Conférence lors du Salon de l’Agriculture

Diffusée le 03 mars 2023 lors du Salon International de l’Agriculture sur TV AGRI et notre compte Linkedin, cette conférence inscrite dans le cadre de la thématique du Salon « L’agriculture : le vivant au quotidien » visait à échanger avec tous les intervenants autour d’un projet agricole fort, positif et rassembleur qui va permettre d’accélérer cette transition agroécologique qui se doit d’être systémique. La conférence s’est ouverte avec la diffusion de notre Manifeste qui rappelle les fondamentaux de ce projet et aussi la nécessité de nous mobiliser collectivement à grande échelle.

Anne Trombini Equipe Agricultureduvivant

Anne Trombini

Ingénieure

Directrice générale

16/03/2023

Le Vivant moteur de la transformation de notre modèle agricole/alimentaire : des collectifs qui se réinventent pour un défi commun.

Autour de la table, Anne Trombini, Directrice générale du mouvement, a eu le plaisir d’accueillir quatre intervenants engagés et convaincus de cette transition agroécologique : Hervé Fournier, Agriculteur, céréalier en cultures d’industrie ; Pierre-Marie Brizou, Directeur agriculture régénératrice pour Danone Europe ; Ludovic Brindejonc, Fondateur et Directeur général d’Agri-Éthique et, enfin, Sophie Cucheval, Directrice des opérations de Miimosa, plateforme de financement que tout le monde connaît.

La nécessaire adaptation

Hervé : La transition agroécologique, pour moi, elle passe déjà par l’état psychologique. Il est difficile de changer nos habitudes, nos anciennes pratiques. Il a ainsi fallu changer pas mal de choses grâce à la formation pour déployer de nouvelles pratiques telles que l’arrêt du labour ou l’augmentation de la matière organique de mes sols. J’ai pu arriver à avoir des meilleurs résultats sur mon exploitation grâce à tout cela.

Le vivant dans l’industrie agroalimentaire : quelle résonnance ?

Pierre-marie : Chez Danone le Vivant résonne fort. A ce jour nous avons 13 usines qui transforment des matières agricoles sur trois activités et c’est vrai que quand j’entends Hervé, il apparait clairement que filières agricoles et usines de transformation sont étroitement liées. On ne parle pas uniquement de démarche environnementale mais bel et bien de l’avenir de nos usines, d’approvisionnement notamment et de l’avenir de nos agriculteurs avec la nécessité d’avoir des contrats sécurisants avec eux pour leur permettre de s’engager sereinement dans la transition. C’est pourquoi nous travaillons sur des programmes adaptés aux territoires et aux filières car, selon nous, cette échelle est la bonne pour adresser les enjeux de l’eau, de la biodiversité, du carbone… d’autant qu’il y a urgence à agir !

Contractualisation et juste rémunération des agriculteurs : des sujets incontournables

Ludovic : Oui et c’est bien avec le pilier économique que nous avons commencé l’aventure Agri-Éthique il y a dix ans, en partant du principe que le producteur doit être bien rémunéré pour lui donner les moyens de s’engager. Une fois cette question du prix levée, grâce à des contrats producteur/marque sur 3, 5 ou 7 ans, le prix ne vient plus parasiter nos échanges et on a le temps de discuter, de se réinventer, d’innover et donc de parler d’environnement et de transition. Nous sommes ainsi passés d’une logique de moyens à une logique d’impacts car, nous le savons, la majorité des filières aujourd’hui encore est basée sur des cahiers des charges territoriaux de production, imposés au producteur. De cela, nous constatons deux effets néfastes : tout d’abord, en imposant ces lourdes exigences au producteur, la motivation n’est pas au rendez-vous et, d’autre part, ces cahiers des charges ne sont pas adaptés au territoire. Cette logique d’impact permet justement de redonner de l’autonomie au producteur et de lui permettre d’avoir une approche non plus produit mais systémique de son exploitation et d’identifier le plan de progrès à mettre en place pour envisager cette transition.

Hervé : Le monde industriel n’est pas forcément au courant de nos pratiques, ni de nos efforts ! L’Indice de Régénération qui permet à l’agriculteur de se repérer vis-à-vis des différentes pratiques (sol, plantes, paysage) et d’engager une démarche de transition, doit également permettre de faire le lien avec les industriels pour valoriser les pratiques déjà en place.  A titre d’exemple, en arrêtant le travail du sol pour les cultures d’industrie, nous avons des mauvaises herbes à la repousse, ce qui ne plait pas à l’industriel qui refuse certaines parcelles alors que nous avons engagé la transition sur celles-ci. C’est toujours l’agriculteur qui prend les risques !

Le partage du risque

Pierre-Marie : le rôle de l’industriel est de « dérisquer » la prise d’initiatives et les essais des agriculteurs, ce que nous avons fait avec le programme de la marque Blédina qui embarque 30 fermes pilotes : l’agriculteur peut ainsi y voir clair avec nos contrats et la valorisation des matières premières que nous apportons ; l’Indice de Régénération nous permet de discuter entre acteurs privés de l’avenir d’un territoire donné et des cultures associées ; Et, enfin, les acheteurs amènent une valorisation auprès du producteur. Je crois beaucoup à cet indice pour aider à cette coopération et à ces discussions.

Le financement

Sophie : Chez Miimosa nous avons deux métiers : financer en direct les agriculteurs qui ont des besoins pour accélérer leur transition et aider, avec des co-financements, des entreprises, des industriels, des coopératives, des distributeurs pour leurs programmes auprès de leurs filières. A titre d’exemple, nous travaillons avec Danone sur le projet « les deux pieds sur terre » pour accélérer la transition bas carbone de leurs éleveurs laitiers partenaires. Et nous avons ici deux enjeux qui sont le financement et la communication. Notre idée, c’est d’avoir une plateforme du vivant qui permet très simplement d’expliquer aux citoyens ces transitions et de leur apporter les preuves par l’image, par les projets, par les humains qui sont derrière, de la concrétisation de cette transition.

A ce jour nous avons 6500 projets agricoles en ligne qui démontrent la diversité à la fois du monde agricole, des exploitations, des filières et des modes de production qui nous permettent d’expliquer la transition tout autant que les besoins de financement. 

L’accompagnement

Hervé : La principale difficulté aujourd’hui est de trouver un accompagnement autour de chez nous, pour nos pratiques. Pour une Agriculture du Vivant nous fournit cet accompagnement grâce au réseau d’agriculteurs qui facilite l’avancée de nos projets. Le rôle de l’association est donc primordial pour élargir ce réseau d’agriculteurs et structurer des filières. A titre personnel, depuis 10 ans, le fait d’être accompagné, m’a permis d’engager la transition, d’atteindre la résilience de mon exploitation et d’obtenir une rémunération tout à fait correcte par rapport au système conventionnel. 

Les clés de succès

Ludovic : La première est la « contractualisation filière » dans la durée comme je l’expliquais tout à l’heure. La seconde c’est la démarche, avec l’agriculteur. Nous sommes un commerce équitable pluriel et Pour une Agriculture du Vivant s’adresse aussi à toutes les types d’agricultures, à tous les agriculteurs. C’est ça qui est intéressant : partir d’une photo à l’instant T pour permettre à l’agriculteur, quel que soit son territoire, de s’engager dans un processus d’amélioration. Et c’est tout à fait le message que nous faisons passer auprès des différents acteurs de la filière. La troisième c’est la compréhension des enjeux. L’agriculteur doit intégrer que les marques, les consommateurs ont besoin de transparence et, pour cela, nous devons l’aider à le comprendre et à en avoir conscience. L’agriculteur est également un consommateur qui, de fait, a conscience des défis à relever. 

Hervé : On connait tous des problèmes différents entre agriculteurs et industriels sur lesquels nous pouvons échanger lors des visites de fermes organisées par Pour une Agriculture du Vivant. Sans cela, nous ne pourrions pas faire avancer le système. En ce sens, l’association aide à la compréhension des messages et à la mise en relation entre l’agriculteur et l’industriel pour trouver des solutions et arriver à produire plus, avec un meilleur système agroécologique.

Les atouts du collectif

Ludovic : Le rapprochement entre Agri-Éthique et Pour une Agriculture du Vivant est naturel car nous partageons les mêmes visions, valeurs et convictions avec, en prime, une complémentarité de nos deux collectifs. Nous apportons l’expertise sur les piliers économique, prix et contractualisation quand vous apportez l’expertise du pilier environnemental. Et cette complémentarité – des compétences, du savoir-faire – nous permet de passer d’une logique de moyens à une logique de résultats/d’impacts grâce, notamment, à l’accompagnement des producteurs dans cette démarche de progrès qui fait – de facto – progresser notre label de commerce équitable. Et ce partenariat peut fonctionner grâce à la transparence de nos deux structures. 

Sophie : Le collectif est essentiel car Miimosa joue le rôle d’intermédiaire entre des citoyens et des agriculteurs pour reconnecter l’ensemble de la société aux réalités du monde agricole. Et ici, Pour une Agriculture du Vivant, avec ses outils, légitime notre travail en complémentarité de notre expertise financement/communication avec les preuves supplémentaires qu’elle apporte pour nos interlocuteurs. Le travail de Pour une Agriculture du Vivant qui est extrêmement inclusif, positif et tourné vers l’action, correspond à ce que l’on veut aussi faire transparaître à travers la plateforme.

Pourquoi signer notre Manifeste ?

Hervé : Pour moi ce Manifeste c’est revenir au cœur de l’agronomie, car le paysan c’est l’agronomie avant tout. Les valeurs de ce Manifeste (respect des sols, biodiversité…) reprennent ce qui est important pour moi et correspondent à toutes les valeurs que je porte. 

Pierre-Marie : Honnêtement ce qui est écrit je le partage à 300%. Et au Salon, par exemple, je ressens la coopération, la volonté d’agir et c’est exactement ça que j’attends de ce mouvement et de ce Manifeste. Maintenant on a deux choix, c’est soit on est contre, soit on est pour et en étant pour et bien on arrête de perdre du temps. On a besoin d’efficacité, d’actions, et c’est pour ça qu’on a signé ce Manifeste. On est super content.

Ludovic : Avant de connaître Pour une Agriculture du Vivant, nous étions déjà dans cette vision d’aller vers une logique d’impact, de redonner de l’autonomie aux producteurs donc on cherchait une solution et on l’a trouvée. Après, j’aime bien le pour. Pour les mêmes valeurs, pour les mêmes convictions, pour la transition, pour la rémunération et c’est vrai qu’on se retrouve sur tous ces éléments-là. Et quand quelqu’un est contre, soit il est jaloux, soit ça me donne encore plus envie d’avancer sur le sujet. C’est d’une évidence en fait !

Sophie : Certes les agriculteurs sont en première ligne de l’ensemble des actions de transition à mener mais je trouve que le Manifeste reflète bien l’ensemble des contributions que peut apporter la transition agricole, à la fois en termes d’alimentation, de santé, de production d’énergies renouvelables, d’environnement, de climat. La démarche du Manifeste est super intéressante parce qu’elle vient responsabiliser, sensibiliser l’ensemble des acteurs de la chaîne.

Le Manifeste de Pour une Agriculture du Vivant est en ligne, il suffit de le signer pour contribuer à l’accélération de cette transition !

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