Lancé en 2024 par l’association Pour une Agriculture du Vivant, en partenariat avec l’Agence de l’Eau Artois-Picardie, le 1ᵉʳ PSE Régénératif vise à sécuriser la transition agroécologique des agriculteurs en rémunérant leurs services écosystémiques rendus tout en encourageant et sécurisant le changement des pratiques via des financements publics et privés.
Parmi les agriculteurs engagés, François et Clovis Racquelet, père et fils, cultivent 265 hectares à Morlancourt, dans la Somme. Leur approche du PSE Régénératif est avant tout pragmatique : ils voient ce projet comme une opportunité d’adapter leurs pratiques, sans pour autant remettre en cause ce qui fonctionne déjà sur leur exploitation.

Sur leurs terres, François et Clovis Racquelet cultivent pois, pommes de terre, betteraves, légumes, oignons et céréales, avec une organisation bien rodée entre père et fils. Mais aujourd’hui, le contexte réglementaire et sociétal les amène à repenser certaines pratiques pour répondre aux enjeux actuels.
La réduction des produits phytosanitaires leur impose de trouver des alternatives efficaces contre les adventices et les maladies, dans un contexte où les solutions de substitution restent coûteuses et demandent des ajustements, mais ouvrent aussi la voie à de nouvelles opportunités techniques et agronomiques.
« Sur notre ferme, les problématiques, ce sont les mauvaises herbes et dans le même temps la suppression des produits phytos… Techniquement, ça devient compliqué. On sent bien qu’il faut changer nos pratiques. »
Le métier change, ils l’appréhendent au quotidien, mais l’adaptation doit être pragmatique.
Dans ce contexte, François et Clovis expliquent qu’ils ne veulent pas subir un changement imposé, mais bien être acteurs de la transition en trouvant des solutions qui tiennent compte à la fois des enjeux environnementaux et de la rentabilité de leur exploitation. Pour eux, la transition doit être progressive, réfléchie et adaptée aux réalités locales.
Le PSE Régénératif : un soutien financier et une opportunité d’apprentissage collectif
Si François et Clovis Racquelet se sont engagés dans le projet, c’est avant tout pour l’opportunité financière qu’il représente, mais également, car il représente “une opportunité de découvrir de nouvelles solutions ou pratiques”.
Pour rendre cette transition plus accessible, le PSE Régénératif propose un mécanisme de double soutien économique : d’un côté, des prime filière versée par les clients permet de compenser les surcoûts liés aux changements de pratiques ; de l’autre, un paiement pour services environnementaux, versé par l’Agence de l’Eau, rémunère les bénéfices concrets sur l’environnement.
« On va essayer de développer un peu nos engrais verts, partir aussi peut-être sur des légumineuses, des espèces à plus grand potentiel. C’est vrai que jusqu’à présent, ce n’était pas quelque chose que l’on regardait spécialement. »
Ce qui les intéresse particulièrement dans le projet, c’est la possibilité d’observer les pratiques des autres agriculteurs et d’échanger sur leurs résultats. Lors des réunions et formations organisées, ils apprécient les discussions informelles, qui permettent de confronter les expériences et d’ajuster leurs propres pratiques en fonction des réalités du terrain. Cette dynamique d’échanges leur offre l’opportunité de découvrir de nouvelles techniques, d’évaluer leur faisabilité et, surtout, d’éviter de se lancer seuls dans l’inconnu.
« C’est toujours intéressant de discuter et d’observer ce que font les autres, de prendre ce qui est bon et de laisser ce qui l’est moins. »


Préserver l’eau et l’environnement sans compromettre la rentabilité
Au-delà de l’accompagnement des agriculteurs, le PSE Régénératif poursuit un objectif environnemental fort : restaurer l’état écologique de cinq masses d’eau prioritaires dans la Somme, l’Aisne et le Pas-de-Calais. En protégeant ces bassins versants, le projet agit concrètement pour préserver la qualité et la disponibilité de la ressource en eau sur le territoire.
Dans les Hauts-de-France , zone classée vulnérable, l’implantation de couverts végétaux est déjà une obligation réglementaire. Si François et Clovis en utilisent déjà, ils reconnaissent que ce dispositif les encourage à aller plus loin dans leur réflexion sur les espèces et les associations de cultures, toujours avec prudence, en évaluant chaque changement avant de l’adopter durablement.
“On a un système qui marche bien actuellement, mais on reste ouverts à tester de nouvelles pratiques, à condition qu’elles soient cohérentes économiquement et qualitativement. »
S’engager sans précipitation, mais avec curiosité
François et Clovis Racquelet voient dans ce projet de PSE Régénératif une opportunité d’adaptation progressive dans un contexte agricole en mutation. Sans chercher à tout révolutionner du jour au lendemain, ils peuvent ainsi observer, tester et échanger, pour évoluer à leur rythme sans compromettre leur modèle économique.
« Je pense que tout le monde peut y trouver un intérêt, que ce soit pour améliorer ses sols, sécuriser son exploitation ou simplement mieux comprendre les enjeux environnementaux et économiques à venir. Les résultats ne seront visibles que sur le temps long. On espère qu’il y aura du bon ! »
À travers ce projet, François et Clovis démontrent que la transition agroécologique ne se décrète pas : elle s’expérimente, s’évalue et se partage grâce notamment à la force du collectif !








