L’agriculture subit directement le dérèglement climatique tout en y contribuant à hauteur d’environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’agriculture régénérative propose une sortie de cette impasse : régénérer les sols, l’eau et la biodiversité, via une gestion repensée des systèmes de culture et d’élevage. Et ce n’est plus une théorie : en France, ces pratiques sont déjà déployées et mesurées grâce à l’indice de régénération sur plus de 250 000 hectares. On vous explique tout dans cet article
David Diane
Directeur de la communication
Que faut-il retenir sur l’agriculture régénérative ?
- Restaurer plutôt que préserver. Là où l’agriculture durable cherche à maintenir l’existant, l’agriculture régénératrice vise à restaurer des sols déjà dégradés : leur fertilité, leur vie biologique, leur capacité à retenir l’eau et le carbone.
- Trois leviers fondateurs, une approche systémique. Réduire le travail du sol, couvrir les sols toute l’année et diversifier les cultures en rotations longues – complétés par l’agroforesterie, la limitation des intrants chimiques et une conduite repensée des troupeaux.
- Une réalité déjà mesurée en France. Via l’Indice de Régénération créé par PADV en 2018 (outil gratuit et open source, noté de 0 à 100), ces pratiques sont déployées sur plus de 260 000 hectares, répartis sur 1888 fermes et plus de 42 filières agro écologiques contractualisées.
Qu’est-ce que l’agriculture régénératrice ?
L’agriculture régénérative est un ensemble de pratiques agronomiques dont l’objectif premier est de régénérer les sols, autrement dit, leur redonner leur fertilité, leur vie biologique et leur capacité à retenir l’eau et le carbone. Et au-delà du sol, elle veille aussi à d’autres biens communs précieux : l’air, l’eau et la biodiversité.
L’idée de départ est assez intuitive : un sol cultivé n’est pas un simple support inerte, mais un véritable milieu vivant, peuplé de vers de terre, de champignons et d’une multitude de micro-organismes. C’est cette vie qui fait toute la fertilité du sol. L’agriculture régénérative consiste donc à entretenir et reconstituer ce capital naturel, plutôt qu’à l’épuiser.
Le sol au cœur des préoccupations
En pratique, elle s’appuie sur trois leviers principaux :
- réduire le travail du sol (labour limité, voire semis direct), pour préserver sa structure et la vie qu’il abrite ;
- couvrir les sols toute l’année, pour les protéger de l’érosion et de la sécheresse et limiter les mauvaises herbes ;
- diversifier les cultures en rotations longues, pour améliorer la fertilité et réduire la pression des maladies et des ravageurs.
Mais réduire l’agriculture régénérative à ces trois piliers serait un peu court : c’est avant tout une approche globale, qui repense ensemble les systèmes de culture et d’élevage. Elle invite à aller plus loin : limiter les intrants chimiques, planter arbres et haies (l’agroforesterie), repenser la conduite des troupeaux. Plutôt qu’une recette figée, c’est donc un cadre souple, que chaque agriculteur adapte à la réalité de son exploitation.
Les objectifs de l’agriculture régénératrice
Selon Regeneration international, association à but non lucratif, les méthodes utilisées pour l’agriculture régénératrice :
- contribuent à la régénération des sols et de leur fertilité;
- accroissent la percolation et la rétention de l’eau par les sols ainsi que la pureté et l’assainissement des eaux de ruissellement;
- augmentent la biodiversité, la santé et la résilience des écosystèmes;
- compensent le lourd héritage des émissions nettes de CO2 de l’agriculture conventionnelle dans l’atmosphère, en stockant du carbone dans les sols.
Une approche davantage systémique
Les piliers de l’agriculture régénérative
L’agriculture régénératrice implique d’aller plus loin que ces trois piliers en adoptant une approche plus systémique.
- En termes de traitements et de fertilisation des sols, par exemple, il est recommandé de limiter les produits phytosanitaires et les engrais chimiques, et de favoriser l’utilisation d’engrais verts, compost, fumier, lisier etc. La plantation d’arbres et haies, aussi appelée agroforesterie, favorisant la biodiversité est également encouragée.
- Pour la gestion des troupeaux, les éleveurs disposent de plusieurs leviers comme l’augmentation des surfaces en prairies, la diversification des variétés fourragères ou encore le pâturage tournant dynamique.
- L’agroforesterie peut être également une piste à envisager. Le principe: planter des arbres dans des parcelles destinées à être cultivées ou pâturées, avec de nombreux bénéfices à la clé : synergie avec les cultures induisant une amélioration de la productivité, meilleure fertilité des sols par apport de biomasse, rétention de l’eau, stockage du carbone, abris ombragés pour les animaux…
- Autre méthode intéressante et régénératrice, encore peu connue : le Keyline Design, un outil d’aménagement des espaces agricoles. Elle permet d’adapter les modes de culture des parcelles en fonction du climat et de la topographie, pour optimiser l’utilisation des ressources.
Les chiffres clés de l’agriculture de régénération
Pour mesurer concrètement la transition agricole, “Pour une Agriculture du Vivant” a créé en 2018 l’Indice de Régénération : un outil gratuit et disponible sur une plateforme avec accès libre et ouvert qui évalue le niveau agroécologique d’une ferme sur une échelle de 0 à 100.
Aujourd’hui, cet indice de régénération :
est déployé sur plus de 250 000 hectares de terres agricoles en France ;
1500 agriculteurs impliqués
s’appuie sur plus de 1800 fermes sous Indice de Régénération ;
structure plus de 42 filières agroécologiques contractualisées ;
et voit sa méthodologie reconnue scientifiquement, avec une publication dans la revue internationale Sustainable Futures fin 2025.
Que retenir en 2026 ? Les diagnostics concernent en majorité les grandes cultures et les productions légumières (75 %), devant l’arboriculture (15 %), la viticulture (5 %) et enfin l’élevage bovin. (Pour en savoir plus, retrouvez notre dernier rapport d’impact)
L’Indice de Régénération reconnu par la communauté scientifique internationale
Fin 2025, la méthodologie de l’Indice de Régénération (IR), développée par PADV et son Conseil scientifique a été validée par une publication scientifique dans la revue internationale à comité de lecture Sustainable Futures.
Cette publication valide la robustesse de la méthode, depuis le choix des indicateurs jusqu’à la définition des seuils et des pondérations, et confirme l’intérêt agronomique d’un outil déjà déployé sur le terrain.
Elle renforce ainsi sa crédibilité auprès des acteurs des filières, des pouvoirs publics et des financeurs, et sécurise son usage dans des dispositifs opérationnels de financement et d’accompagnement, notamment au sein de coalitions territoriales comme COVALO Hauts-de-France.
Le programme COVALO
La dynamique s’accélère sur les territoires : avec le programme Covalo, lancé dans les Hauts-de-France en novembre 2025 et déployé sur 4 autres territoires en 2026 .
Organisé via des coalitions territoriales d’acteurs publics et privés pour financer et accompagner la transition, COVALO repose sur une gouvernance collective et la mutualisation des risques au sein de la chaîne alimentaire. Il ambitionne de soutenir 4500 agriculteurs tout en régénérant les sols et en sécurisant les approvisionnements des filières. Ces coalitions réunissent agriculteurs, coopératives, industriels, acteurs publics et financiers pour élaborer des feuilles de route territoriales et financer durablement les changements de pratiques.
Les acteurs de la transition pour une agriculture regénérative
Des agriculteurs aux distributeurs, en passant par la recherche, les industriels, les financeurs, les coopératives agricoles et les institutions, nous agissons ensemble pour régénérer les sols, la biodiversité et les écosystèmes.
Les types d’agriculture et la différence avec l’agriculture de régénération des sols
Agriculture régénératrice ou agroécologie ?
L’Agriculture régénératrice n’est donc pas une notion figée, mais fournit une multitude de possibilités aux agriculteurs qui peuvent ajuster leurs choix selon la réalité technico-économique de leur exploitation. En aval comme en amont, c’est une opportunité d’implication d’une diversité d’acteurs. Certaines entreprises de l’agroalimentaire se sont d’ailleurs déjà saisies du concept, attirées par les retombées qu’ils pouvaient tirer d’une image liée à la préservation des biens communs. Toutefois, si les bénéfices et services rendus par la régénération sont les mêmes que l’agroécologie, celle-ci résulte d’une démarche agronomique plus approfondie, qui passe par l’acquisition de connaissances précises sur les écosystèmes.
Pour qu’une entreprise se revendique comme régénératrice, elle doit avoir une démarche impliquant l’ensemble de son fonctionnement en passant par exemple par sa capacité à créer du lien dans son territoire quelque soit son niveau d’action (local, national ou international). La régénération passe aussi par la valorisation des actions de tous les partenaires impliqués dans la Démarche de Régénération. Les services rendus et les impacts positifs doivent être valorisés pour permettre aux agriculteurs d’obtenir une rémunération juste et durable et ainsi poursuivre le travail qu’ils réalisent quotidiennement.
Quelle différence avec l’agriculture conventionnelle ?
L’agriculture conventionnelle s’est globalement imposée après la Première Guerre mondiale pour produire vite et surtout beaucoup. Efficace sur le rendement à court terme, ce modèle épuise peu à peu les sols, jusqu’à les appauvrir et les rendre bien moins productifs. L’agriculture régénérative prend le contre-pied sur plusieurs points :
Agriculture conventionnelle | Agriculture régénérative | |
|---|---|---|
Travail du sol
| Labour fréquent à intensif | Travail réduit avec un labour limité, voire semis direct
|
Sols
| Souvent nus entre deux cultures
| Couverts végétaux toute l’année
|
Cultures | Monocultures, rotations courtes
| Cultures diversifiées, rotations longues
|
Intrants | Recours important aux engrais et produits phytosanitaires de synthèse
| Limitation des intrants chimiques, recours aux fertilisations naturelles
|
Vision du sol
| Vu comme un support de production
| Vu comme un milieu vivant à entretenir et préserver
|
Effet sur le carbone
| Libère le CO₂ stocké dans les sols
| Stocke du carbone dans les sols
|
Dans le temps
| Appauvrit le sol, qui réclame toujours plus d’intrants pour produire plus.
| Régénère le sol et sa fertilité naturellement
|
Donc là où le modèle conventionnel puise dans le capital « sol », l’agriculture régénérative cherche à le reconstituer. C’est aussi ce qui en fait un levier face au dérèglement climatique — l’agriculture représentant aujourd’hui environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Agriculture durable, raisonnée, bio, régénérative : quelle est la différence ?
Agriculture durable, raisonnée, biologique, régénérative… ces termes circulent partout, et on les emploie souvent comme s’ils voulaient dire la même chose. En réalité, ils désignent des engagements bien distincts – et surtout, ils ne se situent pas tous au même niveau. On vous explique :
L’agriculture durable est le terme le plus large et peut être le plus utilisé dans l’espace publique.. C’est une sorte de mot-parapluie : il renvoie à une philosophie générale – préserver les ressources pour les générations futures – plus qu’à un cahier des charges précis. Pas de label officiel, pas de contrôle : l’intention y est, mais le contour reste quand même assez flou.
L’agriculture raisonnée part d’une logique différente : limiter les impacts négatifs sans changer de modèle. On continue d’utiliser des intrants chimiques, mais « avec mesure » au bon moment, à la bonne dose, là où c’est nécessaire. C’est un ajustement du modèle conventionnel, pas une rupture avec lui.
L’agriculture biologique, elle, repose sur un cadre plus clair. C’est d’ailleurs la seule de cette liste à correspondre à un label officiel et contrôlé, reconnaissable au logo AB. Sa marque de fabrique : l’interdiction des produits de synthèse, pesticides comme engrais chimiques. Un point mérite toutefois d’être souligné : le bio n’impose rien sur le travail du sol. On peut très bien être certifié bio tout en labourant intensément.
C’est justement là que l’agriculture régénérative se démarque. Sa porte d’entrée est une démarche de progrès: restaurer la santé des sols en s’appuyant sur les mécanismes du vivant. L’agriculture régénérative se définit par ce qu’elle cherche à accomplir : régénérer le sol, nourrir la biodiversité, stocker du carbone. C’est tout le sens de l’idée selon laquelle elle « va plus loin » : un agriculteur bio n’est pas automatiquement régénératif, et l’inverse est tout aussi vrai.