À travers REXAgri, Pour une Agriculture du Vivant met en lumière des agriculteurs qui expérimentent concrètement la transition agroécologique sur le terrain.
Dans cet épisode, Bruno Cabrol et Joël Barthes partagent leurs pratiques : pâturage tournant dynamique et prairies multi-espèces pour l’un, remplacement de la luzerne par un mélange trèfle/ray-grass pour l’autre. Deux exemples inspirants de systèmes plus autonomes, économes et adaptés aux sols et aux climats locaux.
Bruno Cabrol nous explique le virage vers un pâturage majoritaire 10 mois dans l’année
Face à l’augmentation des charges liées aux engrais et à la mécanisation, Bruno Cabrol a décidé, il y a cinq ans, de faire pâturer le troupeau mixte au maximum, et en pâturage tournant dynamique.
Les 75 hectares de prairies pâturables sont composés de graminées (fétuques, ray-grass), de légumineuses (trèfle violet, luzerne), de plantes fourragères (chicorée, plantain, sorgho) et de plantes médicinales (fenouil, pimprenelle, carotte). L’objectif est de maintenir un sol couvert toute l’année, en particulier pendant les mois d’été. Les prairies sont régulièrement rechargées en espèces, et certains couverts d’été et d’hiver, composés d’une vingtaine d’espèces, sont également pâturés. Une partie des parcelles est irriguée, si nécessaire, avec des apports de 25 à 30 mm par tonne de matière sèche. Des sorghos Piper ont été implantés dans le but de réduire les besoins en irrigation.
La diversification des prairies s’est aussi accompagnée d’une diversification du troupeau, issu de nombreux croisements : Jersiaise, Bordelaise, Holstein croisée Angus, Hereford, Galloway, Blanc Bleu Belge et Wagyu en race pure. Ces croisements permettent d’obtenir des animaux de plus petit gabarit, limitant les complications au vêlage.
Le troupeau est géré en deux lots : un lot laitier en mono-traite et un lot sans traite. Les animaux changent de parcelle une à deux fois par jour, ce qui permet une gestion fine du pâturage tournant.
La proximité des prairies et le choix du système en mono-traite permettent aux vaches laitières de rester au pâturage environ dix mois par an. Les analyses de fourrages montrent des valeurs Brix (taux de sucre) plus élevées sur les fourrages pâturés que sur ceux conservés, traduisant une meilleure qualité nutritionnelle.
Joël Barthes a remplacé la luzerne par un mélange trèfle/ray-grass
Situé en Aveyron, Joël Barthes cultive sur des sols sablo-limoneux acides, avec des pH compris entre 6,2 et 6,5. Dans le but de réduire le chaulage, habituellement nécessaire à l’implantation de la luzerne pour corriger l’acidité des sols, le choix a été fait d’implanter du trèfle.
Depuis six ans, le trèfle a remplacé la luzerne pour assurer une couverture végétale permanente de trois ans. Il est mieux adapté aux sols acides, plus souple à exploiter, et il est possible d’autoproduire ses semences.
La prairie est semée en association avec du ray-grass et un peu de dactyle. Ce mélange permet une implantation dès la mi-août, contrairement au trèfle pur, généralement semé au printemps, période de forte charge de travail. La prairie reste en place pendant trois ans et est rechargée chaque année avec un mélange de vesce et d’avoine.
Le mélange trèfle/ray-grass permet d’augmenter la biomasse en première coupe d’environ +1 t MS/ha. Le fourrage ne perd pas de valeur protéique par rapport à la luzerne ; en effet, les taux de MAT varient entre 14 % et 18 %. Les deux premières coupes sont récoltées en ensilage, avec un rendement total d’environ 8,5 t MS/ha, et le reste est pâturé.
Pour la production de semences, l’idéal est de commencer à moissonner à partir de la deuxième ou troisième année, afin d’obtenir une semence plus pérenne et de meilleure qualité.


