Carbon Removals et Carbon Farming : comment valoriser les résultats carbone dans une démarche agroécologique ?

À l’heure où la transition agroécologique s’impose comme une priorité, de nouveaux outils émergent pour accompagner les agriculteurs dans une stratégie bas carbone.

Paysage agricole avec prairies, haies et cultures favorisant le stockage de carbone dans les sols, vu du ciel

Les dispositifs Carbon Removals et Carbon Farming (Publié au Journal Officiel de l’UE le 6 décembre 2024, le CRCF – Règlement sur l’absorption et la production de carbone, est le premier cadre volontaire européen pour la certification de l’absorption, de la production et du stockage du carbone dans les produits en Europe) permettent de capter ou stocker le carbone, tout en soutenant la productivité et la durabilité des systèmes agricoles.

Comment les intégrer à une stratégie agroécologique cohérente ? Quels bénéfices pour les exploitations, les filières et la valorisation carbone ? Décryptage de deux approches complémentaires au service du climat et des sols. 

Carbon Removals : le carbone extrait de l’air, un enjeu global pour l’agriculture bas carbone

Le Carbon Removal, ou élimination du carbone atmosphérique, regroupe des techniques destinées à retirer le CO₂ présent dans l’air ambiant. Contrairement au captage à la source, ces méthodes visent le CO₂ déjà émis. 

Elles mobilisent des solutions variées : reforestation, transformation de biomasse en biochar, captage direct de l’air par des machines ou stockage géologique en profondeur. Certaines approches relèvent de l’ingénierie lourde, mais d’autres, comme la séquestration du carbone dans les sols, concernent directement le monde agricole. 

Le GIEC le souligne :

"Ces dispositifs seront incontournables pour atteindre la neutralité carbone. Ils apportent une réponse aux émissions incompressibles."

Carbon Farming : quand l’agriculture devient puits de carbone

Le Carbon Farming repose sur des pratiques agricoles qui augmentent la capacité des sols et de la biomasse à stocker durablement le carbone. 
 
Réduction du travail du sol, cultures intermédiaires, haies, agroforesterie ou encore pâturage tournant : autant de leviers agroécologiques déjà éprouvés qui peuvent se combiner. Ainsi, plusieurs projets Dephy Expe ont pour vocation d’identifier des voies de réduction des IFT, mais aussi d’étudier d’autres pistes, telles que la réduction de l’empreinte carbone ou du travail du sol.

Ces pratiques apportent aussi des bénéfices agronomiques : meilleure structure du sol, rétention d’eau, biodiversité accrue. Elles s’inscrivent dans une logique agroécologique claire.  

Agriculteur observant une betterave dans un champ, illustrant des pratiques agricoles favorisant le stockage de carbone dans les sols

Un cadre de valorisation carbone en construction

Pour valoriser les démarches bas carbone engagées par des agriculteurs, plusieurs mécanismes de valorisation existent.

  • Le Label Bas-Carbone permet de certifier les réductions d’émissions ou séquestrations de CO₂, ouvrant la voie à la vente de crédits carbone à des entreprises. 
  • La PAC intègre, via les éco-régimes, un soutien financier aux exploitants mettant en œuvre des pratiques favorables au climat. 
  • Enfin, les marchés volontaires du carbone, en développement en Europe, constituent une nouvelle source de revenus pour les exploitations vertueuses.

Chaque dispositif rémunère l’agriculteur pour son rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique. En s’engageant, il valorise aussi ses pratiques vertueuses auprès des consommateurs et partenaires. 

Agroécologie et carbone : une convergence d’intérêts

Plutôt que de les opposer, il est essentiel de penser le Carbon Farming comme des alliés de l’agroécologie.

  • Un céréalier réduisant le labour et implantant des couverts végétaux capte du carbone tout en restaurant la vie biologique de ses sols. 
  • Un éleveur pratiquant le pâturage tournant renforce la fertilité de ses prairies tout en valorisant ses résultats carbone. 
     

Ces approches permettent de coupler performance agronomique, action pour le climat et création de valeur sur les marchés. Grâce à la valorisation carbone, ces démarches peuvent apporter de nouvelles ressources économiques aux agriculteurs. 

Troupeau de vaches pâturant dans une prairie permanente, illustrant un système herbager favorisant le stockage de carbone dans les sols

Filières agricoles : un rôle à jouer pour l’amont et l’aval

Les entreprises de l’amont agricole ont un rôle moteur. Le semencier RAGT développe par exemple des couverts végétaux spécifiques pour le stockage de carbone. Les constructeurs Kuhn ou Horsch conçoivent des outils de semis direct adaptés à une agriculture sans labour. 

Du côté des coopérativesAxereal teste depuis 2022 un programme de filière bas carbone en grandes cultures, avec traçabilité du carbone séquestré. Depuis 2014, la démarche de Terrena, baptisée AgriCO2, quantifie et valorise la diminution de gaz à effet de serre réalisées par l’implantation de haies, de couverts végétaux ou des formations à l’éco-conduite.  

Côté avalDanone contractualise avec des éleveurs pour sécuriser des filières lait à faible empreinte carbone. Ces engagements permettent d’intégrer la rémunération du service environnemental directement dans la chaîne de valeur agricole. 

En structurant des filières autour de ces pratiques bas carbone, l’ensemble de la chaîne agricole participe à la transition climatique et à la création de valeur partagée. 

Vers une agriculture climato-intelligente et bas carbone

Les entreprises de l’amont agricole ont un rôle moteur. Le semencier RAGT développe par exemple des couverts végétaux spécifiques pour le stockage de carbone. Les constructeurs Kuhn ou Horsch conçoivent des outils de semis direct adaptés à une agriculture sans labour. 

Du côté des coopérativesAxereal teste depuis 2022 un programme de filière bas carbone en grandes cultures, avec traçabilité du carbone séquestré. Depuis 2014, la démarche de Terrena, baptisée AgriCO2, quantifie et valorise la diminution de gaz à effet de serre réalisées par l’implantation de haies, de couverts végétaux ou des formations à l’éco-conduite.  

Côté avalDanone contractualise avec des éleveurs pour sécuriser des filières lait à faible empreinte carbone. Ces engagements permettent d’intégrer la rémunération du service environnemental directement dans la chaîne de valeur agricole. 

En structurant des filières autour de ces pratiques bas carbone, l’ensemble de la chaîne agricole participe à la transition climatique et à la création de valeur partagée. 

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