Initiée en 2024, le Projet “Bourse Recherche-Action à la Ferme” (BRF) a pour objectif de mettre en lumière les pratiques novatrices et les démarches exemplaires d’agriculteurs engagés dans l’agroécologie. Porté par la Mirova Foundation, fonds de dotation de Mirova, ce programme s’intègre dans un accompagnement sur mesure qui associe appui financier, développement des compétences et stratégie de communication.


Chaque mois, le projet met à l’honneur le portrait d’un agriculteur pionnier, partageant son expérience dans sa transition agroécologique : préservation des sols, biodiversité et bénéfices concrets au quotidien.

Jean-Christophe Bady : un pionnier de l’agroécologie

Jean-Christophe Bady : « J’ai toujours eu en tête la préservation des sols et de la biodiversité »

Adapter les pratiques aux contraintes de la ferme

Je me suis installé en 1996 sur 66 ha en agriculture conventionnelle, je suis passé en agriculture biologique en 2007, puis j’ai repris la ferme familiale en 2011, ce qui m’a permis d’agrandir la ferme sur 131 hectares, le tout en AB (Agriculture Biologique). La charrue et la pompe à désherber ont été les premiers matériels que j’ai vendus. Avec les pratiques de l’AB, où la chimie est remplacée par le travail du sol et les engrais chimiques par des engrais organiques, j’ai vu, en cinq ans, mes terres envahies de chardons, et les sols étaient toujours dégradés.

À partir de 2011, j’ai commencé à implanter des couverts végétaux. J’ai fait venir du carthame d’Argentine, mais je continuais à trop travailler le sol pour détruire les couverts. Finalement, je perdais tous les bénéfices et ce n’était pas du tout satisfaisant. Les sols étaient asséchés et l’activité biologique du sol réduite. En 2012, j’ai investi dans un semoir pour semis direct et un rouleau Faca, et suis passé du jour au lendemain en semis direct : 130 ha d’essai, on m’a dit « t’es malade ! ». La première année, ça a fonctionné ; la deuxième aussi. Mais la troisième année, ça n’a pas marché, et la quatrième, j’ai pris de la grêle. Dans ces cas-là, il faut faire preuve d’humilité car on apprend beaucoup de ce qui n’a pas marché. J’ai compris que le semis direct sur couvert vivant, en bio, sur ma ferme (avec des sols à 33 % d’argile et seulement 1,6 % de matière organique), sans travail du sol, ce n’est actuellement pas possible.

Mes sols se ferment naturellement en semis direct et, à un moment, plus rien ne pousse. Il me faut donc intervenir pour les aérer, surtout au printemps. Mon taux de matière organique ne permettait pas de nourrir les sols, les couverts et les cultures. 

Tracteur agricole en travail du sol sur une ferme en agroécologie
Main d’agriculteur tenant des épis de blé ancien dans un champ en agroécologie

Un tournant vers une agriculture biologique qui régénère et respecte les sols et l’environnement

Les variétés anciennes ont apporté une réponse : des plantes nécessitant très peu d’eau, qui poussent vite et stockent du carbone restitué plus tard dans le sol. Je pars du principe que tout ce qui ne pousse pas naturellement sur ma ferme n’a pas sa place. J’ai un lac de 25 000 m³, mais je n’irrigue pas. Il sert de réserve de biodiversité, et les canards permettent de lutter contre les limaces. Sur la ferme, toutes les cultures sont menées en association. Les couverts sont composés d’une vingtaine d’espèces, et j’utilise aussi des couverts permanents afin de stocker de l’azote et protéger les sols.


J’ai réintroduit un travail du sol, afin de l’aérer, en Techniques Culturales Simplifiées (TCS léger), et je suis repassé au semoir combiné. J’ai aussi modifié mon écrouteuse en inversant le sens de rotation des étoiles pour réduire l’agressivité de l’outil et je l’utilise comme semoir à petites graines. En 2015, j’ai mesuré des résultats très positifs (avec l’Agence de l’Eau Adour-Garonne) sur l’environnement et la qualité de l’eau de la ferme. Cependant, les rendements et les résultats économiques n’étaient pas au rendez-vous. En 2019, j’ai donc mis en place un pôle de préservation et de multiplication des variétés anciennes (céréales, légumineuses, oléagineuses et crucifères). Au total, cela représente 22 espèces végétales, dont 112 variétés différentes. J’ai aussi planté 6 ha en agroforesterie et 18 km de haies dans le but d’augmenter la biodiversité sur la ferme, en plus d’un verger de 250 sujets et de 300 ruches sédentaires. 

Des résultats durables grâce à des sols vivants et un environnement diversifié

Depuis 2011, je n’apporte aucun amendement extérieur sur mes parcelles. Pourtant, le taux de matière organique de mes sols est passé de 1,2 % en 2011 à 2,3 % aujourd’hui (analyse INRA). En comprenant le fonctionnement du sol (eau, air, chaleur), j’ai pu augmenter l’activité biologique de mes sols, passant de 800 kg/ha de vers de terre en 2018 à 950 kg/ha en 2021. Il n’y a plus de ruissellement ni d’érosion des terres, et le sol est capable d’absorber 63 mm d’eau au m²/heure. Les analyses nutritives sur les productions, les miels ou les huiles sont impressionnantes. Les résultats sont nettement supérieurs aux références habituelles en bio. C’est ma preuve qu’un sol vivant permet de produire des aliments de meilleure valeur nutritive. 

Ma ferme est en constante évolution afin de pratiquer une agriculture qui régénère le sol, stocke des ressources et nourrit sainement et durablement les consommateurs.

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