Initiée en 2024, le Projet “Bourse Recherche-Action à la Ferme” (BRF) a pour objectif de mettre en lumière les pratiques novatrices et les démarches exemplaires d’agriculteurs engagés dans l’agroécologie. Porté par la Mirova Foundation, fonds de dotation de Mirova, ce programme s’intègre dans un accompagnement sur mesure qui associe appui financier, développement des compétences et stratégie de communication.
Chaque mois, le projet met à l’honneur le portrait d’un agriculteur pionnier, partageant son expérience dans sa transition agroécologique : préservation des sols, biodiversité et bénéfices concrets au quotidien.
Laurent Cornée : « En semis direct, il faut être plus patient et observateur afin d'intervenir au moment où toutes les conditions sont réunies. »
Transition vers le semis direct : un chemin progressif et réfléchi
Installé en 1998 sur l’exploitation familiale en Ille-et-Vilaine après l’obtention d’un BTA, Laurent Cornée exploite une ferme en polyculture-élevage avec 65 vaches laitières et des cultures céréalières.
Dès 2005, Laurent s’intéresse aux techniques culturales simplifiées, aux semelles de compaction et à l’importance de la fissuration des sols. Convaincu qu’une autre approche est possible, il rejoint différents groupes d’information pour approfondir sa réflexion.
Le déclic intervient en 2007 lors d’un voyage au Brésil où il observe des fermes en semis direct. Cette expérience accélère l’idée de passer à un système de semis direct, qu’il met en place dès 2008. Cette transition est largement facilitée par le travail réalisé auparavant sur son exploitation, notamment au niveau du salissement des parcelles ainsi que de la structuration et de la compaction des sols.
Le passage en semis direct permet de réduire considérablement les coûts (matériel et carburant) ainsi que le nombre de passages réalisés. Cependant, il nécessite d’être plus patient et observateur afin d’intervenir au moment où toutes les conditions sont réunies.
L'agroforesterie : ombre pour le troupeau et valorisation du bois
En 2018, Laurent franchit une nouvelle étape en plantant des arbres en agroforesterie sur environ 50 hectares. Une partie de cette plantation se situe sur les prairies où pâturent les vaches taries. Cela apporte de l’ombre au troupeau et permet, dans une moindre mesure, de produire de la litière issue du broyage des haies fourragères, récupérées tous les deux ans.
L’autre partie de la plantation se trouve sur les zones de cultures afin de valoriser les arbres en bois d’œuvre, créant ainsi une source de revenu complémentaire à long terme.
Autonomie alimentaire : repenser le système fourrager
En 2012, Laurent investit dans un robot de traite avec pour objectif principal l’autonomie alimentaire. Cette décision l’amène à supprimer les apports de soja et à revoir entièrement ses assolements.
En plus du maïs, il incorpore des méteils et des couverts permanents qu’il valorise en ensilage et en fourrage. Il ajoute également à la rotation du lin oléagineux, permettant la production de tourteaux de graines de lin extrudées, auxquels il associe des tourteaux de colza afin de compléter les besoins protéiques. Ce système permet de maintenir un niveau de production élevé par vache : plus de 12 000 litres de lait par an.
En plus de diminuer sa dépendance au soja importé, l’utilisation de tourteaux de graines de lin extrudées permet également de réduire les émissions de méthane entérique et ainsi d’améliorer l’impact carbone de sa production laitière.
Un système cohérent qui conjugue performance et durabilité
Le parcours de Laurent Cornée illustre comment la patience, l’observation et la formation continue permettent de transformer progressivement une exploitation. Chaque innovation s’inscrit dans une vision globale : le semis direct pour préserver les sols, l’agroforesterie pour le bien-être animal et la biodiversité, l’autonomie alimentaire pour réduire la dépendance aux intrants importés.
Avec plus de 25 ans d’expérience, Laurent démontre qu’il est possible de concilier performance économique et respect de l’environnement en élevage laitier.