Terrena : former ses technico-commerciaux à l’agriculture de régénération

Face à l’intensification des aléas climatiques et à la nécessité de sécuriser durablement les systèmes de production, la coopérative Terrena a engagé une transformation profonde de son accompagnement technique. Formation des équipes, approche systémique des exploitations, agriculture de régénération : Benoît Morgant, chargé de projet agriculture régénératrice, revient sur cette démarche structurante, ses objectifs et ses premiers effets sur le terrain.

Benoit Morgant Terrena Padv

Comment définiriez-vous aujourd’hui l’accompagnement technique agricole de Terrena ?

L’accompagnement technique ne peut plus se limiter à une réponse ponctuelle à un problème précis ou à la prescription d’un produit ou d’une pratique isolée. Aujourd’hui, il s’agit d’un accompagnement global de l’exploitation, fondé sur la compréhension de ses contraintes agronomiques, économiques et climatiques.
L’objectif est d’apporter un conseil précis, contextualisé et adapté, capable d’aider les agriculteurs à sécuriser leur système de production face à des aléas devenus structurels et non plus exceptionnels.

Quels sont les nouveaux enjeux que cet accompagnement doit désormais couvrir ?

Le premier enjeu est clairement l’adaptation au changement climatique. Il n’y a aujourd’hui quasiment plus un agriculteur qui n’ait pas rencontré de difficultés liées à des sécheresses, des excès d’eau ou des pertes de rendement répétées.
À cela s’ajoutent la robustesse agronomique des sols, la diversification des systèmes de production pour limiter les risques économiques, la réduction de la dépendance aux intrants et, plus largement, la pérennité des exploitations dans un contexte de durcissement climatique, économique et réglementaire.
L’accompagnement doit donc intégrer une approche systémique, à l’échelle de l’exploitation, et non plus seulement à l’échelle d’une culture.

Pourquoi la coopérative Terrena a-t-elle fait le choix de former massivement ses équipes à l’agriculture de régénération ?

Ce choix part d’une demande très claire de nos adhérents. Le changement climatique n’est plus un sujet théorique : il affecte directement la production et la viabilité économique des fermes. Nous avions déjà engagé des travaux sur l’adaptation variétale, sur les pratiques culturales, mais nous avons constaté que cela ne suffisait plus. Il fallait revenir à des fondamentaux agronomiques pour créer des systèmes plus robustes, capables d’amortir les chocs climatiques. L’agriculture de régénération nous est apparue comme un cadre pertinent pour répondre à ces enjeux, en travaillant à la fois sur le sol, la diversification des cultures, la biodiversité et la complémentarité avec l’élevage.

Pouvez-vous présenter la formation suivie par les technico-commerciaux dans le cadre d’Agrocursus-IR ?

Nous avons mis en place une formation longue, d’environ 60 heures, combinant des temps en présentiel, sur le terrain, et un volet important en e-learning. L’agrocursus IR a été créé par l’organisme de formation ICOSYSTEME, et ce sont les formateurs d’icosystème qui ont animé tous ces jours de formation. Cette formation s’est déroulée sur une période d’environ dix mois. Près de 200 collaborateurs ont été formés, incluant l’ensemble des technico-commerciaux, mais aussi des équipes des services Agronomie et Innovation. Le choix a été fait de former tout le monde, sans distinction, afin d’éviter toute approche à deux vitesses.

Quels objectifs poursuivait Terrena à travers ce dispositif ?

L’objectif principal était de mettre l’ensemble des équipes à un niveau commun de compréhension des enjeux de transition. Il s’agissait aussi de renforcer la capacité d’analyse systémique des exploitations et de sécuriser l’accompagnement technique face aux aléas climatiques. Nous voulions que nos équipes soient capables de proposer des solutions concrètes, opérationnelles et adaptées à chaque ferme, en tenant compte de ses contraintes propres.

En quoi ce dispositif répond-il concrètement aux enjeux de transition agricole ?

L’agriculture de régénération constitue un cadre de lecture fédérateur. Elle permet de travailler sur la résilience des systèmes, la productivité durable et la réduction des risques, en replaçant le sol au cœur des raisonnements.
L’utilisation de l’indice de régénération de PADV permet d’objectiver la situation de chaque exploitation, de mesurer son niveau d’exposition aux aléas climatiques et d’orienter progressivement les leviers d’action. Cela rend la transition plus lisible et plus accessible pour les agriculteurs, comme pour les conseillers.

Avez-vous rencontré des freins lors de la mise en œuvre de cette démarche ?

Les principaux freins tiennent à la diversité des profils et des niveaux de sensibilité des équipes. Certains techniciens très expérimentés ont pu exprimer un certain scepticisme au départ, notamment face à un changement de posture qui demande de raisonner à l’échelle du système et non plus culture par culture. Mais ces freins ont été largement levés par la qualité de la formation et par son caractère très concret, ancré dans les problématiques réelles des agriculteurs.

Quelles montées en compétences avez-vous observées chez les technico-commerciaux ?

Les montées en compétences sont à la fois techniques et méthodologiques. Elles concernent la compréhension des sols, la capacité à raisonner des systèmes de production sur plusieurs années, la maîtrise d’outils d’aide à la décision et la structuration du discours technique. Un point essentiel est également la prise de confiance des conseillers, qui se sentent mieux armés pour aborder des sujets complexes face à des agriculteurs aux niveaux de connaissance très variés.

Quels bénéfices observez-vous pour les techniciens, la coopérative et les agriculteurs ?

Pour les techniciens, cette démarche redonne du sens au métier. Elle permet de dépasser une logique de réponse ponctuelle pour s’inscrire dans un accompagnement stratégique et durable.
Pour la coopérative, elle renforce la cohérence interne, la collaboration entre les services et la différenciation de l’offre de conseil.
Pour les agriculteurs, elle se traduit par un accompagnement plus robuste, plus crédible et mieux adapté aux réalités de terrain, capable de répondre aux enjeux climatiques et économiques actuels.

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