Lancé en 2024, le projet Bourse de Recherche à la Ferme a pour ambition de valoriser les innovations ainsi que les initiatives des agriculteurs pionniers en agroécologie. Appuyé par la Mirova Foundation, fonds de dotation de Mirova, ce projet s’inscrit dans un dispositif d’accompagnement personnalisé qui combine soutien financier, développement des compétences et stratégie de communication.  

Chaque mois, découvrez le portrait d’un agriculteur engagé dans l’agroécologie, en partageant son cheminement vers une agriculture qui régénère les sols et les avantages concrets qu’il en retire au quotidien. 

Projet Bourse-recherche à la ferme Jean-Claude, un pionnier en agroécologie

Jean-Claude Quillet : “Au départ, c’était une question économique. Aujourd’hui, les bénéfices agronomiques et environnementaux sont indéniables.”

Une ferme en évolution depuis plus de 50 ans

Je me suis installé en 1970, alors que j’étais encore à l’école. Mon père, qui ne souhaitait pas agrandir l’exploitation, m’a laissé développer la partie céréalière pendant qu’il se concentrait sur la vigne. De 52 hectares à mes débuts, la ferme a progressivement atteint 350 hectares grâce aux opportunités de reprise des terres d’exploitants qui arrêtaient leurs activités.

En 1998, mon fils s’est installé avec moi, avant de s’associer avec un voisin avec qui nous mutualisions déjà du matériel. Nous avons toujours cherché à optimiser les coûts et à adapter nos pratiques à la réalité économique de l’agriculture. Cette philosophie a d’ailleurs guidé notre transition vers l’agroécologie.

Un tournant décisif vers l’agriculture de conservation

En 1995, j’ai amorcé la transition vers l’agriculture de conservation. Ce choix n’était pas motivé par des préoccupations écologiques à l’origine, mais par une nécessité économique : réduire les charges et s’adapter aux conditions climatiques changeantes. Les sécheresses de 1989 et 1990 ont été un déclic. Sur certaines parcelles sableuses, les rendements chutaient drastiquement, mettant en péril la rentabilité de l’exploitation. 

Nous avons commencé par tester des Techniques Culturales Simplifiées (TCS) avant de passer progressivement au semis direct. En 1995, nous avons investi dans une fraise et en 1996, nous avons fait l’acquisition d’un premier semoir de semis direct, une avancée majeure. Les rendements se sont stabilisés et les coûts de production ont diminué grâce à une utilisation plus rationnelle des engrais et des phytosanitaires, ainsi que des frais de mécanisation très réduits. 

Des résultats concrets et durables

Avec le temps, nous avons découvert que cette transition apportait bien plus que des économies. Les effets agronomiques sont devenus évidents : amélioration de la structure du sol, augmentation de la matière organique et développement d’une biodiversité bénéfique. Même sur les terres les plus difficiles, nous avons observé un doublement des rendements par rapport aux exploitations voisines restées en conventionnel. 

Aujourd’hui, nous poursuivons cette approche avec une rotation diversifiée incluant orge, colza, millet, blé, sorgho et soja, adaptée aux spécificités des coteaux et de la vallée du Cher. Malgré un manque de reconnaissance et de soutien pour ces pratiques, les résultats parlent d’eux-mêmes : une ferme plus résiliente, plus productive et économiquement viable sur le long terme. 

Guillaume Joubert Pionnier en agroécologie
Guillaume Joubert Pionnier en agroécologie

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