Unéal :  10 ans d’accompagnement en agriculture de régénération

Depuis dix ans, la coopérative Unéal intensifie son accompagnement en agriculture régénératrice avec des expérimentations sur les couverts végétaux, des collectifs d’agriculteurs, des partenariats de filière et une offre de conseil dédiée sous sa marque ODACIO. Philippe Touchais, directeur Innovation et Filières détaille cette montée en puissance qui façonne l’appui technique de la coopérative.

Philippe Touchais UNEAL PADV

On a démarré il y a une dizaine d’années sur l’agriculture régénératrice, avec deux axes principaux :

– Chaque année, nous étayons notre expertise en couverts végétaux. Notre service agronomique met en place des essais sur les couverts végétaux pour sélectionner les meilleures espèces et même créer nos propres mélanges pour répondre aux enjeux du territoire ! Il y a donc un investissement très fort de la coopérative sur ce sujet. Aujourd’hui, on répond au besoin sur plus de 125 000 hectares de couverts végétaux, une très belle performance en matière de durabilité si l’on considère qu’un hectare de couverts d’interculture représente 0,4 à 1,1t de CO stocké dans le sol !

– Par ailleurs, depuis 5-6 ans, nous nous sommes renforcés à travers des collectifs d’agriculteurs (4 GIEE regroupant environ 80 agriculteurs) animés autour de l’agriculture de conservation des sols. Cela s’est traduit par de nombreux essais et expérimentations sur les techniques de travail du sol simplifié, de semis, de destruction des couverts et de gestion des amendements. Ces groupes nous ont beaucoup appris sur leurs attentes en tant que pionniers, sur la manière de les accompagner à travers des dynamiques collectives et ça continue encore aujourd’hui ! 

L’enjeu est aujourd’hui de poursuivre notre investissement sur le sujet pour structurer encore nos références, renforcer les compétences internes et améliorer la qualité de l’accompagnement que nous proposons aux agriculteurs.

Comment accompagnez-vous les agriculteurs sur l’agriculture de régénération ?

Il y a 2 ans, nous avons restructuré notre stratégie d’accompagnement et services en lançant notre marque : ODACIO. L’idée était de constituer un catalogue d’offres qui répondent aux besoins identifiés sur le terrain. Dans l’enquête réalisée auprès de nos adhérents, 85% avaient exprimé le souhait de se faire accompagner sur l’agriculture régénératrice. Cela nous a conforté dans cette direction et nous avons construit l’offre ODACIO Régénération avec, comme chacune de nos offres : un logiciel de traçabilité, des analyses de sol et/ou de plantes, des outils d’aide à la décision, un suivi personnalisé, de l’information technique et des réunions collectives.

Dans ODACIO Régénération, cela se traduit à l’échelle individuelle par le calcul de l’Indice de Régénération (IR), l’outil développé par Pour une agriculture du Vivant. Nous intégrons également de nouveaux formats d’analyse sur la biologie des sols (typologie des matières organiques, analyse de la vie du sol) et bilan humique, permettant de suivre la trajectoire d’évolution du carbone et de la matière organique à l’échelle d’une parcelle. Ainsi, le technico-commercial propose une stratégie personnalisée sur le choix des couverts végétaux et des amendements. Si l’agriculteur le souhaite, nous pouvons aussi aller vers un accompagnement sur l’évolution du parc matériel et l’adaptation des outils, notamment sur le travail du sol.

Comment se déroule cet accompagnement ODACIO ?

Le dispositif repose sur le suivi d’une parcelle type de la rotation. Si l’agriculteur souhaite accélérer, il peut intégrer plusieurs parcelles la même année, avec davantage d’analyses.

Nous commençons par les analyses biologiques. Elles permettent une compréhension fine des matières organiques : distinction entre matière organique labile et stable, ratios carbone/azote, et analyse de la biologie des sols (équilibre bactéries/champignons, etc.). Au printemps, nous restituons les résultats à l’agriculteur et mettons en place un bilan humique à l’échelle d’une parcelle ou d’une rotation. Cela nous permet de visualiser les stocks de matière organique et de carbone, les exportations liées aux cultures et de simuler différents scénarios à l’échelle de la rotation. 

On peut ainsi délivrer un conseil sur la parcelle suivie : un temps important est consacré au choix des couverts en fonction des objectifs de l’agriculteur (amélioration de la structure du sol, contraintes de destruction, gestion des maladies ou des ravageurs…). On peut aussi ouvrir une réflexion plus globale avec l’agriculteur sur ses leviers d’amélioration en agriculture régénératrice puisque, sur le long terme, on pourra évaluer si l’exploitation est en situation de déstockage, de stabilité ou d’amélioration du stockage du carbone.

Un suivi est ensuite réalisé durant l’été pour vérifier la mise en œuvre des préconisations : implantation des couverts, techniques de destruction, besoins d’appui complémentaires. À cette période, on prépare également la parcelle qui sera suivie l’année suivante, si l’agriculteur souhaite poursuivre.

Nous disposons également de références sur la réduction du travail du sol, le choix des matériels (dents ou disques), et leur adaptation aux pratiques existantes. Cette partie est encore en cours de structuration, mais nous sommes déjà en capacité d’accompagner les agriculteurs sur ces sujets.

Comment organisez-vous le déploiement du dispositif à l’échelle de la coopérative Unéal ?

En 2025, nous avons mené une première campagne avec près de 50 agriculteurs dans la démarche ODACIO Régéneration. Cette phase nous a permis d’ajuster les méthodes, l’appropriation des outils et le calage des calendriers avec les agriculteurs. Pour la deuxième campagne, nous repartons de manière plus sereine, avec l’objectif d’atteindre 100 agriculteurs d’ici la fin de l’année. Dans le cadre de la démarche RSE du groupe, nous nous sommes fixés un cap de 700 adhérents engagés en agriculture de régénération d’ici 2030. On doit donc monter progressivement !

Cette offre est conçue pour être autoporteuse. Son coût reste raisonnable, de l’ordre de quelques centaines d’euros. Nous sommes convaincus qu’un investissement modéré dans le conseil peut rapidement être rentabilisé par une meilleure gestion des amendements et des couverts, avec des effets directs sur la fertilité des sols et la performance économique.

Nous savons cependant que, sans incitations économiques complémentaires, l’adhésion reste difficile. C’est pourquoi nous travaillons à rattacher notre accompagnement à des modèles techniques et financiers comme le Label bas carbone, Gaïago Carbone, ou encore COVALO Hauts-de-France…

Comment sont organisées vos équipes de la coopérative Unéal pour le déployer ?

Nous comptons environ 70 technico-commerciaux en productions végétales qui assurent le suivi des cultures et la vente des intrants, notamment les couverts végétaux et les amendements ! Nous les faisons monter en compétences et l’intérêt des équipes est grandissant sur ces sujets car c’est de la technique pure.

Nous nous appuyons également sur nos 18 techniciens Agronomie et Services. C’est une spécificité historique de la coopérative d’avoir fortement investi le champ du conseil et des Outils d’Aide à la Décision. Ces techniciens maîtrisent des sujets comme la traçabilité des exploitations, les données parcellaires, les plans de fumure (organique, minéral, amendements) et sont désormais formés aux outils comme l’Indice de Régénération et le Bilan Carbone. Nous leur ajoutons progressivement une compétence spécifique sur la fertilité biologique des sols et les couverts, en cohérence avec leurs missions existantes. Ils deviennent ainsi le fer de lance de notre accompagnement en agriculture régénératrice.

Finalement, c’est un triptyque qui repose sur l’accompagnement des techniciens Agronomie et Services, des techniciens Productions Végétales et sur le service agronomique mobilisé pour les animations collectives, les formations, l’expérimentation et la diffusion des références.

Quels sont les nouveaux enjeux pour Unéal ?

Nous sommes clairement dans une phase de déploiement. Après dix ans de structuration, les enjeux deviennent très opérationnels : gestion des données, temps de travail, réactivité vis-à-vis des promesses faites aux agriculteurs, spécificité des problématiques par parcelle.

Parmi les nouvelles thématiques, nous faisons un effort particulier sur la qualité de l’eau. Nous sommes sollicités depuis plusieurs années sur les aires d’alimentation de captage, mais nous avions du mal à trouver notre place. Désormais, nous en faisons une priorité stratégique. Cela passe par la formation des équipes sur les risques de lessivage de l’azote, les transferts de produits phytosanitaires, la substitution de matières actives à risque, l’intégration de techniques alternatives, la limitation du ruissellement et la réduction des traitements, notamment en désherbage des cultures de printemps. Nous renforçons également notre accompagnement auprès des collectivités et des syndicats d’eau, en actions collectives et individuelles. La situation de la qualité de l’eau n’est pas satisfaisante, et si rien n’est fait rapidement, les agriculteurs risquent de faire face à des interdictions de pratiques très contraignantes.

Enfin, un axe majeur concerne la mutualisation à l’échelle du groupe. Outre la coopérative et le négoce Ternoveo, le groupe Advitam dispose d’activités importantes sur le machinisme avec des concessionnaires CASA, VERHAEGHE et VERHAEGHE Irrigation. Ensemble, nous avons identifié quatre axes prioritaires de travail : la qualité de pulvérisation, le pilotage de l’irrigation, l’agriculture de précision, l’agriculture régénératrice notamment sur le lien entre pratiques agronomiques et choix du matériel. Une partie des solutions se situe à la frontière entre agronomie et machinisme. C’est sur ces synergies que nous travaillons désormais pour apporter des solutions plus complètes et opérationnelles aux agriculteurs !

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