Journée Annuelle des Techniciens du Vivant 2022

Près de 100 techniciens agricoles, animateurs, responsables agronomiques, conseillers techniques se sont réunis à La ferme du Gally de Saint-Denis le jeudi 8 décembre 2022, dans le cadre de la seconde édition de la Journée Annuelle des Techniciens du Vivant. L’occasion pour chacun des participants de se retrouver dans un cadre convivial et participatif pour partager ses expériences de terrain et ses enjeux au service de l’accompagnement des agriculteurs vers la transition agroécologique. 

David Diane

Directeur de la communication

10/01/2023

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Pachamama : la terre nourricière

Une journée qui s’est ouverte avec un retour d’expériences sur ce programme inspirant qui porte bien son nom !

Initié par Blédina, le Fonds Danone pour l’Ecosystème et mis en œuvre par Pour une Agriculture du Vivant et ses partenaires, le programme vise l’accompagnement des producteurs français de fruits, légumes et céréales engagés dans la transformation du modèle agricole et alimentaire. 

Plus de 200 agriculteurs et techniciens ainsi que 30 fermes pilotes ont été embarqués dans cette aventure de co-construction avec, comme moteur, l’intelligence collective. Trois grandes étapes ont façonné la mise en œuvre du projet : la formation des parties prenantes et des salariés de Blédina aux bases de l’agroécologie pour permettre au collectif de bénéficier d’un socle de connaissances communes et ainsi mieux comprendre les enjeux de la transition dans chacune des filières ; L’accompagnement agronomique des fermes pilotes avec le déploiement de l’Indice de Régénération pour mesurer la performance agroécologique des fermes et définir les trajectoires de progrès avec les agriculteurs ; et, enfin, la construction d’un modèle économique de la transition pour sécuriser la démarche et valoriser les pratiques régénératrices.

Un programme d’innovation dont le succès repose sur l’engagement et la volonté des agriculteurs de s’inscrire dans une démarche active de transformation des pratiques ; une démarche progressive rendue possible grâce aux tests, aux formations, aux ateliers et aux mesures ; l’importance majeure de la dynamique des acteurs du territoire pour accélérer la transition.

"L’Indice de Régénération permet de piloter la transition vers l’agriculture régénératrice en co-construction avec les agriculteurs et les techniciens dans le cadre d’une démarche de progrès et non d’un nouveau cahier des charges imposé."
Juliette Rembert Danone
Juliette Rembert
Cheffe de projets agriculture régénératrice, Blédina

Des ateliers instructifs et constructifs

Placée sous le signe de la participation collective, la journée est rythmée par des ateliers au cours desquels chaque technicien a pu intervenir, tester et partager ses points de vue autant que ses enjeux. Intégrés au cœur du Programme Techniciens du Vivant, ces ateliers leur ont permis de disposer de nouvelles clés d’accompagnement pour faciliter leur travail au quotidien. 

Ateliers Découverte et perfectionnement de l’Indice de Régénération

Véritable accélérateur de la transition, l’Indice mesure la performance agroécologique des fermes et des filières en évaluant le résultat des pratiques agricoles sur 3 niveaux agronomiques pour agir de manière systémique : sol, plante et paysage. Dès lors, et en tenant compte de la spécificité des fermes, le technicien peut construire avec l’agriculteur une démarche de progrès adaptée. Dans ce contexte les deux ateliers ont permis soit de découvrir les fondamentaux de cet outil pour une meilleure prise en main, soit, pour les plus expérimentés de partager des cas concrets remontés du terrain ou des questionnements afin de progresser dans son utilisation. 

Pour les techniciens, ce fut l’occasion de mieux comprendre les différents indicateurs et leur interdépendance pour leur donner toutes les clés nécessaires afin de s’approprier cet outil essentiel.

« Selon les agriculteurs que l’on rencontre, les questions sont différentes et au fur et à mesure on apprend à découvrir l’outil pour pouvoir répondre aux questions des agriculteurs. »

Atelier Partager et financer la transition

Accompagner les agriculteurs engagés dans la transition est un maillon essentiel de leur réussite. Et cela passe notamment par le partage d’expériences ou encore l’information sur les dispositifs de financement. Mais quels sont les leviers de partage d’expériences et de financement disponibles pour sécuriser leur prise de risque ? Cet atelier a été l’occasion de passer en revue différents outils indispensables pour les agriculteurs : l’Indice de Régénération, REX Agri, plateforme d’échanges entre agriculteurs ainsi que les leviers de financement associés dont notamment le crédit impôt recherche et ses spécificités (critères d’éligibilité, prises en charges et soutien administratif)… 

Pour les techniciens, l’atelier est venu éclairer ou compléter la boîte à outils dont ils disposent afin qu’ils puissent apporter des réponses concrètes aux agriculteurs sur le terrain.

« Selon les agriculteurs que l’on rencontre, les questions sont différentes et au fur et à mesure on apprend à découvrir l’outi« L’indice de Régénération est l’outil qui nous permet d’évaluer le niveau d’innovation et d’impact à justifier dans le crédit impôt recherche. » l pour pouvoir répondre aux questions des agriculteurs. »

Atelier Carbone

La certification carbone est l’un des enjeux de la transition mais la diversité des méthodes engendre de nombreux questionnements. En dressant un panorama explicatif des différentes méthodes française (Label Bas Carbone) et internationale (Cool Farm Tool), cet atelier avait pour objectif d’informer mais aussi d’éclairer, avec des résultats, le fait qu’un engagement dans une démarche agroécologique entraîne, de fait, une amélioration du bilan carbone grâce à du stockage accru. Les retours d’expériences partagés sur les tests des différentes méthodes ont également permis de mettre en lumière que la certification carbone LBC implique une projection dans l’avenir et donc une prise de risque pour les agriculteurs, ce qui est un frein à leur engagement. Enfin, les discussions ont remis le contexte français dans la perspective européenne des négociations autour du carbon farming, qui sont au cœur de l’actualité.

Pour les techniciens, ce fut l’occasion de repenser leur approche de la certification et des crédits carbone dans leur démarche agroécologique.

« C’est un super boulot cette synthèse des méthodes car on en entend beaucoup parler mais on veut savoir quoi dire aux agriculteurs. »

Atelier Photolangage

Créé dans les années 70 par des sociologues et psycho-sociologues, le photolangage visait, à travers un choix d’images individuel, à faciliter l’expression en travaillant sur l’analogie. Grâce aux émotions, sensations et expressions qui émergent, cet outil permet d’animer un collectif et de partager la représentation de chacun sur un sujet donné en confrontant les points de vue. 

Pour les techniciens, c’est un outil pragmatique pour libérer la parole et leur permettre de mesurer les problématiques et les enjeux des agriculteurs face à un changement de pratiques.  

« Avec les photos, on va plus loin dans la réflexion et dans l’échange, on vit une véritable expérience de construction collective. »

Valoriser les acteurs de la transition

Cette journée a également été l’occasion de récompenser les trois meilleurs Indices de Régénération des agriculteurs membres de Pour une Agriculture du Vivant. Un chiffre certes, mais qui valorise avant tout un engagement dans le changement des pratiques et une démarche globale de transformation adaptée au contexte respectif de leur ferme.

Paul CAILLOUEL : 83/100 – Arboriculture

Agriculteur sur une ferme située en Normandie, Paul cultive des pommes à cidre selon deux modes de productions. Une modèle hautes tiges qui associe pommiers et élevage bovins ainsi qu’un modèle basses tiges sur lequel il envisage l’association d’un élevage ovin, dans une démarche agroécologique. A la reprise de la ferme familiale, il a décidé d’engager la transition en agriculture régénératrice ainsi que la réintégration de la transformation de la production sur la ferme. 

Antoine CHEDRU 85/100- Grandes cultures et cultures d’industrie

Antoine est agriculteur en grandes cultures et cultures d’industrie en Seine-Maritime. Compte tenu de la localisation de son exploitation, il doit notamment faire face à des particularités pédoclimatiques, des phénomènes d’érosion majeurs ou encore à des contraintes de culture en zone vulnérable. La prise de conscience, au début des années 90, de ces enjeux et impacts induits par ces spécificités, le conduit tout naturellement à s’inscrire dans une démarche de conservation des sols le menant vers l’agroécologie afin d’assurer la pérennité de sa ferme ainsi que la quantité et la qualité de ses productions. 

Victor MOREAUD 73/100 – Viticulture

Il y a dix ans, Victor reprend l’exploitation viticole familiale avec sa sœur située à Saint-Emilion en Gironde. Rapidement il constate sur son vignoble et, plus largement dans la région, les impacts du manque d’arbre et de la perte de biodiversité. Dès lors il s’engage dans une démarche d’agroécologie avec comme outil de mesure et de progression l’Indice de Régénération (IR). Grâce à cet outil, il a défini une trajectoire adaptée pour changer ses pratiques progressivement. Des couverts végétaux, à la certification Agriculture biologique et HVE en passant par le label Bee friendly, il intègre il y a deux ans l’agroforesterie dans ses pratiques. Cette trajectoire lui a ainsi permis de passer d’un Indice de 29 en 2016 à 73 en 2021, démontrant ainsi toute la pertinence de l’IR comme outil de pilotage de sa transition.

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Paul Caillouel – Arboriculture

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Antoine Chedru – Grandes Cultures

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Victor Moreaud – Viticulture

Les techniciens, de véritables acteurs du vivant

Pour conclure cette journée et ouvrir les débats, Soazig di Bianco nous a présenté les résultats de son étude sur le métier de technicien, menée au sein de la coopérative Terrena (Grand Ouest) auprès des 160 techniciens de celle-ci et de 22 agriculteurs accompagnés par ces derniers. 

Après un rappel historique mettant en valeur le rôle des agriculteurs et des coopératives dans l’émergence et les évolutions du métier des années 50 à aujourd’hui, Soazig nous a dessiné le profil de ces acteurs de terrain. Son étude a ainsi révélé qu’au sein de la coopérative, les techniciens sont très majoritairement des hommes d’environ 40 ans et d’origine agricole. Côté carrière, il apparait que la coopérative conjugue deux cycles d’investissement, à savoir un cycle court avec un turn-over aux alentours de 5 ans et, a contrario, des carrières longues. 

Cette question du double cycle interroge la conception qu’ont les techniciens de leur métier. En tenant compte de la finalité qu’ils entrevoient de leur métier, des qualités requises ou encore des rapports entretenus avec les agriculteurs, la coopératives et leurs pairs, l’étude a identifié les quatre profils suivants : expert, partenaire, civique et commercial. Bien que l’un d’entre eux soit défini comme tel, l’étude a démontré que le métier de technicien dans son ensemble dépasse les enjeux commerciaux. En effet, ils intègrent les intérêts des agriculteurs adhérents auprès de la coopérative, ils prennent en compte les situations particulières pour ajuster leur accompagnement, ils construisent et transmettent des normes et des valeurs propres à leur métier… Ils sont de véritables intermédiaires de confiance entre la coopérative et les agriculteurs. 

Tantôt fournisseur, conseiller ou médiateur, le rôle du technicien ne cesse d’évoluer et de s’adapter pour répondre au mieux aux demandes des agriculteurs, des coopératives mais également aux transformations qui le façonnent. A titre d’exemple, ils doivent désormais concilier avec les nouvelles formes d’organisation du travail et la normalisation des procédures individuelles vis-à-vis des dynamiques collectives, le développement du numérique qui standardise les offres, nécessairement spécifiques parfois ou encore la transition agroécologique qui fragilise la sécurisation des revenus. 

Dans ce contexte, nous pouvons tous nous accorder sur le fait que les techniciens font preuve de capacités d’adaptation qui pérennisent le métier comme un maillon essentiel de la relation entre agriculteurs et coopératives tout autant que pour la transformation du modèle agricole et alimentaire et pour lequel les acteurs qu’ils accompagnent sont en première ligne.

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