Stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3) : quels impacts pour l’agriculture ?

La Stratégie nationale bas-carbone3 (SNBC-3), publiée en décembre 2025, fixe la trajectoire de la France vers la neutralité carbone à l’horizon 2050. Pour l’agriculture, elle marque une évolution majeure : la reconnaissance de ses contraintes biologiques, mais aussi de son rôle central dans les solutions climatiques. Réduction des émissions, développement de l’agroécologie, stockage du carbone dans les sols, autonomie protéique, dynamiques territoriales et transition énergétique : décryptage d’une feuille de route ambitieuse qui engage l’ensemble de la chaîne agricole et alimentaire. 

Mosaïque de parcelles agricoles et haies bocagères illustrant l’agroécologie et le stockage carbone des sols

Ce qu'il faut retenir

  • La Stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3) fixe la trajectoire climatique de la France vers la neutralité carbone en 2050, avec des budgets carbone juridiquement contraignants pour chaque secteur.

  • L’agriculture est reconnue comme un secteur à émissions partiellement incompressibles (méthane, protoxyde d’azote) : la neutralité ne signifie pas zéro émission, mais réduction et compensation.

  • La SNBC 3 impose une trajectoire ambitieuse : –28 % d’émissions en 2030 et –54 % en 2050, tout en maintenant la production alimentaire.

  • L’agroécologie devient le pilier central de la stratégie bas-carbone agricole : diversification des rotations, légumineuses, haies, agroforesterie, sobriété en intrants.

  • Le stockage du carbone dans les sols et les haies est un levier stratégique, aux côtés des forêts, pour renforcer les puits de carbone nationaux.

  • La réussite de la SNBC 3 repose sur la valorisation économique des services environnementaux, la transition énergétique agricole et l’accompagnement concret des exploitations. 

SNBC 3 : la nouvelle stratégie nationale bas carbone pour la France

Le 15 décembre 2025, le ministère de la Transition écologique a rendu public le projet de troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC-3). Ce document constitue la feuille de route climatique de la France pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. 

La SNBC n’est pas un simple document d’orientation. Elle fixe des budgets carbone, c’est-à-dire des plafonds d’émissions à ne pas dépasser par période de cinq ans, et par grands secteurs de l’économie. Ces budgets sont juridiquement contraignants pour l’État et les collectivités, qui doivent les intégrer dans leurs politiques publiques, leurs documents de planification et leurs investissements. 

Dans ce cadre général très exigeant – une baisse moyenne de 5 % des émissions nationales par an -, l’agriculture occupe une place singulière. Une singularité désormais clairement reconnue par les pouvoirs publics.

L’agriculture, un secteur à part dans la SNBC 3

La principale évolution de la SNBC-3 concernant l’agriculture réside dans la reconnaissance explicite du caractère partiellement incompressible de ses émissions. Contrairement aux secteurs du transport, de l’énergie ou de l’industrie, dont les émissions reposent majoritairement sur la combustion d’énergies fossiles, les émissions agricoles sont principalement d’origine biologique : 

  • le méthane (CH) issu de la fermentation entérique des ruminants et de la gestion des effluents, 
  • le protoxyde d’azote (NO) lié aux sols agricoles et à l’utilisation des fertilisants azotés.

En 2023, l’agriculture représentait environ 76 MtCOe, soit 20 % des émissions brutes françaises, ce qui en fait le deuxième secteur émetteur, derrière les transports. Ces émissions ne peuvent pas être supprimées par une simple substitution technologique : elles sont liées aux cycles naturels du carbone et de l’azote et à la production alimentaire elle-même. La SNBC-3 acte donc une réalité souvent exprimée par le monde agricole : la neutralité carbone ne peut pas signifier « zéro émission » pour l’agriculture.

Une trajectoire climatique différenciée mais ambitieuse

Cette reconnaissance se traduit par une trajectoire spécifique assignée au secteur agricole. Alors que l’industrie, le transport ou le bâtiment doivent tendre vers une quasi-neutralité carbone en 2050, la SNBC-3 fixe pour l’agriculture :

  • une réduction de 28 % des émissions en 2030 par rapport à 1990 (soit environ 67 MtCOe), 
  • une réduction de 54 % en 2050 (environ 43 MtCOe).

À cet horizon, l’agriculture deviendrait mécaniquement le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre en France, non pas par manque d’efforts, mais parce que ses émissions résiduelles sont considérées comme incompressibles  

Les émissions agricoles ont déjà diminué de 18 % entre 1990 et 2023, principalement sous l’effet de la baisse du cheptel et de la réduction de l’usage des engrais minéraux, en partie liée à la hausse de leurs prix. Le budget carbone agricole de la période récente est donc respecté, mais de manière subie plus que choisie.

L’agroécologie comme pilier central de la SNBC 3

Pour atteindre ses objectifs, la SNBC 3 mise très clairement sur une transformation en profondeur des systèmes agricoles, fondée sur le déploiement massif de systèmes agroécologiques. Le document fixe une série d’objectifs chiffrés particulièrement structurants : 

  • 36 % des surfaces agricoles en systèmes agroécologiques en 2030, 50 % en 2050, 
  • 21 % de surfaces en agriculture biologique en 2030, 25 % en 2050, 
  • 10 % de la SAU cultivée en légumineuses dès 2030, 
  • +50 000 km nets de haies d’ici 2030, 
  • 100 000 ha d’agroforesterie intraparcellaire en 2030 (300 000 ha en 2050), 
  • un renforcement marqué de l’autonomie protéique des élevages, avec une réduction de 50 % des importations de soja dès 2030. 

La SNBC 3 définit les systèmes agroécologiques comme des systèmes reposant sur une évolution systémique des pratiques : allongement et diversification des rotations, introduction de légumineuses, développement des systèmes pâturants, sobriété en intrants, infrastructures agroécologiques, maintien des prairies permanentes, cultures intermédiaires, haies et agroforesterie. 

L’agroécologie, moteur de transformation des systèmes agricoles

Dans cette perspective, nous concevons l’agroécologie comme un levier majeur de transformation des systèmes agricoles, capable de concilier performance, résilience et préservation des ressources naturelles. 

En mettant en œuvre des pratiques diversifiées et adaptées aux territoires (rotations longues, introduction de légumineuses, pâturages, haies et agroforesterie) nous favorisons des exploitations plus autonomes et plus durables. Nous entendons soutenir la biodiversité, la vitalité des sols et la qualité des productions, tout en renforçant l’autonomie protéique des élevages et en stimulant l’innovation agricole. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique collective, associant agriculteurs, acteurs locaux et partenaires scientifiques pour construire des systèmes nourriciers robustes, équitables et résilients. Chaque action entreprise contribue à concrétiser les ambitions de la SNBC‑3, en transformant progressivement les surfaces agricoles et les pratiques vers un modèle agroécologique ambitieux et durable.

Agriculteur en culture de betteraves illustrant la transformation des systèmes agricoles dans le cadre de la SNBC 3

Des objectifs bas-carbone élevés face aux réalités agricoles

Si ces orientations sont largement partagées sur le principe, la SNBC-3 soulève néanmoins une question centrale : celle du réalisme des trajectoires, compte tenu des temps agricoles, des contraintes économiques, des crises climatiques et sanitaires, et des équilibres de filières. 

La SNBC-3 reconnaît elle-même la nécessité de garantir une transition « juste, soutenable et compétitive », et insiste sur l’importance de « créer de la valeur » pour permettre l’appropriation des objectifs par les agriculteurs. L’enjeu n’est pas de déresponsabiliser l’agriculture, mais au contraire de lui permettre de s’approprier les objectifs de façon pragmatique et choisie, en cohérence avec les réalités technico-économiques des exploitations.

Le stockage du carbone : un rôle stratégique confié aux agriculteurs

La SNBC-3 confère à l’agriculture un rôle central dans le stockage du carbone, aux côtés de la forêt. Les terres agricoles et forestières constituent les puits de carbone naturels du secteur UTCATF (utilisation des terres, changement d’affectation des terres et agroforesterie). En 2023, ces puits ont absorbé environ 37 MtCOe par an, mais la SNBC-3 adopte une approche plus prudente que les précédentes éditions, en révisant à la baisse les objectifs de puits en raison des effets déjà visibles du changement climatique (incendies, maladies forestières).  

Pour les sols agricoles, les leviers identifiés sont clairement listés : 

  • augmentation des stocks de matière organique, 
  • généralisation des couverts végétaux, 
  • réduction du travail du sol lorsque pertinent, 
  • maintien et restauration des prairies permanentes, 
  • développement des haies et de l’agroforesterie.

Ces pratiques sont présentées comme apportant des cobénéfices agronomiques majeurs : fertilité des sols, résilience face aux sécheresses, réduction de l’érosion, meilleure infiltration de l’eau.

Valoriser économiquement les services rendus

La SNBC-3 souligne que la réussite de cette stratégie repose sur la valorisation économique des services environnementaux rendus par les agriculteurs. Elle mentionne explicitement : 

  • les diagnostics carbone à l’échelle des exploitations, 
  • les dispositifs de paiements pour services environnementaux (PSE), 
  • le recours à des mécanismes comme le Label bas-carbone.

L’enjeu est de reconnaître que le rôle de l’agriculture ne se limite plus à la production alimentaire, mais inclut des fonctions climatiques, énergétiques et territoriales, qui doivent être rémunérées pour permettre leur déploiement à grande échelle.

PSE Régénératif : un levier économique pour la transition bas-carbone agricole

Pour une Agriculture du Vivant a contribué au déploiement du 1er Paiement pour Services Environnementaux (PSE) Régénératif, un dispositif innovant co‑construit avec l’Agence de l’Eau Artois‑Picardie pour rémunérer les services écosystémiques rendus par l’agriculture de régénération à l’échelle territoriale. Ce mécanisme mixte, associant financements publics et engagements privés, couvre l’ensemble de la rotation agricole pour sécuriser les exploitations dans leur transition vers des pratiques agroécologiques et encourager la régénération des sols, la qualité de l’eau et le stockage de carbone. En s’appuyant sur des indicateurs comme l’Indice de Régénération, il permet de mesurer les progrès et de valoriser les efforts des agriculteurs tout en favorisant l’apprentissage collectif et l’échange entre pairs. Cette approche illustre concrètement comment la reconnaissance économique des services environnementaux peut soutenir la transformation systémique des pratiques agricoles et conforter un modèle durable et résilient.

L’agriculture, actrice à part entière de la transition énergétique

Autre pilier de la SNBC 3 : la contribution du secteur agricole à la production d’énergies renouvelables. Le document identifie clairement : 

  • la méthanisation des effluents et résidus agricoles, 
  • le photovoltaïque, notamment sur bâtiments agricoles, 
  • la biomasse et la chaleur renouvelable, 
  • les biocarburants.

     

Ces productions contribuent à la décarbonation du mix énergétique national tout en offrant des opportunités de diversification économique aux exploitations. La SNBC 3 insiste cependant sur la nécessité de préserver la vocation première des terres agricoles et d’éviter les conflits d’usage, en hiérarchisant clairement les usages de la biomasse.

Une stratégie bas-carbone qui engage toute la chaîne alimentaire

Enfin, la SNBC 3 marque une évolution importante en intégrant l’empreinte carbone comme indicateur, en complément des émissions territoriales. Cette approche vise à mieux prendre en compte les émissions liées aux importations et les fuites de carbone, afin d’éviter que la transition française ne repose sur une externalisation des impacts environnementaux. 

Les Projets alimentaires territoriaux (PAT) sont identifiés comme des outils clés pour structurer des systèmes alimentaires plus résilients, plus locaux et plus sobres en carbone. Plus de 450 PAT étaient reconnus début 2025.

Exploitation d’élevage bovin illustrant les émissions de méthane et les enjeux climatiques de la SNBC 3

Une réussite conditionnée à l’accompagnement du terrain

La SNBC-3 ne demande pas à l’agriculture de faire disparaître ses émissions, mais de construire une trajectoire crédible, fondée sur l’amélioration des pratiques, le stockage de carbone, la production d’énergie et la création de valeur dans les territoires. Sa réussite dépendra : 

  • de l’accompagnement technique et économique des agriculteurs, 
  • de la mobilisation des filières, 
  • de l’implication des consommateurs, 
  • et de la capacité à transformer ces objectifs nationaux en projets concrets et choisis sur le terrain.

L’appropriation de la SNBC-3 par le monde agricole est une condition indispensable pour que la transition climatique soit viable, durable et acceptée.

COVALO : structurer la transition agroécologique dans les territoires

Le projet COVALO, porté par notre association, illustre une démarche collective pour transformer les ambitions nationales en actions concrètes sur le terrain. Il fédère agriculteurs, coopératives, acteurs publics, filières agroalimentaires et financeurs au sein de coalitions territoriales afin de structurer un cadre partagé de pilotage, d’accompagnement et de financement de la transition agroécologique. Fondé sur des outils communs comme l’Indice de Régénération (IR), COVALO permet de mesurer les progrès des exploitations et de co‑construire des trajectoires de transition adaptées aux réalités locales.

Cette approche crée un modèle économique viable, en mutualisant les risques et investissements, tout en assurant une gouvernance collective entre acteurs. En ancrant la transition dans les territoires, COVALO renforce l’autonomie des agriculteurs, soutient l’innovation des pratiques agroécologiques et contribue à la valorisation des services climatiques et environnementaux rendus par l’agriculture.

FAQ – Stratégie nationale bas-carbone 3 (SNBC 3) et agriculture

La SNBC 3 est la troisième édition de la stratégie climatique française visant la neutralité carbone en 2050. Elle fixe des budgets carbone par secteur et définit les trajectoires de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période 2024-2050. 

La SNBC 3 prévoit une réduction de 28 % des émissions agricoles en 2030 par rapport à 1990, et de 54 % en 2050. Elle reconnaît toutefois le caractère partiellement incompressible des émissions agricoles liées au méthane et au protoxyde d’azote. 

Contrairement aux secteurs reposant majoritairement sur les énergies fossiles, les émissions agricoles proviennent principalement de processus biologiques naturels. La SNBC 3 acte que la neutralité carbone ne signifie pas « zéro émission » pour l’agriculture, mais réduction et compensation via le stockage du carbone. 

L’agroécologie constitue un pilier central de la stratégie bas-carbone agricole. La SNBC 3 encourage la diversification des rotations, l’introduction de légumineuses, le développement des haies et de l’agroforesterie, ainsi que la réduction des intrants pour renforcer la résilience des systèmes. 

La stratégie met en avant des outils économiques comme les paiements pour services environnementaux (PSE), les diagnostics carbone et le Label bas-carbone. L’objectif est de rémunérer les services climatiques et environnementaux rendus par les exploitations agricoles. 

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