Nourrir ses engagements RSE dans l’agroalimentaire avec l’agroécologie

Face à l’urgence climatique, à l’effondrement de la biodiversité et à la pression sociale et réglementaire croissante, les entreprises agroalimentaires sont de plus en plus nombreuses à chercher des modèles durables et résilients.

Agriculteur présentant des pratiques agroécologiques à des partenaires dans une filière viticole durable

RSE agroalimentaire et agroécologie : ce qu’il faut retenir

  • L’agroécologie est aujourd’hui le socle opérationnel de la RSE agroalimentaire, permettant de relier engagements climatiques, biodiversité, filières durables et exigences réglementaires (CSRD, SBTi, allégations environnementales) à des pratiques agricoles concrètes et mesurables.

  • Les engagements RSE crédibles se construisent dans les filières, via des démarches de progrès agroécologiques, des contrats pluriannuels, une rémunération intégrant la performance environnementale et un accompagnement technique des agriculteurs.

  • La mesure est centrale pour passer de l’engagement à la preuve : indicateurs carbone, biodiversité, sols, outils de diagnostic (Indice de Régénération, Label Bas Carbone, Planet Score) et données terrain sont indispensables pour éviter le greenwashing.

  • L’agroécologie permet d’agir directement sur le Scope 3, souvent majoritaire dans l’empreinte des entreprises agroalimentaires, en réduisant la dépendance aux intrants fossiles et en sécurisant les approvisionnements face aux aléas climatiques.

  • Les groupes les plus avancés basculent vers une logique d’entreprise régénérative, visant non plus seulement la réduction d’impacts, mais la création d’effets positifs mesurables sur les sols, la biodiversité et les territoires agricoles.

L’agroécologie représente un changement de paradigme permettant de concilier performance économique, résilience des filières et responsabilité sociétale. Encore faut-il savoir comment s’en saisir à l’échelle d’une entreprise ou d’un groupe, pour passer de la posture à la structure, de l’engagement à la preuve.

L’agroécologie, une approche globale

Selon la définition de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’agroécologie combine des savoirs scientifiques, des pratiques agricoles respectueuses des équilibres écologiques, et une vision sociale fondée sur la justice et la coopération. Elle cherche à renforcer la biodiversité, à préserver les ressources naturelles, à restaurer la fertilité des sols et à garantir des conditions de vie dignes pour les agriculteurs.

En France, l’agroécologie est inscrite dans la loi depuis 2014. Le Code rural, dans son article L.1, affirme que la politique agricole nationale doit favoriser la transition vers des systèmes agricoles conciliant performance économique, environnementale et sociale, et promouvoir les systèmes de production agroécologiques.  

L’agroécologie constitue aujourd’hui une référence incontournable pour les coopératives et les entreprises agroalimentaires qui souhaitent construire une transition agroécologique ancrée dans les territoires, mesurable, et porteuse de sens. 

Relier les ambitions RSE agroalimentaire à la réalité du terrain

Les stratégies RSE des entreprises intègrent de plus en plus d’objectifs en matière de biodiversité, de climat et de décarbonation. L’agroécologie permet aux entreprises agricoles ou agroalimentaires de faire le lien entre leurs engagements globaux et les réalités concrètes du terrain. Elle s’impose donc comme une réponse stratégique et devient une matrice pour structurer des engagements crédibles, ancrés sur le terrain.

Intégrer la biodiversité au cœur des filières agricoles

Les premières actions en matière de biodiversité, ruches sur les toits, plantations symboliques ou compensations, ne suffisent plus pour construire une stratégie crédible et efficace. Elles doivent être en lien avec les filières d’approvisionnement des entreprises qui représentent en général la majeure partie de leur empreinte sur la biodiversité.

les leviers à activer

  • Créer des infrastructures agroécologiques dans les parcelles (haies, mares, bandes enherbées, couverts fleuris) favorisant le retour des auxiliaires de cultures, pollinisateurs, oiseaux et renforçant la résilience des systèmes. 
  • Diversifier les cultures et les rotations pour créer une mosaïque paysagère favorable à la biodiversité fonctionnelle. 
  • Encourager les cultures associées et la rotation longue pour réduire la pression des bioagresseurs et augmenter la diversité fonctionnelle dans les champs. 
  • Réduire les intrants chimiques (herbicides, insecticides) qui détruisent la faune du sol et la chaîne alimentaire des écosystèmes agricoles.


Toutes les actions entreprises sont valorisables grâce à l’
Indice de Régénération (IR) et au plan de progrès associé, qui mesurent la performance agroécologique en année 1 et aussi les progrès réalisés les années suivantes.  

L’agroécologie, un atout RSE majeur

L’agroécologie fait de la biodiversité un atout majeur de la stratégie RSE et business des entreprises en l’intégrant de la conception du produit à sa valorisation auprès du consommateur. C’est un levier fort avec : 

  • des engagements crédibles grâce à des actions ancrées dans les pratiques agricoles, 
  • des produits différenciés pour le consommateur, 
  • des filières agroalimentaires plus durables et résilientes grâce aux changements de pratiques agricoles, 
  • la création de relations partenariales avec les agriculteurs qui sécurisent leurs productions et leurs approvisionnements. 

Exemple :

L’entreprise Bonduelle déploie, auprès de ses agriculteurs partenaires, des itinéraires de production favorisant les rotations longues, la couverture permanente des sols et les zones refuges pour les pollinisateurs.

SBTi et stratégie climat

Les entreprises qui s’engagent dans la Science Based Targets initiative (SBTi) doivent mesurer et réduire leurs émissions Scope 1, 2 et 3, ce dernier incluant toute la chaîne d’approvisionnement. Les entreprises ayant des engagements climatiques SBTi doivent impérativement prendre en compte leur Scope 3 qui intègre notamment les émissions indirectes issues de l’amont agricole. Dans l’agroalimentaire, ces émissions ne sont pas à sous-estimer car elles représentent souvent la part la plus importante de l’empreinte carbone.

Dispositifs à activer

  • Calcul des émissions carbone agricoles avec les outils de Carbone Farmers, Sysfarm, My Easy Farm ou Agoterra notamment. 
  • Soutien à la transition bas-carbone via des projets labellisés Label Bas Carbone dans le cadre de la méthode « grandes cultures » ou « haies ». 
  • Financement via des contrats carbone ou interventions dans les marchés volontaires de crédits carbone, à condition de garantir la robustesse des pratiques agroécologiques mises en œuvre ainsi que la rétribution à l’agriculteur.  

Les avantages pour votre structure

  • S’assurer de votre conformité réglementaire et anticiper des exigences futures (CSRD, taxonomie verte…), 
  • Sécuriser vos approvisionnements face aux impacts climatiques (sécheresses, érosion des sols…), 
  • Valoriser votre image de marque auprès des consommateurs et des investisseurs. 

Exemple :

Carbone Farmers, adhérent de PADV, a développé avec nous la méthodologie du double diagnostique Indice de Régénération Carbone pour faire gagner du temps aux agriculteurs et disposer d’une mesure globale pour tous les acteurs de la chaîne de valeur.

Vers des systèmes agricoles moins dépendants des énergies fossiles

L’agroécologie, en repensant les pratiques agricoles, représente une véritable alternative pour réduire les consommations d’engrais azotés, de phytosanitaires ou du carburant pour les machines. En favorisant des approches naturelles (légumineuses, fertilisation organique, techniques culturales simplifiées), elle limite ainsi l’empreinte fossile des productions et devient un levier clé pour créer des filières bas-carbone, en cohérence avec les objectifs RSE.

Dispositifs à activer

  • Remplacement des engrais de synthèse par des apports organiques ou des légumineuses fixatrices d’azote (luzerne, trèfle, féverole). 
  • Réduction du travail du sol et valorisation du semi-direct, pour économiser le carburant et préserver la vie biologique des sols. 
  • Mise en place de filières locales limitant les transports. 

Les avantages

  • Réduire l’empreinte carbone de vos matières premières agricoles grâce à l’utilisation de produits plus vertueux 
  • Limiter les consommations de carburant, en soutenant les agriculteurs dans leurs changements de pratiques (réduction du travail du sol, semis direct). 
  • Renforcer la production locale et les émissions liées au transport en favorisant les circuits courts.

Filières durables : le pivot de la transformation agroécologique

C’est sans doute le point nodal de l’articulation entre agroécologie et engagements RSE. Une politique climat ou biodiversité ne peut être crédible sans une stratégie de filières durables, systémique et avec une vision long terme.

Les fondamentaux des filières agroécologiques

  • Une démarche de progrès construite par les agriculteurs, intégrant les principes agroécologiques (couverts végétaux, rotations longues, intrants réduits, non-labour…). 
  • Des contrats pluriannuels garantissant la sécurité économique pour l’agriculteur et la pérennité des engagements de l’entreprise. 
  • Une rémunération différenciée intégrant la performance environnementale (bonus bas-carbone, prime biodiversité…). 
  • Des dispositifs d’accompagnement technique via des ingénieurs agronomes, des conseillers techniques en agroécologie…

Les bénéfices

La structuration de filières durables repose sur des partenariats solides entre entreprises et agriculteurs. L’agroécologie ne peut se déployer sans une stratégie de filières robustes, équitables et engagées. Une fois déployées, ces filières permettent à l’entreprise de passer d’un rôle d’acheteur à celui de partenaire de la transition agricole, renforçant à la fois sa compétitivité, sa crédibilité RSE et sa responsabilité sociétale.

Exemple :

Brioche Pasquier accompagne 26 agriculteurs partenaires et plus de 7000 hectares de terres vers l’agroécologie notamment en favorisant des pratiques qui développent la vie dans le sol et améliorent sa fertilité ; préservent la ressource en eau et la biodiversité ; réduisent l’empreinte carbone des fermes.

Parcelle maraîchère diversifiée en agroécologie visitée dans le cadre d’une démarche RSE agroalimentaire

L’agroécologie au service de la politique RSE

L’agroécologie n’est pas seulement un levier technique ou agricole : elle devient une matrice stratégique pour alimenter et crédibiliser la politique RSE des groupes agroalimentaires. À l’heure où les engagements doivent être mesurables, vérifiables et conformes aux normes européennes, l’agroécologie permet de répondre à plusieurs exigences clés : lutte contre le greenwashing, reporting extra-financier, indicateurs de durabilité, preuves d’impact.

Des engagements crédibles à l’épreuve du greenwashing

Avec la multiplication des « green claims », la vigilance des consommateurs et des ONG s’est accrue. Le Règlement européen sur les allégations environnementales (mars 2023) prévoit que toute déclaration environnementale devra être fondée sur des preuves scientifiquement valables et vérifiées par des organismes indépendants.   

L’agroécologie renforce la crédibilité des engagements car : 

  • Elle s’appuie sur des pratiques traçables (rotations, couverts, non-labour…). 
  • Elle est mesurable via des indicateurs environnementaux reconnus (carbone, biodiversité, vie du sol…). 


Ainsi, une marque qui affirme « sourcer ses produits dans des fermes favorisant la biodiversité » peut étayer cette promesse par la mise en œuvre de pratiques agroécologiques auditées et par la présence d’infrastructures écologiques vérifiées sur les parcelles.
 

Reporting extra-financier : une exigence de transparence croissante

Le reporting extra-financier devient obligatoire pour de nombreuses entreprises avec la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) qui instaure des indicateurs standardisés sur les impacts environnementaux, sociaux et de gouvernance. La première vague est en vigueur depuis 2024 pour les grandes entreprises déjà couvertes par la Non Financial Reporting Directive (NFRD). La seconde (grandes entreprises non-NFRD) a été reportée, leur obligation débutera désormais en 2028, et la troisième vague (PME cotées) en 2029. 

L’agroécologie permet donc aux entreprises de : 

  • Montrer leur impact réel sur les émissions de GES, la biodiversité et les sols. 
  • Documenter les pratiques agricoles associées à leurs filières. 
  • Structurer leur reporting à partir de données issues du terrain, souvent collectées par les coopératives, les collectifs d’agriculteurs ou des partenaires, comme Pour une Agriculture du Vivant.

Planet Score : un outil de valorisation des démarches agroécologiques

Développé comme une alternative plus transparente au Nutri-Score environnemental de l’ADEME, le Planet Score intègre des critères absents d’autres systèmes comme l’évaluation de la biodiversité, de la toxicité des intrants, ou du bien-être animal.

Il récompense les produits issus de filières agroécologiques et permet une lecture accessible pour les consommateurs. Ce score valorise : 

  • L’agriculture biologique et agroécologique. 
  • Les systèmes avec très peu d’intrants chimiques. 
  • La diversité des cultures et l’autonomie alimentaire des élevages.

L’entreprise régénérative, nouveau cap de la transition agricole

De plus en plus de groupes vont au-delà de la simple réduction d’impacts et s’engagent dans une logique de contribution positive. C’est l’ambition portée par l’entreprise régénérative, telle que définie dans la Spécification AFNOR SPEC 2201, coconstruite avec des acteurs agricoles, agroalimentaires ou de la finance. PADV a participé activement au groupe de travail aux d’acteurs tels qu’Axa Climate et Pierre & Vacances, pour concevoir cette première version normative française. 

L’entreprise régénérative vise non seulement à limiter son impact, mais à générer des effets positifs sur les écosystèmes, les sols, les communautés agricoles. Elle repose sur : 

  • une reconnaissance du vivant comme partenaire (sols, biodiversité), 
  • un pilotage de la performance par les externalités positives, 
  • une coconstruction avec les agriculteurs, pas une contractualisation descendante. 

L’agroécologie : le nouveau socle stratégique de la RSE

À l’heure où les défis environnementaux deviennent des impératifs stratégiques, l’agroécologie n’est plus un « supplément d’âme » pour la RSE des entreprises : elle en est le socle opérationnel. Elle permet d’aligner les objectifs climatiques, les engagements biodiversité, les ambitions de décarbonation et les exigences réglementaires avec les réalités agricoles et les attentes des consommateurs.  

La démarche d’entreprise régénérative définie par l’AFNOR SPEC trace une voie ambitieuse : produire, transformer et commercialiser tout en restaurant la fertilité des sols, renforçant la biodiversité, stockant du carbone et revitalisant les territoires ruraux.

FAQ – RSE agroalimentaire et agroécologie

Parce qu’elle permet de relier des engagements globaux (climat, biodiversité, décarbonation) à des pratiques agricoles concrètes, mesurables et vérifiables sur le terrain, condition indispensable pour répondre aux exigences réglementaires et éviter le greenwashing.

Dans l’agroalimentaire, le Scope 3 représente souvent la majorité des émissions. L’agroécologie agit directement sur l’amont agricole en réduisant les intrants fossiles, en améliorant la fertilité des sols et en sécurisant les rendements face aux aléas climatiques.

En structurant des filières durables intégrant des démarches de progrès agroécologiques, des indicateurs mesurables (carbone, biodiversité, sols), des audits terrain et des contrats pluriannuels avec les agriculteurs.

Des référentiels et dispositifs comme l’Indice de Régénération, le Label Bas Carbone, les diagnostics carbone agricoles ou le Planet Score permettent d’objectiver les impacts environnementaux et de documenter les engagements RSE.

La RSE vise principalement la réduction des impacts négatifs, tandis que l’entreprise régénérative cherche à créer des effets positifs mesurables sur les sols, la biodiversité et les territoires, en coconstruction avec les agriculteurs.

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