : La prochaine réforme de la PAC, attendue à partir de la fin de la décennie, devrait intégrer davantage d’objectifs environnementaux et climatiques.
  • Développement de nouvelles politiques alimentaires : Les stratégies européennes liées à la bioéconomie, à l’innovation agricole et à la gestion des ressources naturelles devraient également se renforcer.
  • Renforcement du reporting de durabilité : Les entreprises agroalimentaires devront progressivement intégrer des indicateurs environnementaux plus précis dans leurs stratégies et leurs rapports extra-financiers.


Ces évolutions s’inscrivent dans la mise en œuvre progressive de la Vision européenne pour l’agriculture et l’alimentation, présentée par la Commission européenne en février 2025 afin de construire un système alimentaire à la fois compétitif, durable et résilient d’ici 2040.

Une Opportunité Stratégique Pour Les Entreprises
Une Opportunité Stratégique Pour Les Entreprises
Une Opportunité Stratégique Pour Les Entreprises

Une opportunité stratégique pour les entreprises

La Vision européenne pour l’agriculture et l’alimentation à l’horizon 2040 marque une nouvelle étape dans la transformation des systèmes agricoles et alimentaires européens.
Pour les entreprises agroalimentaires, ces évolutions représentent à la fois un défi et une opportunité stratégique. En anticipant les évolutions réglementaires et en soutenant la transition agroécologique de leurs filières, elles peuvent renforcer leur résilience économique, sécuriser leurs approvisionnements et répondre aux attentes croissantes des consommateurs.

Dans ce contexte, les prochaines années seront déterminantes pour structurer des filières agricoles capables de concilier compétitivité, durabilité et souveraineté alimentaire. L’engagement des entreprises dans cette transformation constitue l’un des leviers majeurs pour réussir la transition du système alimentaire européen.

FAQ – Vision européenne agriculture et alimentation 2040

La Vision 2040 est une feuille de route stratégique de la Commission européenne visant à transformer les systèmes agricoles et alimentaires pour les rendre plus durables, compétitifs et résilients d’ici 2040.

Elle vise à concilier sécurité alimentaire, durabilité environnementale, compétitivité économique et revenus agricoles, tout en accélérant la transition écologique du secteur.

2026 marque le lancement de consultations européennes et la préparation des futures politiques agricoles, notamment la PAC post-2027. C’est une période stratégique pour anticiper et influencer les évolutions réglementaires.

Les entreprises devront transformer leurs chaînes d’approvisionnement, renforcer leur stratégie RSE et intégrer davantage les enjeux agricoles dans leur modèle économique.

La Vision 2040 oriente les futures réformes de la PAC, avec une simplification attendue mais aussi un renforcement des exigences environnementales et de performance.

L’agroécologie permet de répondre simultanément aux enjeux de production, de climat et de biodiversité. Elle est considérée comme un levier clé pour rendre les systèmes agricoles plus résilients.

Les entreprises devront répondre à des obligations accrues en matière de transparence, de traçabilité et de reporting environnemental, notamment via des cadres comme la CSRD.

Elles peuvent participer aux consultations européennes, investir dans la transition agricole, renforcer la traçabilité et intégrer les enjeux agricoles dans leur stratégie RSE.

La transition est soutenue par la PAC, les programmes européens comme Horizon Europe et des dispositifs innovants comme les paiements pour services environnementaux.

Oui, elle constitue une opportunité stratégique pour sécuriser les approvisionnements, renforcer la résilience des filières et se différencier sur les marchés durables.

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