Mercredi 10 décembre, ce sont 50 participants : techniciens agricoles, conseillers, animateurs, responsables agronomiques, partenaires et intervenants, qui se sont retrouvés à La Ferme de Gally, à Saint-Denis. Une journée riche en échanges, placée sous le signe de la convivialité, durant laquelle chacun a pu partager ses expériences, ses pratiques et ses défis pour mieux accompagner les agriculteurs dans leurs transitions.
Pour introduire cette journée, un premier regard a été porté sur les dynamiques lancées au sein du mouvement…
Une année 2025 charnière, avec le lancement du projet COVALO et de la coalition pilote COVALO Hauts-de-France accompagnés de leurs offres inédites d’accompagnement technique et de financement ainsi que, en parallèle, l’évolution continue de la plateforme agroecologie.org, enrichie de nouvelles fonctionnalités au service des acteurs de terrain.
L’année 2026 sera également marquée par un tournant dans l’accompagnement des techniciens, avec l’évolution du programme Technicien du Vivant. Ce nouveau programme va se recentrer sur les outils et méthodes proposés par le mouvement, notamment sur la montée en compétences dans la rédaction des plans de progrès.
L’année des techniciens en chiffres :
(145 Techniciens actifs au total)
Imaginer ensemble de nouvelles façons d’accompagner les agriculteurs en transition
La diversité d’ateliers proposés lors de cette journée a permis d’aborder l’accompagnement des agriculteurs sous tous ses angles : agronomiques, humains et sociaux.
Co-conception en verger, gestion des sols, couverts végétaux ou encore stratégies de régulation des adventices … Ces temps d’échanges ont offert aux participants des outils pratiques pour mieux comprendre les enjeux du terrain et renforcer leur rôle de soutien dans la transition agroécologique.
Atelier de co-conception en verger : raisonner les amenagements agroecologiques pour favoriser la biodiversite fonctionnelle
Animé par Jean-Michel Ricard, responsable biodiversité fonctionnelle au CTIFL, cet atelier s’est appuyé sur un cas concret d’exploitation arboricole pour engager les participants dans une réflexion collective.
L’objectif : construire des propositions d’aménagements agroécologiques visant à favoriser la biodiversité fonctionnelle. Progressivement la discussion a notamment abouti à une approche plus globale des pratiques culturales en verger, grâce aux questions des participants, à leurs expériences et aux regards croisés.
Un atelier où la collaboration a permis d’ouvrir des pistes concrètes, tout en ancrant les réflexions dans les réalités techniques du métier.
Ce qu’on retient de cet atelier :
- La nécessité d’adopter une vision holistique, en accordant de l’importance aux paysages connexes aux parcelles et à la complexité paysagère à l’échelle de toute l’exploitation, en ayant en tête que 2/3 des espèces font leur cycle de vie en dehors des parcelles.
- L’importance de la diversité des cultures, et le potentiel de réduction de la taille des parcelles pour accroitre la diversité faunistique et floristique sur l’exploitation.
- L’importance de la continuité des haies et de leur connectivité avec d’autres infrastructures agroécologiques (bocages, prairies et friches) pour favoriser l’attractivité pour les chauves-souris, oiseaux, et insectes.
Les couverts végétaux, un outil agroécologique à dompter
Réussir ses couverts végétaux est un levier performant en agroécologie, à condition d’en maîtriser les bases techniques. Cet atelier animé par Nicolas Courtois, agronome indépendant, a permis de revenir sur les règles d’implantation, le choix des espèces, ainsi que sur les principaux points à maîtriser pour intégrer les couverts végétaux dans les pratiques agricoles.
La présentation s’est prolongée par un temps d’échange interactif, au cours duquel de nombreuses questions ont été abordées autour de la composition et de l’implantation des couverts, avec une approche contextualisée selon les situations rencontrées par les techniciens sur le terrain.
Ce qu’on retient de cet atelier :
- Produire au moins 3 t MS/ha est indispensable, sous ce seuil, les bénéfices agronomiques des couverts sont faibles, ce qui conditionne leur retour sur investissement.
- La diversité et le semis précoce sont déterminants, un mélange d’au moins cinq espèces, semé tôt pour anticiper les périodes sèches, optimise le développement du couvert.
- La qualité d’implantation repose sur des gestes techniques précis : gestion des pailles, profondeur de semis (3 à 7 cm), roulage, propreté du semis, protection anti-limaces et destruction en floraison structurent la réussite du couvert.
Piloter la fertilité des sols et la fertilisation avec les analyses de sève
Mieux piloter la nutrition des cultures passe avant tout par une meilleure compréhension de leur fonctionnement interne. C’est autour de cet enjeu que s’est structuré cet atelier animé par Paul Rhéty de chez Icosystème, consacré au pilotage de la fertilité des sols et de la fertilisation grâce aux analyses de sève. Les participants ont découvert la manière dont ces analyses permettent d’évaluer l’état physiologique des plantes, de mettre en évidence des excès ou des manques, et d’anticiper certains déséquilibres pour affiner les décisions de fertilisation.
À travers plusieurs exemples concrets, les échanges ont porté sur les usages de cet outil, ses apports mais aussi ses limites. Outil d’enquête à mobiliser dans le temps, l’analyse de sève prend toute sa valeur lorsqu’elle est réalisée à plusieurs reprises, permettant d’adapter progressivement l’itinéraire technique. L’atelier a également rappelé l’intérêt de croiser analyses de sol et analyses de sève, ainsi que leur pertinence particulière pour les cultures pérennes, à cycle long ou les cultures à forte valeur ajoutée.
Ce qu’on retient de cet atelier :
- La nutrition des plantes se raisonne sur trois points : les teneurs en éléments, leurs équilibres afin de limiter les excès, les carences et les flux.
- Une bonne fertilité repose sur le croisement des analyses : les analyses de sève, croisées avec des analyses physico-chimiques et biologiques offrent une vision complète, surtout en cultures pérennes.
- Les analyses de sève éclairent sur le long terme : répétées sur plusieurs années, elles révèlent excès, carences et dynamiques pour ajuster l’itinéraire technique.
Mécanisation et Agroécologie : faire plus avec moins
Face à l’évolution des pratiques agricoles, où la réduction du travail du sol est de mise, cet atelier animé par Julien Hérault, formateur en machinisme indépendant, a permis d’aborder les enjeux liés à l’adaptation des stratégies de mécanisation. Les échanges ont porté sur les impacts agronomiques des choix d’équipements, le dimensionnement optimal du parc matériel et l’adéquation entre technologies, performances et objectifs agroécologiques.
Les participants ont également travaillé sur l’impact économique des choix de mécanisation, en évaluant les compromis entre investissement, performance des outils et maîtrise des charges. Cet atelier a offert une lecture globale des leviers permettant de concilier performance technique, agronomique et économique.
Ce qu’on retient de cet atelier :
- Préserver la structure grumeleuse du sol est prioritaire. Tout excès de travail du sol, qu’importe l’outil, génère des semelles de compaction sur plusieurs horizons.
- Un bon travail du sol est celui qui répond à un objectif agronomique précis. Fissuration, gestion des adventices ou gestion des résidus : chaque passage doit être justifié par un besoin, sinon il dégrade la structure et augmente les coûts.
- La mécanisation doit être dimensionnée pour atteindre la saturation idéale. Comprendre les coûts, la durée de disponibilité du matériel et sa performance technique permet d’équilibrer investissement, efficacité et maîtrise des charges.
Valorisation des matières organiques et Bilan humique
La gestion des matières organiques était au cœur de cet atelier animé par Paul Rhéty de chez Icosystème, consacré au pilotage des apports de fumiers, lisiers, composts et digestats (PRO) en fonction des spécificités des parcelles. Les échanges ont porté sur l’ajustement des quantités et des qualités d’apports à l’aide du bilan humique, comme outil d’aide à la décision agronomique.
Les participants sont repartis avec des ordres de grandeur sur les équivalents carbone entre les pailles exportées et la restitution par les différents produits résiduels organiques, ainsi que sur les Indices de Stabilité de la Matière Organique (ISMO). Ces repères concrets leur permettent de mieux raisonner la gestion de la matière organique dans les systèmes de culture.
Ce qu’on retient de cet atelier :
- Au-delà de la quantité de la matière organique il est important de surveiller la qualité de la matière organique (MO).
- La répartition entre matière organique libre (nourriture pour le sol) et la matière organique liée (structure) est tout aussi important et permet de piloter les apports de produits organiques.
- 1% de MO dans le sol correspond à peu près à 1 500 unités d’azote, autrement dit il est important d’injecter de l’azote lors d’une mise en place d’une stratégie d’augmentation du taux de MO dans le sol.
L’agronomie comme levier pour gérer les adventices et Stratégies de désherbage
Animé par Novalis Terra et Gaya Consultants, cet atelier a porté sur la gestion des adventices et les stratégies de désherbage au sein d’une rotation. Les intervenants ont présenté les différents leviers d’action mobilisables dans le cadre de la transition agroécologique.
Les échanges se sont appuyés sur des cas concrets afin d’illustrer les approches proposées et leurs applications opérationnelles sur le terrain.
Ce qu’on retient de cet atelier :
- La gestion des adventices devient prioritaire dans un contexte de réduction des matières actives disponibles pour le désherbage chimique. Afin de ne pas créer de résistances, une combinaison de leviers d’actions choisis selon les espèces présentes et la pression adventice s’avère être une solution efficace sur le long terme.
- Les leviers agronomiques restent essentiels pour réduire la pression adventice. Rotation, couverture végétale, travail du sol : ses leviers permettent une gestion durable en système AC / réduction du travail du sol (Agriculture de conservation).
- L’expérience terrain renforce la pertinence des approches proposées. La gestion des adventices s’appuie avant tout sur l’apprentissage issu des essais menés sur le terrain et du partage d’expériences entre agriculteurs, qui permettent d’ajuster et d’opérationnaliser les stratégies de gestion des adventices.
La parole aux agriculteurs : vision du terrain et rôle des techniciens
Pour clore la journée, la parole a été donnée à ceux qui expérimentent l’agroécologie au quotidien. À travers leurs témoignages, quatre agriculteurs pionniers : Victor Moreau, Gaël Dupont, Pascal Pineau et Hervé Fournier, ont partagé leur vision de l’agroécologie, les étapes qui ont marqué leur transition, et la place essentielle des techniciens dans cet accompagnement.
Tous ont rappelé que l’agroécologie n’est pas simplement une évolution technique : c’est une logique qui redonne du sens au métier. Pour Victor Moreau, elle a été un déclencheur, « un élan incroyable » qui lui a permis de « donner du sens à son activité », en ouvrant la voie à de nouvelles pratiques comme les couverts végétaux ou l’agroforesterie. Gaël Dupont a insisté sur les difficultés initiales, mais aussi sur la richesse des interconnexions entre cultures, l’inspiration des pratiques agroécologiques développées dans d’autres cultures que la sienne. Pour lui, l’agroécologie inclut aussi « le bien-être de l’agriculteur », et l’enjeu pour les techniciens est clair : transmettre les clés et accompagner vers l’autonomie.
Pascal Pineau est revenu sur un parcours construit pas à pas, fait d’essais, de « bricolage » improvisés pour adapter ses outils à de nouvelles pratiques, de formations et de remises en question permanentes. « On avance, on recule, puis on avance de nouveau », rappelant que tout changement part d’une volonté individuelle et d’un élément déclencheur. Le rôle du technicien ? Aider à structurer cette Recherche et Développement sur le terrain et soutenir la montée en compétences sur plusieurs années.
Enfin, Hervé Fournier a témoigné d’un système longtemps coûteux et instable, qui s’est transformé grâce à des années d’expérimentations, d’apprentissages et de résilience. Pour lui, progresser seul reste difficile : c’est en partageant pratiques, réussites et limites entre pairs que l’on construit des systèmes viables. Cette dynamique collective, appuyée par les techniciens, est un levier indispensable pour faire avancer les modèles agricoles et accroître leur résilience.
À travers ces témoignages, une conviction commune s’est dégagée : la transition agroécologique repose sur l’envie de changer, l’expérimentation continue, la capacité à tirer parti des échecs… et sur l’accompagnement des techniciens, qui transmettent les clés de compréhension, sécurisent les trajectoires et donnent à chacun les moyens d’agir.



















