Jeune agriculteur, installation agricole, reprise d’exploitation : comment l’agroécologie sécurise et accompagne la transmission des fermes en France

Mot clé : Agroécologie

La transmission agricole s’accélère et, avec elle, la nécessité de consolider les modèles économiques des exploitations. Pour les jeunes agriculteurs, s’installer ou reprendre une ferme suppose de concilier performance immédiate et vision long terme. L’agroécologie apparaît alors comme un cadre d’action concret pour réduire les risques, préserver le capital sol et sécuriser l’avenir des fermes.

Jeune agriculteur en phase de reprise d’exploitation serrant la main d’un cédant devant un tracteur, illustration de la transmission agricole et de l’agroécologie comme levier de pérennité économique.

En France, près d’un agriculteur sur deux atteindra l’âge de la retraite ’ici 2030. La question de la transmission n’est donc pas théorique : elle est immédiate. 

Mais transmettre une ferme aujourd’hui suppose ’elles composent avec la volatilité des marchés agricoles, la hausse du coût des intrants, la pression sur la ressource en eau et des exigences environnementales croissantes. 

Pour les jeunes agriculteurs installés ou en phase de reprise, l’enjeu est double : maintenir la performance économique tout en adaptant les pratiques pour préserver l’outil de production sur le long terme. 

À travers le PSE Régénératif, le programme Pachamama et la coalition territoriale COVALO Hauts-de-France, plusieurs dispositifs cherchent à accompagner cette transition. Trois agriculteurs, à des stades différents de leur parcours, en témoignent.

PSE Régénératif : sécuriser l’installation par la reconnaissance des services environnementaux

Clémence Soyez, agricultrice mettant en place des pratiques agroécologiques

Clémence Soyez – Agricultrice dans la Somme (80)

Reprise d’exploitation dans la Somme : enjeux agronomiques et financiers

Clémence Soyez, 26 ans, a repris la ferme familiale, la SCEA du Bois de Forest, avec son petit frère Simon, 24 ans. L’exploitation est située dans la Somme, en Picardie, principalement autour de Caix, avec des terres aussi du côté de Villers-Bretonneux, Vaire-sous-Corbie et Méréaucourt.

Historiquement, la ferme était en grandes cultures et cultures d’industrie : pommes de terre, céréales, colza, betterave et légumes industriels comme le pois et le haricot. Depuis leur arrivée il y a un an et demi, ils ont commencé à faire évoluer les choses : “on implante de nouvelles cultures comme la lentille, davantage de féverole et du pois sec”. 

La reprise s’inscrit dans une transmission familiale : “mon grand-père a transmis la ferme à ma mère, qui nous la transmet aujourd’hui. Elle n’était pas forcément partante au départ, parce que le métier est exigeant et parce qu’elle était seule. Mais on lui a dit qu’à deux avec mon frère la charge sera beaucoup plus soutenable”. 

Fait un peu atypique : “ni Simon ni moi n’avons fait d’études agricoles. Lui a un master en géosciences, et moi j’ai fait des études en commerce digital. Aujourd’hui, nous passons nos diplômes agricoles. Notre installation est récente et elle s’accompagne de vrais enjeux. 

Sur les grandes cultures historiques, les prix ne sont plus toujours au rendez-vous. L’un de nos premiers objectifs a donc été de réaugmenter le chiffre d’affaires tout en diminuant les coûts. Nous avons également réduit la surface en pommes de terre, de 80 hectares à 40 hectares.  

Sur le plan agronomique, on constatait une baisse de matière organique et des phénomènes de ruissellement. Il fallait agir. 

Transformer ses pratiques pour sécuriser l’avenir de la ferme

“Nous avons grandi entre deux univers : ma mère agricultrice, mon père engagé dans des projets liés à la nature et à l’environnement. Reprendre la ferme oui, mais pas à n’importe quelles conditions”. Pour Clémence, la reprise était liée à la possibilité de mener des projets plus écologiques. Pas forcément passer en agriculture biologique, ni arrêter totalement les phytos, mais pouvoir expérimenter, tester, cultiver autrement. 

“En arrivant, nous avons observé les sols, regardé les zones d’érosion, analysé les terres. Même si nous sommes dans une bonne région agricole, on voyait que la qualité s’était dégradée par endroits” Le changement climatique accentue les enjeux : “ma mère veut nous transmettre un outil en état. À nous de le maintenir viable dans le temps”. 

Ce n’était plus seulement une conviction : c’est devenu une obligation. 

Concrètement, en un an et demi, Clémence et son frère ont déjà engagés plusieurs actions : plantation d’un kilomètre de haies, introduction de nouvelles cultures à faible intrant (lentilles, pois secs, féveroles), développement des amendements organiques, production et diversification des engrais verts, grande réduction du labour et réduction des surfaces de pommes de terre pour limiter le pompage. 

Ils réfléchissent aussi à la mise en place d’un atelier d’élevage pour sécuriser leurs apports organiques en circuit interne. 

Changer les pratiques a aussi un impact humain : “nous avons intégré nos salariés dans les réflexions. Les décisions sont discutées. On teste, parfois ça marche, parfois non. Cela a créé une nouvelle dynamique et facilité notre prise de rôle comme jeunes chefs d’exploitation”. 

Financer ses pratiques agroécologiques : l’effet accélérateur du PSE Régénératif

Clémence a découvert le PSE Régénératif mis en place par l’association et l’Agence de l’Eau Artois Picardie quasiment en même temps que son installation : “Ce qui m’a convaincue, c’est l’idée simple d’être rémunérée pour faire des choses que je voulais déjà mettre en place. Si on peut être accompagnés financièrement pour remettre du vivant dans le sol, pourquoi le faire seuls dans notre coin ?” 

Le PSE apporte aussi autre chose : Un collectif dit-elle. “On rencontre des agriculteurs qu’on ne connaissait pas, avec des profils différents. On échange, on se forme, on s’entraide. Cela renforce la dynamique et ça nous pousse à avancer en ce sens. 

Le financement apporté par le PSE Régénératif nous aide à investir dans du matériel, comme une herse étrille pour développer le désherbage mécanique en blé et réduire les intrants. 

Sans le PSE, nous aurions probablement avancé, mais pas à la même échelle, et pas au même rythme. Le dispositif agit comme un accélérateur : il facilite les essais, limite les résistances internes à l’investissement et soutient des projets de diversification ou d’élevage. 

Au moment de l’installation, le contexte économique n’est pas simple. Avoir ce complément financier agit comme un filet de sécurité. Cela permet de se lancer sans attendre que d’autres testent avant nous. Cela sécurise les choix dans un environnement où les conseils sont parfois divergents. 

En agriculture, les effets se mesurent sur le temps long. Si l’on veut bénéficier des fruits de ce que l’on met en place, mieux vaut commencer tôt. 

Pachamama : se projeter dans le temps grâce à l’engagement des filières

Si le PSE Régénératif agit comme un levier individuel pour sécuriser l’installation et financer les services écosystémiques rendus par les agriculteurs, le programme Pachamama mis en place avec Blédina, Danone Ecosystem et notre association (et soutenu par un financement CASDAR) intervient à une autre échelle : celle des filières et du déploiement collectif. 

Avec Pachamama, l’enjeu n’est plus seulement d’accompagner un agriculteur dans sa trajectoire, mais de structurer une dynamique sur le territoire nationale impliquant producteurs, techniciens et industriels autour d’un même objectif : déployer l’agroécologie à grande échelle. 

Dans le Puy-de-Dôme, Xavier s’inscrit dans cette logique.

Xavier AYMARD FermeDesVolcans

Xavier Aymard – Agriculteur dans le Puy-de-Dôme (63)

Une exploitation tournée vers la qualité et la transmission

Xavier Aymard, 38 ans, et son frère, Julien, sont agriculteurs dans le Puy-de-Dôme (63). 4ème génération d’agriculteurs sur l’exploitation familiale, la Ferme des Volcans, où ils cultivent 400 hectares en Limagne Noire, sur des terres volcaniques fertiles. 

“Nous produisons du blé, du maïs et nous développons depuis 40 ans une production d’oignons, initiée par notre père. Les oignons représentent aujourd’hui une culture à forte valeur ajoutée, avec des marges plus intéressantes mais aussi davantage de risques et de charges”. Les deux frères ont également repris en 2021 une seconde ferme dans l’Allier, à côté de Moulins, spécialisée en blé et maïs. 

Tout comme Clémence, Xavier et son frère sont revenus à leurs racines agricoles : “Mon frère vient du droit et de la finance, moi du marketing et de la communication”. Encouragés par leur père à construire d’abord leur propre parcours avant d’éventuellement revenir à la ferme, ils ont finalement choisi de renouer avec l’exploitation familiale, portés par un fort attachement à leur territoire. 

La reprise s’est faite progressivement. D’abord une association en 2021 sur l’exploitation de l’Allier, puis la reprise complète de la ferme familiale en 2024. 

Les enjeux sont clairs : produire de la qualité, respecter nos sols, rester performants économiquement et continuer à transmettre.

L’agroécologie comme recherche de performance

La question pour Xavier était simple : “comment faire en sorte que nos sols se comportent le mieux possible, aujourd’hui et demain, pour rester rentables et transmettre l’exploitation ? 

Un agriculteur est d’abord un chef d’entreprise. La qualité est essentielle, mais la rentabilité l’est tout autant. Sans rentabilité, pas d’investissement, pas d’emplois, pas de transmission. 

Depuis mon grand-père, nous faisons partie d’un CETA : un groupe d’agriculteurs accompagné par un ingénieur agronome. Nous menons des essais variétaux, des essais sur la fertilisation, l’irrigation, les couverts végétaux. Nous testons, nous comparons, nous mesurons. 

Nous avons mis en place des couverts végétaux, notamment dans le cadre du programme Pachamama. Cette année, nous avons implanté 40 hectares de couverts sur chaque ferme. L’objectif : structurer le sol, apporter de l’azote, améliorer la résilience. Nous allons comparer les parcelles avec et sans couverts pour mesurer l’impact réel sur les rendements et la qualité. 

L’agriculture est un métier d’adaptation permanente : “Entre marchés mondiaux, géopolitique et aléas climatiques, comme les 300 mm de pluie reçus en un mois qui ont compromis une partie de notre récolte d’oignons, nous devons constamment ajuster nos décisions. L’agroécologie, dans notre vision, doit s’intégrer dans cette réalité économique”.

Pachamama : accompagner techniquement et économiquement la transition

“Nous avons rejoint Pachamama via une filière locale liée à la production d’ail destiné notamment à l’alimentation infantile. L’intérêt était double : 

  • Relancer et structurer une filière locale ; 
  • Bénéficier d’un accompagnement technique spécifique, notamment sur les couverts végétaux.

Le programme nous a apporté une autre façon de penser l’organisation. Par exemple, implanter les couverts immédiatement après la moisson impose de modifier nos routines, de réorganiser le travail, de gérer différemment les contraintes climatiques et humaines. Cela demande du temps, de l’adaptation, mais nous savons que les couverts végétaux deviendront probablement une obligation réglementaire. Autant anticiper plutôt que subir. L’enjeu est d’intégrer ces pratiques dans notre organisation avant qu’elles ne deviennent une contrainte standardisée. 

Pachamama ne change pas notre trajectoire. Il l’accompagne. Il structure notre réflexion. Il nous pousse à expérimenter, à mesurer, à comparer. 

Notre fonds de commerce, c’est le sol. Si on le dégrade, les rendements baissent, la rentabilité s’effondre et l’exploitation perd de sa valeur. On ne peut plus le transmettre aux générations futures. Il faut conserver la qualité de nos sols, voire, l’améliorer. Mais cette amélioration doit rester économiquement viable. Nous ne maîtrisons pas les prix mondiaux, mais nous maîtrisons nos pratiques”. 

COVALO Hauts-de-France : accompagner la reprise et la transmission des exploitations

Si le programme Pachamama agit à l’échelle des filières pour structurer des trajectoires agroécologiques durables, la question de la transmission se joue aussi au plus près des exploitations. 

Dans les Hauts-de-France, l’enjeu n’est plus seulement d’améliorer des pratiques, mais de préparer concrètement la reprise. Pour Étienne, jeune agriculteur en phase d’installation, l’agroécologie devient un levier stratégique pour sécuriser l’avenir de la ferme familiale.

Étienne Ducroquet, agricultrice mettant en place des pratiques agroécologiques

Étienne Ducroquet – Responsable d'exploitation dans le Pas-de-Calais (62)

Une exploitation en phase de reprise

Étienne Ducroquet, 24 ans, est responsable d’exploitation sur la ferme familiale, la SCEA Ferme de Séricourt dans le Pas-de-Calais (62). 

“Mon parcours n’est pas tout à fait classique. J’ai fait une licence de sciences politiques à Lille, puis je me suis orienté vers le secteur agricole avec une année à l’IHEDREA à Paris, en droit rural et économie agricole, en alternance à la Chambre d’Agriculture comme chargé d’affaires publiques. 

J’avais toujours en tête l’idée de revenir un jour sur la ferme si l’occasion se présentait. Elle s’est présentée plus vite que prévu. Je suis donc revenu dans le Nord, j’ai passé un BTS Agronomie Culture Durable à Bapaume, puis je suis entré sur l’exploitation comme salarié agricole en septembre, avec l’objectif de m’installer dans les prochaines années. 

La ferme est historiquement en grandes cultures et cultures d’industrie : blé, colza, betteraves sucrières, lin textile, avec un peu de maïs pour les rotations. Il y avait autrefois de l’élevage, arrêté en 2002 lors de la transmission de son père et son oncle : “Mon père a repris l’exploitation seul il y a trois ans, ce qui a aussi accéléré mon retour”. 

Aujourd’hui, les enjeux sont importants. 

Économiquement, l’exploitation est structurée autour des grandes cultures et des cultures industrielles. Dans un contexte de marchés céréaliers fluctuants et d’incertitudes sur l’évolution du secteur betteravier, la recherche d’équilibre reste un enjeu permanent. Heureusement, le lin apporte un peu d’équilibre. 

Agronomiquement, l’exploitation fait face à une forte pression de vulpin, probablement résistante, liée notamment à des rotations trop courtes et à des retours fréquents de blé. 

L’ambition d’Étienne est claire : “Je veux aller vers une agriculture régénératrice, remettre la matière organique au centre, travailler la vie du sol, et intégrer cette réflexion dans une approche globale”. 

L’agroécologie comme levier de relance

Pour Étienne, l’agroécologie n’est plus une tendance : “C’est une nécessité. Il y a aujourd’hui une prise de conscience dans le monde agricole. Certaines pratiques issues de l’intensification arrivent à bout de souffle : retrait de matières actives, perte d’efficacité de certains leviers. Il faut revenir à des fondamentaux agronomiques”. 

Sur notre exploitation, cela relève aussi du bon sens. Nous sommes situés dans une vallée, avec des terres en pente, des bosquets, des parcelles enclavées. Nous avons des problématiques d’érosion très concrètes : chaque année, lors de fortes pluies, des ravines se forment. Nous avons tout intérêt à adapter nos pratiques”. 

Depuis deux ans, environ 7 kilomètres de haies ont été planté. Elles jouent un rôle contre l’érosion, apportent de la biodiversité, améliorent l’effet brise-vent et contribuent à la matière organique. 

“Nous sommes également en techniques culturales simplifiées (TCS) depuis près de dix ans : réduction du travail du sol, non-labour quand c’est possible. 

Nous avons renforcé notre stratégie sur les couverts végétaux. Plutôt que de les considérer comme une obligation réglementaire, nous les utilisons comme un véritable outil agronomique. Nous travaillons des mélanges diversifiés : féverole, vesce, avoine, roquette, pour maximiser la biomasse”. 

Ces couverts sont pâturés en hiver par un éleveur voisin avec ses brebis en pâturage tournant dynamique. C’est une synergie locale : les animaux consomment le couvert et restituent de la matière organique au sol. 

Certaines pratiques produisent des effets à long terme. Mais d’autres ont des impacts immédiats. La réduction du labour permet déjà de baisser les charges de mécanisation et de gasoil. Les mélanges variétaux en blé réduisent le risque fongique et donc les dépenses en fongicides. À terme, en renforçant la vie du sol et en intégrant davantage de légumineuses, Étienne espère réduire la dépendance aux engrais azotés, mais surtout il compte améliorer l’agronomie et compresser certains postes de charges.

Le rôle de COVALO Hauts-de-France

“J’ai entendu parler de COVALO par ma coopérative, Uneal, avec laquelle nous sommes déjà engagés dans un accompagnement vers l’agriculture de régénération”. 

L’exploitation est déjà dans cette dynamique. Rejoindre COVALO faisait sens pour lui : “Si l’on peut être accompagnés techniquement et financièrement pour aller plus loin, il faut saisir cette opportunité. Je suis encore au début du dispositif. Mais ce que j’en attends est clair : 

  • Un accompagnement technique renforcé ; 
  • Un soutien financier pour des pratiques déjà engagées ; 
  • Un cadre collectif structurant.

Planter des haies, investir dans des couverts plus complexes, travailler la matière organique : ce sont des investissements que nous assumons parce que nous y croyons. Mais être soutenus permet d’intensifier ces pratiques et d’en mobiliser de nouvelles”. 

Au-delà du financement, il y a la dimension collective : “Nous ne sommes pas seuls face aux décisions. Les coopératives, les acteurs du territoire, les partenaires techniques sont embarqués dans une réflexion plus systémique, où performance économique et performance écologique sont pensées ensemble”. 

La transition agroécologique comporte des risques économiques. Elle suppose d’expérimenter, de modifier les pratiques, d’investir sur le long terme. Sans accompagnement, certains leviers ne seraient peut-être pas mobilisés, ou plus tard. 

“ COVALO me permet de dépasser certaines craintes, de sécuriser la transition et de la structurer. Pour moi, la transmission passe par là. Si nous voulons que l’exploitation soit viable dans dix, quinze ou vingt ans, il faut investir dès aujourd’hui dans notre outil de production : le sol. Aller vers plus de matière organique, plus de vie biologique, plus de résilience agronomique. C’est une stratégie à long terme. 

Et si un dispositif comme COVALO Hauts-de-France permet d’accélérer ce mouvement et de le sécuriser économiquement, alors il devient un levier déterminant pour la reprise et la transmission de mon exploitation“.

Clémence Soyez, vue aérienne champs

Trois projets, un même enjeu générationnel

À travers Clémence, Xavier et Étienne, trois réalités agricoles différentes émergent : la reprise familiale en grandes cultures dans la Somme, une exploitation structurée en filière dans le Puy-de-Dôme, une ferme en tension économique dans le Pas-de-Calais. 

Pourtant, plusieurs points communs les relient : une approche pragmatique de l’agroécologie, pensée comme un levier de performance et de gestion du risque. Tous cherchent à réduire leur vulnérabilité économique et à préserver le sol comme capital stratégique. 

Leurs décisions s’inscrivent dans une même logique de long terme : transmettre une exploitation viable et résiliente. 

Le PSE Régénératif réduit l’exposition au risque dans les premières années d’installation. Il permet de financer des pratiques déjà engagées et d’accélérer des décisions qui auraient pu être différées. Il réduit la prise de risque dans une phase où chaque investissement compte. 

Pachamama intervient à une autre échelle : celle des filières et du temps long. Il structure un cadre technique et économique permettant d’anticiper les évolutions réglementaires, de tester, de mesurer et d’intégrer l’agroécologie dans un modèle productif rentable. 

COVALO Hauts-de-France, enfin, agit comme un outil de coordination territoriale. Il rassemble coopératives, techniciens et agriculteurs autour d’une transition pensée de manière systémique, où performance économique et performance écologique sont imbriquées. 

Ces trois dispositifs ne se substituent pas les uns aux autres. Ils agissent à des échelles complémentaires : à l’échelle de l’exploitation, de la filière et du territoire.

Préparer les fermes d’aujourd’hui à accueillir les générations de demain

Les témoignages de ces jeunes agriculteurs le montrent clairement : la transmission ne se résume pas à un simple changement de propriétaire. Elle suppose que l’outil de production soit viable : des sols capables de produire dans la durée, des charges maîtrisées, une capacité d’adaptation aux aléas climatiques et économiques, une organisation du travail soutenable dans la durée. 

L’agroécologie, dans ces parcours, n’est ni un slogan ni une rupture idéologique. Elle devient un levier stratégique : 

  • Réduire certains postes de dépenses (carburant, engrais, intrants) ; 
  • Restaurer la matière organique et la vie des sols ; 
  • Sécuriser les marges à moyen et long terme ; 
  • Anticiper plutôt que subir les évolutions réglementaires.

Ce que changent concrètement ces dispositifs, c’est la possibilité d’agir plus tôt et plus vite. Ils réduisent la peur de l’investissement, structurent l’accompagnement technique, mutualisent les risques et rendent la transition économiquement pensable. 

Dans un contexte où près d’un agriculteur sur deux partira à la retraite d’ici 2030, la question n’est plus seulement de produire autrement. Elle est de transmettre des exploitations capables d’absorber les chocs. 

Préparer les fermes d’aujourd’hui, c’est investir dans leur résilience. Et investir dans leur résilience, c’est donner aux nouvelles générations une chance réelle de s’installer, de durer… et de transmettre à leur tour.

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