À travers REXAgri, Pour une Agriculture du Vivant met en lumière des agriculteurs qui expérimentent concrètement la transition agroécologique sur le terrain.
Dans cet épisode, Thomas et Tanguy nous partagent leur pratique : le paillage des billons pour lutter contre les pucerons sans insecticide en multiplication de plants de pomme de terre pour l’un, l’investissement dans une bineuse guidée par caméra pour réduire les IFT herbicides en betterave sucrière pour l’autre. Deux approches concrètes pour réduire la dépendance à la chimie tout en préservant la performance des cultures.
Pailler pour lutter contre les pucerons sans insecticide
En multiplication de plants de pomme de terre, la présence de virus transmis par les pucerons est un enjeu de taille : un plant trop touché est déclassé, faute de viabilité suffisante. Face aux résultats de plus en plus limités des insecticides classiques contre ce ravageur, le retour d’expérience de Thomas explore une alternative : le paillage des billons.
L’idée repose sur un principe de confusion visuelle : en recouvrant légèrement le sol d’une fine couche de paille après la plantation, les pucerons seraient moins attirés par les jeunes plants, ce qui limiterait les piqûres aux stades les plus précoces du développement.
Concrètement, la paille est appliquée environ deux à trois semaines après la plantation, à raison d’une tonne de céréales pour un hectare de pomme de terre planté, avec un objectif d’environ 1 cm d’épaisseur. Des passages d’huile viennent compléter le dispositif, sans recours à un insecticide classique. Une zone témoin a été conservée pour comparer les résultats.
Les observations sont encourageantes : les zones paillées ont montré une meilleure résistance à la phytotoxicité liée au désherbage racinaire, en particulier après un épisode pluvieux, avec une croissance plus rapide en début de cycle. La paille contribue aussi à mieux conserver l’humidité du sol et à limiter les phénomènes de battance.
À ce stade, les plants restent globalement sains et comparables entre les deux zones, et c’est la baisse effective de la présence virale, mesurée par analyse, qui permettra de confirmer si le paillage constitue une véritable alternative à la lutte chimique.
Bineuse guidée par caméra pour réduire les herbicides et stimuler la croissance
Face à la diminution d’efficacité des désherbages chimiques, au retrait de certaines matières actives et à des conditions météo de plus en plus contrastées, investir dans un outil de désherbage mécanique plus performant est devenu une évidence pour de nombreux betteraviers. Le retour d’expérience de Tanguy illustre cette transition, avec l’acquisition en 2025 d’une bineuse 12 rangs guidée par caméra.
L’équipement associe des lames travaillant au plus près des pieds de betteraves, des socs en cœur pour couvrir efficacement l’inter-rang, et une herse étrille qui extrait les adventices et expose leurs racines à l’air libre pour favoriser leur dessèchement. L’ajout de doigts de binage sur le rang a été envisagé, mais écarté : leur efficacité s’avère moins satisfaisante en présence de cailloux, fréquents dans ce type de parcelles.
Les premiers résultats confirment ce choix d’investissement. Le passage de la bineuse permet de réduire le nombre d’interventions chimiques, avec un gain estimé entre 0,5 et 1 point d’IFT herbicide selon les années. Sur certaines parcelles, il a même été possible de supprimer totalement un passage phytosanitaire.
Après le passage de l’outil, les betteraves paraissent plus vigoureuses et referment plus rapidement l’inter-rang, limitant d’autant le développement des adventices. Le binage semble aussi aider les plantes à mieux récupérer après des programmes de désherbage lourds.
Des ajustements restent à affiner, notamment sur l’alignement des éléments travaillants et le choix d’ajouter ou non un travail sur le rang. L’utilisation de la bineuse demande par ailleurs un tracteur plus puissant que celui nécessaire aux anciennes machines.
Au vu de ces premiers résultats, cet outil s’impose déjà comme un levier incontournable pour concilier efficacité de désherbage, réduction des IFT et enjeux économiques.