La CSRD change la donne ! Avec cette directive européenne, la durabilité ne se déclare plus : elle se mesure, s’audite et se pilote. Et l’agriculture se retrouve au premier plan, car c’est dans le scope 3 – celui des fournisseurs – que se concentre la majorité des émissions des filières alimentaires.
Pour celles et ceux qui font vivre la transition agroécologique au quotidien, c’est un vrai tournant. Les pratiques vertueuses – longtemps difficiles à valoriser – deviennent enfin un atout stratégique. La CSRD, bien plus qu’une contrainte, devient un levier de compétitivité à saisir.
CSRD : ce qu’il faut retenir
- La directive CSRD impose un reporting ESG standardisé à grande échelle
- L’agriculture devient centrale via le scope 3
- Les données agroécologiques deviennent stratégiques
- Anticiper la CSRD devient un levier de compétitivité
La directive CSRD, c'est quoi?
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) est une directive européenne adoptée en 2022 qui oblige les entreprises à publier des informations détaillées sur leurs impacts environnementaux, écologiques, sociaux et de gouvernance (ESG).
Qu’est-ce qui change en 2026 ?
À partir de 2026, la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) transforme la manière dont les entreprises rendent compte de leurs impacts environnementaux et sociaux. Bien au-delà d’une obligation réglementaire, elle impose un changement de paradigme : la durabilité ne se déclare plus, elle se mesure, s’audite et se pilote.
Souvent perçue comme une contrainte réglementaire supplémentaire, la directive CSRD agit en réalité comme un révélateur et un accélérateur des mutations à l’œuvre dans la chaîne agroalimentaire. Cette évolution est structurante. De la parcelle au produit fini, la transparence devient la norme, obligeant chaque maillon à produire, structurer et fiabiliser des données extra-financières. Une évolution qui bouscule les pratiques… mais ouvre aussi la voie à une meilleure valorisation des démarches agroécologiques.
Adoptée en 2022 par l’Union européenne, la CSRD remplace et étend la directive NFRD (Non-Financial Reporting Directive) avec pour objectif d’harmoniser et fiabiliser le reporting extra-financier afin d’orienter les capitaux vers des activités durables.
Trois nouveautés clés :
- Double matérialité : impact de l’entreprise sur l’environnement et impact des enjeux ESG sur l’entreprise
- Standards ESRS obligatoires pour structurer le reporting
- Audit obligatoire des informations publiées
L’ambition du CSRD ? Harmoniser, fiabiliser et rendre comparable le reporting ESG (environnemental, social et de gouvernance) des entreprises européennes.
Concrètement, cette directive européenne impose à un nombre croissant d’entreprises (grandes entreprises, groupes cotés, filiales de multinationales opérant en Europe) de publier des informations détaillées selon les standards européens ESRS (European Sustainability Reporting Standards).
Quelle est la différence entre la CSRD et la RSE ?
A ce stade, c’est important de bien distinguer les deux démarches pour bien comprendre les enjeux de durabilité et de transition :
- La RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), c’est une démarche volontaire : l’entreprise choisit librement ses engagements environnementaux, sociaux et éthiques, et communique comme elle le souhaite.
- La CSRD est une obligation réglementaire : elle impose un reporting normé (standards ESRS), audité et comparable sur les impacts ESG.
Autrement dit, là où la RSE relevait d’une logique d’engagement et de communication pour les entreprises, la CSRD, elle, installe une logique de preuve et de transparence – avec des données vérifiables, opposables et alignées sur un cadre commun européen. Un vrai tournant!
Un périmètre élargi : quelles entreprises sont concernées par la CSRD ?
Alors que la NFRD concernait environ 11 000 entreprises en Europe, la CSRD en couvrira près de 50 000 à terme. Sont notamment concernées :
- les entreprises de plus de 250 salariés,
- les entreprises réalisant plus de 40 millions d’euros de chiffre d’affaires,
- les filiales de groupes européens ou internationaux,
- les entreprises cotées (y compris certaines PME, avec des aménagements).
Cette extension marque un basculement : le reporting ESG devient un standard économique et non plus une démarche volontaire.
Quelles sont les exigences pour le reporting ESG?
La CSRD, remplaçante de la directive NFRD, en corrige les limites : manque de comparabilité, absence d’audit robuste et faible prise en compte de la chaîne d’approvisionnement. La CSRD introduit plusieurs évolutions majeures :
- Double matérialité : obligation d’analyser à la fois les impacts de l’entreprise sur l’environnement et la société, et les risques ESG sur sa performance ;
- Auditabilité des données : les informations publiées devront être vérifiées par un tiers indépendant ;
- Standardisation via les ESRS : cadre commun pour assurer la comparabilité
- Intégration de la chaîne de valeur : les entreprises doivent rendre compte de leurs impacts directs… mais aussi indirects (scope 3).
C’est précisément ce dernier point qui transforme en profondeur la chaîne agroalimentaire.
Chaîne agroalimentaire : le tournant stratégique du scope 3
Qu’est-ce que le scope 3 ?
Dans l’agroalimentaire, la majorité des impacts environnementaux se situe en amont, au niveau agricole : émissions de gaz à effet de serre, biodiversité, qualité des sols, gestion de l’eau. Ces impacts relèvent du scope 3, c’est-à-dire des émissions indirectes. Résultat :
- les entreprises doivent collecter des données auprès de leurs fournisseurs,
- les exploitations agricoles deviennent des fournisseurs stratégiques de données ESG,
- les pratiques agricoles deviennent des actifs mesurables et pilotables.
La CSRD agit donc comme un révélateur des interdépendances au sein des filières agricoles et alimentaires. Les entreprises soumises à obligation doivent désormais collecter des données auprès de leurs fournisseurs – y compris agricoles – pour documenter leurs impacts.
Cette évolution entraîne :
- une demande accrue de traçabilité
- une standardisation des indicateurs
- une pression croissante des donneurs d’ordre
Mais elle ouvre aussi un espace inédit : celui de la reconnaissance et de la valorisation des pratiques agricoles vertueuses.
Développé par Pour une Agriculture du Vivant, l’Indice de Régénération (IR) permet de mesurer de manière multicritère la performance agroécologique des systèmes agricoles. Il agrège des indicateurs liés aux pratiques (couverture des sols, diversité des cultures, travail du sol…) et aux résultats (biodiversité, fertilité, résilience).
Dans le cadre de la CSRD, l’IR répond directement aux enjeux de standardisation et d’auditabilité des données ESG en agriculture. Il fournit un référentiel commun, robuste et validé scientifiquement, mobilisable à l’échelle des filières.
En traduisant des pratiques complexes en indicateurs comparables, il facilite la collecte de données du scope 3 et leur intégration dans les reportings. L’IR devient ainsi un langage commun entre agriculteurs, industriels et financeurs.
2026-2028 : une montée en puissance progressive de la directive CSRD
Entrée en vigueur progressivement depuis 2024, des aménagements de la CSRD sont en discussion : reports d’échéances, adaptations pour les PME, clarification du périmètre ; mais la trajectoire reste inchangée. La CSRD s’inscrit dans un cadre politique et réglementaire durable, qui ne sera pas remis en cause.
Un calendrier ajusté face aux réalités du terrain
Face aux difficultés opérationnelles remontées par les entreprises concernées (grands groupes, entreprises cotées et, plus largement, les organisations dont les filiales et la chaîne de valeur sont impliquées dans la collecte de données ESG), les institutions européennes ont engagé des travaux d’ajustement sur la mise en œuvre de la CSRD. L’objectif n’est pas de remettre en cause la directive, mais de rendre son déploiement plus réaliste, en particulier pour les acteurs qui doivent organiser la collecte et la fiabilisation des données (y compris auprès des fournisseurs, notamment agricoles).
- échelonner ou reporter certaines échéances (notamment pour les vagues d’entreprises entrant plus tard dans le dispositif), avec un possible glissement vers 2027 ou 2028,
- adapter les exigences pour les PME et les structures moins outillées (proportionnalité, simplifications, allègements ou délais),
- clarifier le périmètre de reporting des filiales et des groupes (qui reporte quoi, à quel niveau de consolidation, et quelles informations sont attendues sur la chaîne de valeur).
Ces ajustements traduisent une tension : maintenir l’ambition environnementale et la comparabilité des données, tout en garantissant la faisabilité économique et opérationnelle pour les entreprises soumises à la CSRD. Dans les faits, ils concernent d’abord les entités qui publient le reporting, mais ils ont aussi un impact indirect sur leurs fournisseurs, sollicités pour fournir des données (par exemple sur les pratiques et impacts agricoles).
Des standards encore en évolution
Les ESRS (European Sustainability Reporting Standards) ne sont pas totalement figés : ils font encore l’objet de travaux techniques et de consultations (notamment au niveau de l’EFRAG et des institutions européennes) pour préciser certains points. Ces évolutions concernent directement les entreprises soumises à la CSRD, mais aussi, indirectement, leurs chaînes de valeur (dont les filières agricoles et agroalimentaires) qui seront sollicitées pour fournir des données et des indicateurs.
- des travaux sur des standards sectoriels (dont l’agroalimentaire), pour mieux refléter les spécificités des modèles économiques, des risques et des impacts de la filière
- une meilleure intégration des enjeux de biodiversité (attentes plus précises sur les pressions, impacts, dépendances et plans d’action, avec des indicateurs plus homogènes)
- une précision accrue sur les indicateurs climat et eau (méthodes de calcul, niveau de détail attendu, traçabilité des hypothèses, et meilleure articulation avec les données amont de la chaîne de valeur)
Ces précisions sont particulièrement attendues dans l’agriculture et l’agroalimentaire, où la diversité des pratiques et l’hétérogénéité des données rendent la comparaison difficile tant que les référentiels ne sont pas stabilisés. Les acteurs qui se préparent dès maintenant (gouvernance des données, choix d’indicateurs robustes, organisation de la collecte auprès des producteurs) limiteront les allers-retours et les coûts d’adaptation lorsque les exigences seront consolidées.
Face aux exigences de la CSRD, la principale difficulté ne réside pas seulement dans la mesure, mais dans l’organisation collective de la donnée, notamment sur le scope 3. Le programme COVALO, porté par Pour une Agriculture du Vivant, répond précisément à cet enjeu.
Il structure des démarches de coalitions territoriales permettant de collecter, harmoniser et fiabiliser les données agroécologiques issues des exploitations agricoles, en lien avec les attentes des industriels et des distributeurs.
En s’appuyant sur des référentiels communs comme l’Indice de Régénération, COVALO facilite la remontée d’indicateurs comparables et auditables, tout en limitant la multiplication des demandes auprès des agriculteurs.
Il permet ainsi de passer d’une collecte fragmentée et coûteuse à une approche coordonnée, indispensable pour répondre efficacement aux exigences de reporting CSRD.
Contraintes et défis opérationnels pour les acteurs de l'agriculture
Une complexité réelle de mise en conformité
Malgré ses ambitions, la CSRD suscite de nombreuses inquiétudes. Les entreprises doivent :
- collecter des données souvent inexistantes,
- mettre en place des systèmes d’information adaptés,
- former leurs équipes,
- se préparer à des audits externes.
Dans l’agriculture, la difficulté est encore plus marquée et les défis amplifiés par :
- l’hétérogénéité des exploitations,
- le manque d’outils de mesure standardisés,
- les coûts de mise en conformité,
- les coûts de structuration des données.
Le risque de surcharge administrative
De nombreux acteurs redoutent :
- une multiplication des indicateurs,
- une bureaucratisation des pratiques,
- une déconnexion avec les réalités de terrain.
Le principal risque réside dans l’absence de coordination, qui pourrait entraîner des demandes de données incohérentes et fragmentées. Certaines voix alertent sur le risque d’une « ESG fatigue », notamment pour les PME.
Une opportunité stratégique pour transformer les filières agricoles
Structurer et piloter la performance agroécologique
À l’inverse, les acteurs qui anticipent la CSRD y voient une opportunité majeure.
La CSRD élargit l’analyse au-delà du seul carbone. La CSRD impose de mesurer ce qui, jusqu’ici, restait souvent invisible :
- la qualité des sols,
- la biodiversité fonctionnelle,
- l’efficacité des systèmes agricoles,
- le fonctionnement des écosystèmes.
La CSRD encourage ainsi un passage d’une logique de moyens à une logique de résultats mesurables. Elle amène à une approche multicritère, plus cohérente scientifiquement, mais aussi plus complexe à objectiver.
Du déclaratif au pilotage stratégique
Le reporting ESG devient un outil de pilotage :
- intégration des données dans les décisions,
- suivi des trajectoires de performance,
- transformation des chaînes d’approvisionnement.
Les entreprises les plus avancées dépassent déjà la logique de conformité pour en faire un levier stratégique.
Accès aux financements et différenciation marché
Les investisseurs intègrent de plus en plus les critères ESG dans leurs décisions. Les entreprises capables de démontrer leur résilience climatique, leur impact environnemental positif, leur traçabilité, bénéficient d’un accès facilité aux financements et d’un avantage compétitif sur des marchés de plus en plus exigeants.
Dans un contexte de montée des attentes consommateurs, la transparence devient un avantage compétitif : labels, traçabilité, storytelling basé sur des données vérifiées.
La Démarche de Régénération proposée par Pour une Agriculture du Vivant offre un cadre structurant pour accompagner les acteurs dans la transformation de leurs pratiques et de leur reporting. Elle combine diagnostic initial, suivi d’indicateurs, plans d’action et amélioration continue.
Alignée avec les principes de la CSRD (double matérialité, pilotage par la donnée, auditabilité), elle permet de passer d’une logique déclarative à une logique de performance mesurée.
En intégrant des outils comme l’Indice de Régénération et en s’inscrivant dans des dynamiques collectives comme celle du programme COVALO, elle sécurise la production de données fiables et comparables. Elle devient ainsi un levier opérationnel pour structurer un reporting ESG cohérent, crédible et utile à la décision.
Cas concrets et dynamiques de transformation pour favoriser la durabilité
Le rôle des acteurs d’accompagnement
Des cabinets spécialisés comme Greenflex (adhérent de PADV) accompagnent les entreprises dans leur mise en conformité CSRD, en intervenant à la fois sur la structuration des données, la définition des indicateurs et l’intégration des enjeux ESG dans les modèles de pilotage.
Selon leurs analyses, plusieurs tendances de fond émergent :
- la CSRD devient un véritable outil de pilotage stratégique, dépassant la simple logique de reporting pour irriguer les décisions d’investissement, d’approvisionnement et de transformation des modèles économiques
- les entreprises les plus avancées intègrent déjà les données ESG dans leurs processus de décision, en les croisant avec les indicateurs financiers pour orienter leurs trajectoires de performance
- la chaîne d’approvisionnement s’impose comme un levier clé de transformation, avec un travail renforcé sur la traçabilité, la qualité des données et l’engagement des fournisseurs, notamment agricoles
Dans ce contexte, les acteurs d’accompagnement jouent un rôle structurant : ils traduisent les exigences réglementaires en feuilles de route opérationnelles, sécurisent la mise en conformité et contribuent à faire du reporting ESG un levier de transformation durable des organisations.
De la contrainte réglementaire à l’opportunité stratégique
La CSRD ne se résume pas à une obligation de reporting. Elle marque une transformation profonde : celle d’une économie où la performance ne se mesure plus uniquement en termes financiers, mais aussi environnementaux et sociaux. Pour la chaîne agroalimentaire, elle agit comme un révélateur :
- des impacts réels des pratiques agricoles,
- des interdépendances entre acteurs,
- des opportunités de valorisation de l’agroécologie,
La clé ne réside pas dans la conformité, mais dans l’anticipation. Les acteurs capables de structurer leurs données, de piloter leur transition et de coopérer à l’échelle des filières transformeront cette contrainte en avantage compétitif durable.
Pour aller plus loin
- La nouvelle Directive Européenne sur la surveillance des Sols 2025
- Directive européenne 2024/825 : Comprendre une directive complexe qui va transformer la communication des entreprises
- CESE : L’agriculture régénératrice, une opportunité pour l’Europe et un levier de transformation avec Pour une Agriculture du Vivant
- La vision de l’Europe pour l’agriculture et l’alimentation ?
- Qu’est-ce que le CRCF, le cadre européen du Carbon farming ?