Face au changement climatique, à la dégradation des sols et à la nécessité de maintenir des exploitations agricoles économiquement viables, l’agriculture de conservation des sols (ACS) s’impose progressivement comme une voie crédible de transition agroécologique. Longtemps perçue comme marginale en France, elle fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt croissant, tant de la part des agriculteurs que des pouvoirs publics.
Le rapport du CGAAER consacré à l’ACS met en lumière à la fois le potentiel de ces pratiques et les conditions nécessaires à leur déploiement à grande échelle.
Ce qu'il faut retenir
- L’agriculture de conservation des sols (ACS) repose sur trois principes : réduction du travail du sol, couverture végétale permanente et diversification des rotations.
- Selon le rapport du CGAAER, l’ACS constitue une réponse crédible aux défis climatiques, économiques et agronomiques actuels.
- Elle améliore la structure des sols, favorise l’infiltration de l’eau, renforce la biodiversité et contribue au stockage du carbone.
- Sur le plan économique, l’ACS permet une réduction des charges de mécanisation et une plus grande stabilité des rendements à moyen terme.
- Le CGAAER cite Pour une Agriculture du Vivant (PADV) et son Indice de régénération (IR) comme l’outil permettant de mesurer objectivement la santé des sols et de valoriser les trajectoires agroécologiques.
- Le rapport met également en avant des démarches collectives comme COVALO, qui structurent des coalitions territoriales associant agriculteurs, filières, acteurs publics et financeurs afin d’accompagner et sécuriser le passage à grande échelle.
- Son déploiement à grande échelle nécessite formation, accompagnement collectif et indicateurs reconnus pour mesurer la santé des sols.
- La reconnaissance institutionnelle progresse, mais reste incomplète : la mesure des résultats et la valorisation économique des services rendus sont des leviers clés.
Qu’est-ce que l’agriculture de conservation des sols ?
L’agriculture de conservation des sols est définie par la FAO comme un système agricole reposant sur trois principes indissociables. Le premier consiste à réduire fortement, voire supprimer, le travail mécanique du sol, notamment le labour. Le deuxième vise à maintenir une couverture permanente du sol grâce aux résidus de culture ou à des couverts végétaux. Le troisième repose sur la diversification et l’allongement des rotations culturales.
L’objectif n’est pas uniquement de produire autrement, mais de restaurer et préserver la fertilité biologique des sols, en s’appuyant sur le fonctionnement naturel des écosystèmes. Le sol n’est plus considéré comme un simple support de culture, mais comme un patrimoine vivant, au cœur de la performance agricole.
Une évolution progressive vers des systèmes plus régénératifs
Initialement développée pour lutter contre l’érosion, notamment lors du Dust Bowl aux États-Unis dans les années 1930, l’ACS s’est progressivement enrichie d’objectifs plus larges. Elle s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique plus globale de préservation et de régénération des sols, en lien étroit avec les attentes sociétales et environnementales.
Le rapport souligne que cette évolution s’est faite « par le bas », à l’initiative d’agriculteurs pionniers, souvent regroupés en collectifs ou accompagnés par des réseaux techniques et associatifs.
Des coalitions territoriales pour accélérer la régénération des sols
Le rapport CGAAER cite explicitement l’association Pour une Agriculture du Vivant (PADV) comme un acteur clé de la structuration des démarches d’agriculture régénérative en France notamment à travers son projet COVALO qui associe agriculteurs, coopératives, industriels, distributeurs, financeurs et acteurs publics autour d’un objectif commun : mutualiser les moyens, les risques et les expertises, de la ferme au territoire.
Ces coalitions visent à accélérer la transformation des systèmes agricoles et alimentaires à grande échelle. Leur objectif est d’accompagner financièrement les agriculteurs, de restaurer la qualité des sols et des milieux naturels, de renforcer la robustesse des filières agroalimentaires françaises et de soutenir la planification écologique à l’échelle des territoires. Son approche repose sur la contractualisation, l’accompagnement des agriculteurs et la reconnaissance des résultats obtenus sur le terrain, plutôt que sur des cahiers des charges figés.
Des bénéfices agronomiques, économiques et humains avec l’agriculture de conservation
Les bénéfices de l’agriculture de conservation des sols sont multiples. Sur le plan agronomique, la réduction du travail du sol et la couverture végétale améliorent la structure des sols, favorisent l’infiltration de l’eau et stimulent l’activité biologique. À moyen et long terme, les sols deviennent plus résilients face aux sécheresses et aux épisodes de pluies intenses.
Sur le plan économique, le rapport met en évidence une diminution des charges liées à la mécanisation et à la consommation de carburant. Une fois la phase de transition maîtrisée, les rendements atteignent des niveaux comparables à ceux de l’agriculture conventionnelle, avec une plus grande stabilité interannuelle.
Enfin, de nombreux agriculteurs engagés dans l’ACS évoquent une réappropriation de leur métier, fondée sur l’observation, l’agronomie et l’autonomie de décision.
L’Indice de régénération (IR) : mesurer objectivement la santé des sols
Le rapport CGAAER met en avant l’Indice de régénération (IR) du sol développé par PADV. Cet indicateur, élaboré avec des agriculteurs, technicien et son comité scientifique, vise à évaluer de manière objective la performance agroécologique des exploitations. Utilisé par tous les acteurs, l’Indice de régénération sert de base à des dispositifs de contractualisation en valorisant les efforts des agriculteurs engagés dans l’agroécologie, et d’adosser ces résultats à une valorisation économique, sous forme de primes ou de contrats pluriannuels.
Un atout majeur pour l’environnement et le climat
L’agriculture de conservation des sols joue un rôle clé dans la préservation des ressources naturelles. En limitant l’érosion, elle protège la qualité des sols et des eaux. La couverture végétale permanente améliore l’infiltration de l’eau et réduit le ruissellement, contribuant à une meilleure gestion hydrique des territoires.
Par ailleurs, l’ACS favorise le stockage du carbone dans les sols, participant ainsi à l’atténuation du changement climatique. Elle encourage également le développement de la biodiversité, tant microbienne que faunistique, en créant des conditions favorables à la vie du sol et aux auxiliaires de culture.
Des entreprises de plus en plus impliquées dans l’ACS
Le rapport souligne que plusieurs entreprises agroalimentaires s’engagent aujourd’hui dans des démarches de préservation des sols, souvent en lien avec des associations comme PADV. Ces initiatives répondent à plusieurs enjeux : sécurisation des approvisionnements, stratégie RSE, réduction de l’empreinte carbone et réponse aux attentes des consommateurs.
Certaines entreprises expérimentent ainsi des modèles de filières fondés sur des indicateurs de résultats, plutôt que sur des obligations de moyens, afin de laisser aux agriculteurs la liberté d’adapter leurs pratiques à leur contexte pédoclimatique.
Une reconnaissance institutionnelle encore incomplète
Malgré ses bénéfices démontrés, l’agriculture de conservation des sols reste encore marginale en France lorsqu’elle est appliquée de manière complète et systémique. Le rapport pointe un manque de lisibilité des dispositifs publics, ainsi qu’une complexité administrative qui freine l’engagement des agriculteurs, notamment dans les MAEC dédiées au semis direct.
Il souligne également l’enjeu crucial de la mesure des résultats, et la nécessité de converger vers des indicateurs partagés et reconnus, capables d’évaluer la santé des sols et les services écosystémiques rendus par l’ACS.
Le PSE régénératif : reconnaître et financer les services rendus
Dans un contexte de reconnaissance institutionnelle encore partielle de l’agriculture de conservation des sols, le rapport du CGAAER met en évidence l’intérêt de démarches capables de mieux reconnaître et valoriser les résultats obtenus sur la santé des sols. 1er PSE régénératif, porté par l’association Pour une Agriculture du Vivant (PADV) et l’Agence de l’eau Artois-Picardie s’inscrit dans cette dynamique.
Ce dispositif qui mutualise financement privé et public, accompagne les agriculteurs dans des trajectoires de progrès adaptées à leurs systèmes, sans imposer de cahier des charges figé. Il constitue ainsi un outil complémentaire aux politiques publiques, en apportant visibilité économique, lisibilité des objectifs et reconnaissance concrète des services rendus par les sols vivants.
Former, accompagner et mesurer pour réussir la transition
Pour permettre un véritable essor de l’agriculture de conservation des sols, le rapport insiste sur trois leviers majeurs. Le premier est la formation, initiale et continue, des agriculteurs, techniciens et conseillers agricoles. Le second est l’accompagnement collectif, favorisant les échanges entre pairs et l’ancrage territorial des pratiques. Le troisième repose sur la création d’indicateurs simples et reconnus permettant de mesurer la santé des sols.
L’idée centrale est claire : aucun agriculteur ne doit rester seul face à cette transition. L’ACS n’est pas une fin en soi, mais un chemin progressif vers des systèmes agricoles plus résilients, plus autonomes et plus durables.
BRF, REX Agri, Techniciens du Vivant : capitaliser et transmettre
Le rapport du CGAAER souligne que la réussite de la transition vers des systèmes de conservation et de régénération des sols repose autant sur les pratiques que sur les compétences humaines mobilisées. Dans cette perspective, certaines initiatives portées par l’association Pour une Agriculture du Vivant (PADV) illustrent des modalités d’accompagnement complémentaires à l’action publique.
La Bourse de recherche à la ferme (BRF) vise à produire des références agronomiques directement issues des exploitations, en associant agriculteurs et scientifiques autour de problématiques concrètes de terrain. Le programme REX Agri contribue, quant à lui, à capitaliser et partager les retours d’expérience d’agriculteurs engagés, afin de renforcer l’apprentissage entre pairs. Enfin, le programme Techniciens du Vivant s’adresse aux conseillers et techniciens agricoles, avec l’objectif de faire évoluer les pratiques de conseil vers une approche davantage centrée sur la santé des sols et les trajectoires de progrès.
Ces dispositifs répondent à un enjeu central mis en avant par le rapport : former, accompagner et outiller durablement les acteurs pour permettre un passage à l’échelle sécurisé et adapté aux réalités des territoires.
ACS, une opportunité stratégique pour l’agriculture française
En conclusion, l’agriculture de conservation des sols apparaît comme une réponse crédible et structurante aux défis agricoles actuels. En reconnaissant la valeur du vivant et en s’appuyant sur des indicateurs de régénération des sols, elle ouvre la voie à des systèmes agricoles plus résilients, plus autonomes et plus durables.
Le rapport CGAAER souligne ainsi que l’enjeu n’est pas seulement technique, mais profondément stratégique : il s’agit de reconnaître le sol comme un patrimoine commun et d’en faire un pilier de la transition agricole française.
FAQ – Agriculture de conservation des sols
L’agriculture de conservation des sols est un système agricole fondé sur trois principes : réduction du travail du sol, couverture permanente et diversification des rotations. Elle vise à préserver la fertilité biologique des sols.
Le CGAAER souligne que l’ACS présente des bénéfices agronomiques, économiques et environnementaux avérés, mais nécessite un accompagnement renforcé et des indicateurs partagés pour changer d’échelle.
L’ACS améliore la structure des sols, limite l’érosion, favorise le stockage du carbone et peut réduire certaines charges d’exploitation tout en stabilisant les rendements.
Oui. En favorisant le stockage du carbone dans les sols et en réduisant l’érosion, l’ACS participe à l’atténuation du changement climatique et à l’adaptation des systèmes agricoles.
Malgré ses bénéfices, son adoption complète reste limitée en raison d’un manque de lisibilité des dispositifs publics, de contraintes administratives et d’un besoin d’accompagnement technique renforcé.