L’ADEME dévoile sa feuille de route 2025-2027 pour faire de la gestion durable des sols un axe majeur de la transition écologique. Au cœur de cette stratégie : mesurer l’état des sols, expérimenter sur le terrain et éclairer les politiques publiques.
L'article en bref
L’ADEME fait de la gestion durable des sols un axe prioritaire de sa feuille de route 2025-2027.
Objectif national : atteindre le zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050.
Trois axes d’action : mesurer la santé des sols, expérimenter sur le terrain et éclairer les politiques publiques.
La stratégie s’appuie sur la recherche, les observatoires régionaux et la coopération entre acteurs publics et privés.
Les programmes clés : Fresque du Sol, PLANISOLS et développement d’un calculateur d’empreinte sol.
Les sols constituent bien plus qu’un simple support pour nos cultures ou nos infrastructures : ils sont la base de toute vie terrestre. Ressource vitale, limitée et non renouvelable, ils assurent 95 % de notre alimentation, régulent les flux d’eau, stockent du carbone et abritent près de la moitié de la biodiversité mondiale. Pourtant, cette richesse silencieuse est aujourd’hui menacée par l’érosion, la pollution, la surexploitation et l’artificialisation. Face à ce constat, l’ADEME place la gestion durable des sols au cœur de sa stratégie 2025-2027 pour faire de leur préservation un levier majeur de la transition écologique et de la résilience des territoires.
Pourquoi les sols sont stratégiques pour le climat, l’eau et la biodiversité
Fruit de processus biologiques et géologiques lents, le sol est un capital naturel irremplaçable. Il filtre l’eau, stocke le carbone, nourrit les écosystèmes et soutient les activités humaines. Pourtant, seuls 13 % des sols de la planète restent fertiles, et la France, malgré un patrimoine pédologique diversifié, voit sa qualité se dégrader. L’artificialisation progresse rapidement : la surface artificialisée par habitant y est l’une des plus élevées d’Europe (456m2/habitant). Cette pression se double d’impacts climatiques : hausse des températures, événements extrêmes, perte de matière organique et fragilisation des écosystèmes.
Remettre l’agronomie au cœur des champs pour régénérer les sols
Chez Pour une Agriculture du Vivant, l’enjeu de la régénération des sols grâce à l’agroécologie est notre mission. Nous remettons l’agronomie au cœur des champs pour régénérer les sols et les écosystèmes, produire de la biodiversité et préserver les cycles de l’eau. Une démarche systémique qui intègre à la fois des dimensions environnementales, sanitaires, sociales et économiques pour assurer aujourd’hui notre capacité à produire notre alimentation demain et améliorer la condition des agriculteurs.
La feuille de route de l’ADEME s’inscrit dans un contexte international marqué par la récente directive européenne sur la santé des sols et par la mise en œuvre de la stratégie nationale bas carbone (SNBC), du plan d’adaptation au changement climatique (PNACC3) et de la stratégie nationale biodiversité (SNB) ou, encore, du rapport de CESE relatif à l’agriculture régénératrice. L’enjeu est clair : replacer le sol au même niveau que l’air ou l’eau dans les politiques environnementales, et agir pour atteindre l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050.
Une approche transversale pour la santé des sols, portée par des partenariats publics et privés
Depuis plus de trente ans, l’ADEME œuvre à la sécurisation des sites pollués et à la reconversion des friches. Cette expertise de terrain se double aujourd’hui d’une vision intégrée de la santé des sols, croisant enjeux agricoles, forestiers, urbains et industriels. L’Agence agit en partenariat avec un large écosystème d’acteurs : l’OFB, le BRGM, l’INRAE, le CEREMA, les agences de l’eau, les collectivités territoriales, les associations environnementales et les entreprises. Ensemble, ils bâtissent une approche systémique qui relie recherche, innovation, aménagement du territoire et sensibilisation du public.
Cette coopération se traduit par la mise en place d’observatoires régionaux de la santé des sols, de living labs, d’outils d’évaluation environnementale et de programmes de formation pour les élus, les agriculteurs et les professionnels de l’aménagement. L’objectif est d’intégrer la dimension “sols vivants” dans toutes les décisions publiques et privées, du plan local d’urbanisme jusqu’à la stratégie énergétique.
Trois axes d’action pour restaurer et préserver la santé des sols
La feuille de route 2025-2027 s’articule autour de trois axes complémentaires, qui traduisent la volonté de l’ADEME de passer de la connaissance à l’action.
Axe 1 — Mesurer et caractériser la santé des sols
Le premier axe vise à mieux caractériser les sols et les impacts des activités humaines. Il s’agit d’améliorer les méthodes d’analyse, de développer des indicateurs de santé des sols, d’évaluer les effets des polluants émergents et de renforcer les outils d’aide à la décision. La recherche y joue un rôle central : appels à projets, thèses, séminaires scientifiques et partenariats avec des réseaux européens permettront de mieux comprendre les dynamiques pédologiques et les leviers d’action.
L’Indice de Régénération : un langage commun pour piloter la transition
Le pilotage de la régénération et de la santé des sols est essentiel c’est pourquoi nous avons créé l’Indice de Régénération (IR) qui évalue la performance et la progression agroécologique des fermes et des filières à travers trois piliers essentiels : sol, plante (et animal pour l’élevage) et paysage. Véritable outil partagé par l’ensemble des acteurs : agriculteurs, coopératives, entreprises, distributeurs, financeurs et institutions, il instaure un langage commun pour piloter la transition agroécologique.
Alliant exigence technique, économique et environnementale (carbone, eau, biodiversité), l’IR favorise l’émergence de nouveaux leviers de valorisation, comme les primes filières agroécologiques, déjà mises en œuvre sur plus de 200 000 ha pour 390 000 tonnes de matières premières régénératives. Sa robustesse scientifique est assurée par un Conseil scientifique, garantissant la fiabilité et la crédibilité de la démarche.
Axe 2 — Expérimenter sur le terrain
Le deuxième axe consiste à expérimenter des actions opérationnelles sur le terrain. Il inclut le déploiement d’accompagnements agricoles “santé des sols”, la formation de milliers d’acteurs via la Fresque du sol, l’intégration du volet sol dans les documents d’urbanisme et la mise en œuvre du programme PLANISOLS pour favoriser la sobriété foncière. L’enjeu est d’aider les collectivités et les acteurs économiques à transformer leurs pratiques en conciliant développement et préservation du vivant.
Financer et déployer la transition agricole à l’échelle des territoires
Porté par Pour une Agriculture du Vivant, le projet COVALO propose un modèle inédit de coalitions territoriales public-privé, visant à mutualiser les moyens, les risques et les expertises : de la ferme au territoire.
Ces coalitions ont pour ambition de financer et déployer la transition agricole et alimentaire à grande échelle, en soutenant économiquement les agriculteurs, en régénérant les sols et les écosystèmes, en réduisant l’usage de produits phytosanitaires, en sécurisant la résilience des filières agroalimentaires françaises et en facilitant la planification écologique des territoires. Ce projet incarne une vision nouvelle de la coopération territoriale, où chaque acteur joue pleinement son rôle dans la transformation vers une agriculture durable, résiliente et compétitive.
Axe 3 — Éclairer les politiques publiques
Enfin, le troisième axe ambitionne d’éclairer les politiques publiques et le secteur privé. En renforçant la collecte et la valorisation des données pédologiques, l’ADEME soutient les réseaux de mesure et les observatoires nationaux, tout en développant des indicateurs de qualité et de surface. L’Agence prévoit aussi de mesurer l’empreinte “sol” des ménages français et de concevoir un calculateur d’empreinte sol, à l’image de l’outil “Nos Gestes Climat”, pour sensibiliser les citoyens à leur impact.
Des sols vivants au cœur d’une transition écologique résiliente
Derrière cette stratégie, c’est une vision d’avenir qui s’affirme : celle d’une France capable de s’adapter aux changements globaux en s’appuyant sur la richesse de ses sols. Leur préservation ne relève plus d’un simple enjeu agronomique, mais d’une condition essentielle à la sécurité alimentaire, à la transition énergétique et à la protection de la biodiversité. En replaçant les sols au cœur des politiques publiques, l’ADEME fait le pari d’un modèle de développement plus équilibré, où chaque territoire peut devenir acteur de la santé des sols.
La feuille de route “Gestion durable des sols 2025-2027” trace ainsi une perspective claire : connaître, expérimenter, partager et agir pour que les sols, socle du vivant, deviennent le moteur d’une transition écologique concrète et collective. Préserver les sols, c’est préserver notre avenir.
Comment Pour une Agriculture du Vivant agit concrètement pour la santé des sols
Depuis 2018, nous avons fait de l’enjeu de la santé des sols notre priorité en déployant toute une intelligence collective au service de l’agroécologie. En remettant l’agronomie au cœur des champs et des filières, les sols régénérés nous permettent de transformer notre modèle agricole et alimentaire de manière systémique, tout en générant des bénéfices concrets pour l’environnement.
Grâce à la coopération renouvelée entre acteurs publics et privés que nous impulsons, l’association propose de partager les risques et de recréer de la valeur durablement pour tous. L’agroécologie n’est pas seulement une approche agricole, mais une véritable voie de progrès pour renforcer notre souveraineté alimentaire et répondre aux défis climatiques.
Un cadre commun pour un patrimoine commun : vers une Europe des sols vivants
Avec la Soil Monitoring Law, l’Europe se dote enfin d’un socle juridique pour protéger et restaurer ses sols, longtemps restés les grands oubliés des politiques environnementales.
Le texte associe science, observation, gouvernance et accompagnement, pour bâtir une vision commune du sol comme infrastructure naturelle vitale.
La santé des sols, c’est la santé de nos territoires, de notre alimentation et de notre climat.
Et 2050, c’est demain : cette directive offre à chaque acteur : décideur, collectivité, agriculteur, chercheur, l’opportunité d’agir dès aujourd’hui pour des sols vivants et résilients.
FAQ – Comprendre la feuille de route ADEME 2025-2027 pour la gestion durable des sols
Parce qu’ils assurent des fonctions vitales : 95 % de notre alimentation, stockage du carbone, régulation de l’eau et abri de la moitié de la biodiversité mondiale. Préserver la santé des sols, c’est préserver la sécurité alimentaire et la stabilité climatique.
C’est une approche intégrée qui vise à protéger et restaurer les fonctions naturelles des sols tout en conciliant usages agricoles, urbains et industriels. Elle repose sur la mesure de la santé des sols, la recherche, l’expérimentation et la planification territoriale.
Trois axes complémentaires : mesurer la santé des sols (indicateurs, données, polluants), expérimenter sur le terrain (accompagnements, Fresque du Sol, PLANISOLS, intégration dans les PLU) et éclairer les politiques publiques (observatoires, empreinte sol, futur calculateur).
L’ADEME agit en partenariat avec l’OFB, le BRGM, l’INRAE, le CEREMA, les agences de l’eau, les collectivités territoriales, les entreprises et les associations environnementales. Ensemble, ils construisent une approche transversale reliant science, aménagement et action locale.
La santé des sols correspond à leur capacité à remplir leurs fonctions biologiques, chimiques et physiques. L’ADEME promeut le développement d’indicateurs de santé des sols pour suivre la matière organique, la biodiversité, la compaction et la pollution.
Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), du Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC3) et de la Stratégie nationale biodiversité (SNB). Elle vise à faire du sol un pilier à part entière des politiques environnementales.
En intégrant la dimension “sols vivants” dans leurs plans locaux d’urbanisme (PLU), en identifiant les zones à préserver, en réduisant l’imperméabilisation et en soutenant des projets agricoles régénératifs sur leur territoire.