NATUP :  de l’agriculture de précision à l’agriculture de régénération 

La coopérative NATUP a profondément transformé son modèle d’agriculture en dix ans, en combinant conseil agronomique, agriculture de précision et investissements dans l’aval des filières. Son directeur général, Laurent Lemarchand, revient sur la stratégie long terme de Natup : accompagner les agriculteurs vers plus de performance économique et de résilience, grâce aux groupes Explor’, à la formation des équipes et à une évolution en profondeur des pratiques agricoles.

Laurent LEMARCHAND NATUP PADV

Pouvez-vous présenter la coopérative NATUP ?

Nous accompagnons tous les types d’agriculture, que ce soit la polyculture-élevage ou le modèle céréalier. Nous comptons 5 000 adhérents et travaillons avec 7 000 agriculteurs. Nous avons coutume de dire que nous intervenons sur un périmètre qui va du Havre à Amiens d’ouest en est, et de Dieppe à Chartres du nord au sud.

En termes de contribution à la création de valeur du groupe, 50 % provient de nos activités agricoles historiques, appro et collecte, et 50 % vient de métiers dans lesquels la coopérative a investi depuis une dizaine d’années dans l’aval des filières.

Cela comprend :

  • une activité portuaire avec l’export de céréales au port de Rouen, à travers notre propre silo ;
  • une activité de transformation de légumes avec des filiales comme Pomme Alliance et Lunor ;
  • la transformation et la distribution de viande avec Les Éleveurs de la Charentonne ;
  • un réseau de magasins Gamm Vert ;
  • une activité dans les fibres naturelles où nous produisons des biomatériaux, en particulier à base de lin.

Comment s’organise l’activité de conseil de la coopérative NATUP ? Comment a-t-il évolué ?

L’accompagnement technique est central pour nous. Nous avons la conviction que l’agriculture de demain sera une agriculture plus intelligente, dans le sens où elle devra faire face à davantage de contraintes réglementaires, climatiques, technologiques ou de marché.

Le positionnement de NATUP est d’accompagner les agriculteurs dans la durée, car leur principal enjeu est d’aller chercher du rendement et de la valorisation sur leurs productions, dans la durée. Un agriculteur qui commence sa carrière jeune a 42 moissons devant lui. L’idée est de l’aider à optimiser son exploitation sur le long terme.

A titre d’exemple, depuis une dizaine d’années, NATUP est cofondateur et partenaire d’une entreprise appelée be Api, spécialisée dans l’agriculture de précision. Cela signifie que nous accompagnons les agriculteurs dans la modulation intraparcellaire : il ne s’agit plus de considérer chaque parcelle comme une entité de production unique, mais de la diviser en fonction de son sol, de sa fertilité et des enjeux associés (comme la proximité avec les cours d’eau). L’objectif est d’optimiser le ratio productivité / coût de production.

Il nous aura fallu 10 ans pour démocratiser ces solutions, dont nous sommes convaincus de la pertinence agronomique et économique. En 10 ans, nous avons converti environ 100 000 hectares. Nous représentons plus de 30 % des surfaces conduites en agriculture de précision à l’échelle nationale. Aujourd’hui, nous avons atteint un rythme de croisière d’environ 7 000 à 8 000 nouveaux hectares par an.

Les enjeux actuels sont de plus en plus tournés vers l’agriculture de régénération ou, autrement dit, vers des solutions agro-économiques. Dans un contexte de réduction des solutions chimiques autorisées, de contraintes accrues liées à la qualité de l’eau, de phénomènes de résistance des mauvaises herbes et de réchauffement climatique induisant une pression insecte croissante sur l’ensemble des périodes de l’année, combiné à des marchés incertains, certaines zones intermédiaires voient des fermes perdre de l’argent. Alors comment éviter la déprise agricole ? Une solution temporaire pourrait consister à favoriser l’agrandissement des fermes pour générer des économies d’échelle, mais cela ne résout pas tout. L’alternative repose sur le changement des pratiques agronomiques et des modèles d’exploitation : remise en place de couverts, réintroduction de matière organique dans les sols, limitation de l’évapotranspiration… Et pour cela, il faut de la matière organique, donc de l’élevage. L’élevage permet aussi de créer des débouchés pour des cultures de printemps. 

De la même manière, on peut également parler de méthanisation qui valorise des cultures intermédiaires et ainsi rend davantage acceptable une culture de printemps, qui constitue un levier performant de gestion du salissement. 

En parallèle de ces leviers agronomiques cela nécessite :

  • de la formation (en partie notre métier, en partie celui du ministère de l’Agriculture et de celui de l’Éducation nationale) ;
  • de l’accompagnement technique ;
  • des solutions sociales pour organiser le travail et limiter les contraintes d’astreinte ;
  • de l’acceptabilité territoriale, avec une communication positive auprès des élus et représentants de l’État.

Notre métier est d’accompagner les agriculteurs dans toutes ces transformations.

Pouvez-vous présenter le fonctionnement des groupes Explor’ ?

Le principe est de réunir une quinzaine ou une vingtaine d’agriculteurs autour d’une thématique commune. Si deux agriculteurs d’une même zone pédoclimatique testent des modalités différentes sur les cultures associées, les couverts ou les évolutions de rotation, par exemple,  ils peuvent comparer leurs pratiques et aller plus vite.

Les groupes permettent d’accélérer les tests et l’adoption des transitions ; de mutualiser les coûts d’accompagnement ; de maximiser l’impact à travers le collectif. Ils offrent également un lien humain.

Nous accompagnons aujourd’hui 20 groupes de 20 agriculteurs, soit 400 agriculteurs (10 à 20 % des adhérents actifs). Ils sont placés sous une double tutelle : service agronomie et service de proximité terrain. En équivalent temps plein, deux ETP de la coopérative sont dédiés à 100 %, complétés par le temps des technico-commerciaux.

C’est un investissement de long terme pour fidéliser et démontrer l’efficacité de pratiques alternatives.

Comment fonctionne la formation certifiante Badge Agro ?

En parallèle des groupes Explor’, nous avons lancé une formation agronomique pour l’ensemble des technico-commerciaux (nous en comptons une centaine), en partenariat avec l’école d’ingénieurs en agriculture Unilasalle. L’objectif est de leur donner un socle commun de compétences en pratiques agronomiques et en agriculture de régénération.

Historiquement, nous parlions de produits. Désormais, nous parlons de pratiques culturales : rotation, itinéraires techniques chimiques et mécaniques, agriculture de précision, gestion du sol, couverts, cultures associées.

La formation était au départ une participation volontaire obligatoire (CVO). Les premiers volontaires ont ensuite promu la formation auprès des autres. Les retours sont très positifs. C’est devenu un outil de fidélisation des commerciaux.

Une dernière idée sur l’avenir du conseil ?

Les distributeurs de produits de synthèse devraient être tenus de faire de la pédagogie sur la bonne utilisation des produits et sur les alternatives. Un produit n’est efficace que s’il s’inscrit dans des pratiques agronomiques cohérentes. Exemple : un désherbage chimique ne peut être pleinement efficace que si la rotation a déjà permis de gérer une grande partie des problématiques.

Il ne faudrait pas que certains acteurs vendent des intrants chimiques à bas prix sans accompagnement technique, sans dialogue avec les préfectures, les agences de l’eau … 

Les efforts engagés dans les groupes Explor’ ou avec PADV devraient être obligatoires pour tous les acteurs commercialisant des produits aux agriculteurs.

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