L’agriculture raisonnée

L’agriculture raisonnée encourage des pratiques qui intègrent le respect de l’environnement sans compromettre la rentabilité de l’exploitation. L’idée : optimiser les intrants plutôt que les supprimer. Une démarche encadrée par un référentiel, qu’il faut toutefois bien distinguer du bio ou de l’agroécologie.

David Diane

David Diane

Directeur de la communication

L’agriculture raisonnée Pour une agriculture du vivant

Ce qu'il faut retenir :

  • L’agriculture raisonnée est une agriculture qui vise à optimiser les intrants (engrais, pesticides, alimentation animale) sans compromettre la rentabilité économique des exploitations.
 
  • Elle se distingue du bio (l’agriculture biologique interdit les pesticides et produits de synthèse) de l’agroécologie et de l’agriculture régénératrice (qui visent à régénérer les sols en s’appuyant sur le vivant).
 
  • Depuis 2013, l’agriculture raisonnée n’a plus de statut juridique ni de label propre ou de dispositif officiel : elle a laissé place à la certification environnementale et à la HVE (niveau 3).

Qu’est-ce que l’agriculture raisonnée ?

Le terme d’agriculture raisonnée est apparu lorsque l’association Protection des Plantes et Environnement (PPE), créée en 1971, devient, en 1993, PPE-FARRE pour Forum de l’Agriculture Raisonnée Respectueuse de l’Environnement. Il n’est officialisé qu’en 2002, avec la publication d’un décret relatif à la qualification des exploitations agricoles au titre de l’agriculture raisonnée, qui a été révisé plusieurs fois depuis.

Selon ce décret, les objectifs de l’Agriculture Raisonnée sont multiples : respect de l’environnement, maîtrise des risques sanitaires, santé et sécurité au travail et bien-être des animaux. Il s’agit, au final, de trouver un équilibre entre la productivité de l’exploitation et les impacts des interventions agricoles sur l’environnement.

Le principe de fond : « raisonner » les intrants, en d’autres termes, limiter les pesticides.

L’agriculture raisonnée part d’un constat agronomique : au-delà d’une certaine dose, un intrant (engrais, produit phytosanitaire, aliment du bétail) n’apporte plus de gain proportionnel. L’idée est donc d’ajuster chaque apport au plus près du besoin réel, en s’appuyant sur l’observation (analyse de sol, pression des ravageurs, présence d’auxiliaires, conditions météo) plutôt que sur des traitements systématiques.

Quelles sont les critiques de l’agriculture raisonnée ?

La principale critique, historiquement, vient du fait qu’il ne s’agit pas de supprimer les pesticides ni les engrais de synthèse, mais d’en optimiser l’emploi. La démarche est donc encore jugée trop proche de l’agriculture conventionnelle, ne remettant pas suffisamment en cause les méthodes de l’agriculture intensive.

Du label encadré à la certification environnementale : une démarche qui a évolué

  • L’agriculture raisonnée n’a pas toujours eu le même statut. Pensée à la fin des années 1990 puis officialisée en 2002, elle a d’abord disposé de son propre cadre réglementaire : un référentiel d’exigences, un contrôle indépendant et un label délivré pour cinq ans. Mais ce dispositif, jugé trop proche des pratiques conventionnelles, n’a jamais vraiment convaincu : ni les consommateurs, ni les associations environnementales. 
 
  • En 2013, il a été abrogé et remplacé par la certification environnementale, un système plus exigeant dont le niveau le plus élevé est aujourd’hui la la Haute Valeur Environnementale (HVE). Donc si l’expression « agriculture raisonnée » reste encore « utilisée », ce n’est plus un dispositif officiel autonome !

Le référentiel des 103 exigences (entre 2002–2013) de l’agriculture raisonnée

  • De son officialisation en 2002 à son abrogation en 2013, l’agriculture raisonnée a reposé sur un référentiel précis : 103 exigences réparties en 14 catégories : connaissance de l’exploitation et de son environnement, traçabilité des pratiques, fertilisation minérale et organique, protection des cultures, alimentation des animaux…

  • Sur le volet gestion des sols, ces exigences restaient clairement modestes. La principale obligation était le suivi physico-chimique des parcelles labourables, via une analyse de sol tous les six ans. Les autres portaient sur les dispositifs enherbés en bordure de cours d’eau, le recours à une diversité de cultures et l’interdiction de brûler certains résidus de culture.

Comment obtenait-on le label ?

Alors à l’époque, l’agriculteur qui estimait respecter l’ensemble des exigences faisait appel à un organisme certificateur indépendant. À l’issue du contrôle, son exploitation obtenait le label « Agriculture Raisonnée », valable cinq ans.

Ce label est toutefois resté peu visible auprès des consommateurs, et clairement bien moins identifié que l’Agriculture biologique et son logo AB. Il a aussi suscité des critiques : ses détracteurs estimaient qu’il n’apportait pas d’évolution suffisante par rapport à l’agriculture intensive, notamment sur le plan écologique.

La certification environnementale, une nouvelle démarche qui va plus loin

Ces critiques, conjuguées à une réflexion lancée lors du Grenelle de l’Environnement (2007), ont conduit à un nouveau dispositif créé en 2011 : la Certification Environnementale des Exploitations Agricoles. C’est ce dispositif qui, en 2013, a purement et simplement remplacé l’agriculture raisonnée, dont le référentiel et le label ont alors été abrogés.

Cette certification s’appuie sur trois niveaux de progression :

  • Niveau 1 : respect des pratiques essentielles de la réglementation environnementale
  • Niveau 2 : adoption de techniques à faible impact environnemental
  • Niveau 3 : mesure de seuils de performance via des indicateurs (biodiversité, faible dépendance aux intrants)
 

Les deux premiers niveaux reposent sur des obligations de moyens ; le troisième introduit une logique de résultats. Il correspond à la HVE.

Le référentiel a été renforcé : depuis sa version 4, en vigueur au 1er janvier 2023, l’obtention de la HVE repose sur l’évaluation de quatre thématiques – biodiversité, stratégie phytosanitaire, gestion de la fertilisation et gestion de l’irrigation – pour lesquelles l’exploitation doit atteindre un seuil de performance.

L’agriculture raisonnée aujourd’hui

Depuis le 9 octobre 2013, date de l’abrogation décidée par la Commission nationale de la certification environnementale, l’« agriculture raisonnée » n’a plus ni référentiel officiel, ni certification, ni label. Le terme reste employé dans le langage commun ou dans la communication de certaines filières et coopératives, mais sans cadre juridique : la reconnaissance officielle passe ainsi et désormais par la certification environnementale et la HVE.

Comment situer l'agriculture raisonnée par rapport aux autres types d’agriculture ?

Comme son nom l’indique, l’agriculture raisonnée dans ses fondements tente de limiter les intrants, mais elle se distingue nettement de :

  • L’agriculture biologique qui impose un cadre européen clair avec une interdiction des pesticides
  • L’agriculture régénératrice ou agroécologique, qui vise à la régénération naturelle des sols en s’appuyant sur le vivant, et en limitant drastiquement les intrants.

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