Attirer les talents et former les métiers de demain grâce à l’agroécologie

Le secteur agricole et agroalimentaire traverse une période charnière. Alors que les départs à la retraite s’accélèrent, les difficultés de recrutement se multiplient dans les exploitations, les coopératives, les organismes de conseil ou les entreprises agroalimentaires. Dans le même temps, les attentes des jeunes générations évoluent profondément : recherche de sens, impact environnemental, innovation, qualité de vie et contribution sociétale deviennent des critères centraux dans les choix d’orientation et de carrière.

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Dans ce contexte, l’agroécologie apparaît progressivement comme un levier de transformation capable de redonner de l’attractivité aux métiers du vivant. Non seulement parce qu’elle renouvelle les pratiques agricoles, mais aussi parce qu’elle repositionne l’agriculture comme un secteur d’innovation, de transition écologique et d’utilité collective.

Pour les entreprises des filières agricoles et agroalimentaires, l’enjeu dépasse désormais la seule question RH. Former les compétences de demain, accompagner les transitions techniques et construire des trajectoires professionnelles attractives deviennent des sujets stratégiques, à la croisée des enjeux économiques, sociétaux et RSE.

Cet article analyse les transformations en cours, les nouvelles compétences recherchées et les initiatives qui émergent pour reconnecter les jeunes talents aux métiers agricoles et agroalimentaires.

Une crise de renouvellement qui fragilise les filières

Le défi du renouvellement des générations

Le renouvellement des générations agricoles constitue aujourd’hui l’un des principaux défis du secteur. Selon le ministère de l’Agriculture, près de la moitié des agriculteurs français partira à la retraite dans les dix prochaines années. Cette dynamique crée une tension forte sur la transmission des exploitations et sur la continuité des savoir-faire agricoles.

Les difficultés ne concernent pas uniquement les chefs d’exploitation. Les coopératives, négoces, instituts techniques, entreprises agroalimentaires ou structures de conseil rencontrent également des tensions croissantes pour recruter des profils qualifiés capables d’accompagner les transitions agricoles.

Cette pénurie touche particulièrement certains métiers techniques : agronomie, conseil cultures, gestion des sols, agriculture de précision, biodiversité, pilotage carbone ou accompagnement des transitions agroécologiques.

Dans de nombreux territoires, les entreprises font face à une double difficulté :

  • attirer de nouveaux profils ; 
  • faire évoluer les compétences des salariés déjà en poste. 

La transition agroécologique accélère cette transformation des métiers.

Le constat se renforce encore à l’échelle nationale. La filière agricole, quatrième employeur de France, anticipait près de 200 000 projets de recrutement en 2025 selon France Travail, alors même que les intentions d’embauche reculaient de 8,1 % sur un an, signe d’une tension durable sur la main-d’œuvre. La pyramide des âges accentue cette fragilité : 45 % des chefs d’exploitation avaient au moins 55 ans en 2023, tandis les projections indiquent que la moitié des agriculteurs partira à la retraite d’ici 2030. Aujourd’hui, la France ne compte plus que deux installations pour trois départs.

Des compétences en profonde évolution

Les attentes des filières évoluent rapidement. Les entreprises recherchent désormais des profils capables de maîtriser simultanément les enjeux agronomiques, les outils numériques, les questions climatiques, les approches systèmes, la gestion de la biodiversité, les logiques de filières et de traçabilité. Les compétences liées à l’agroécologie deviennent progressivement stratégiques : biocontrôle, régénération des sols, couverts végétaux, agroforesterie, réduction des intrants, agriculture de précision, biodiversité fonctionnelle, gestion de l’eau, adaptation climatique… 

Cette évolution transforme profondément les besoins de formation initiale et continue.

Selon Icosystème, la formation en agroécologie devient aujourd’hui « un pilier essentiel pour bâtir l’avenir du secteur », notamment face aux défis liés au changement climatique, à la dégradation des sols et aux nouvelles attentes sociétales.

Le défi est d’autant plus important que plus de la moitié des candidats à l’installation est désormais issue du non-agricole. Les savoir-faire doivent donc être transmis à de nouveaux profils parfois éloignés du monde agricole traditionnel. Dans un rapport publié en juillet 2025, le CGAAER identifie d’ailleurs la montée en compétence des équipes terrain sur l’agroécologie, le biocontrôle ou le pilotage par la donnée comme un levier majeur d’accélération des transitions agricoles.

L’agroécologie comme facteur d’attractivité

Redonner du sens aux métiers agricoles

L’agriculture souffre parfois d’une image dégradée auprès des jeunes générations : pénibilité, isolement, difficultés économiques ou pression réglementaire. Pourtant, parallèlement, les attentes sociétales autour de l’alimentation, du climat et de la biodiversité n’ont jamais été aussi fortes. Cette contradiction ouvre un espace de transformation.

L’agroécologie permet de repositionner les métiers agricoles autour de plusieurs dimensions particulièrement attractives pour les jeunes publics :

  • contribution concrète à la transition écologique ; 
  • impact direct sur les territoires et l’alimentation ; 
  • innovation technique ; 
  • autonomie et expérimentation ; 
  • lien au vivant ; 
  • utilité sociale. 

De nombreuses entreprises observent aujourd’hui que les projets liés aux sols, à la biodiversité ou à la régénération des systèmes agricoles suscitent davantage d’engagement chez les jeunes collaborateurs.

Les nouvelles générations recherchent de plus en plus des métiers capables de combiner innovation, impact et cohérence avec leurs valeurs personnelles.

Cette quête de sens est confirmée par plusieurs études récentes. Selon l’enquête Ifop / Fondation de France publiée en 2024, 45 % des 18-25 ans déclarent que les catastrophes climatiques constituent un moteur d’engagement personnel. Dans le même temps, le regard porté sur l’agriculture reste globalement positif : selon l’Ifop et Ouest-France, 3 Français sur 4 disent faire confiance aux agriculteurs, 85 % reconnaissent leur rôle clé dans l’alimentation et 77 % dans la protection de la biodiversité.

Une agriculture innovante et technologique

Contrairement à certaines représentations encore présentes, l’agroécologie ne correspond pas à un retour en arrière technique. Elle mobilise au contraire des compétences de plus en plus complexes :

  • agronomie avancée ; 
  • observation biologique ; 
  • analyse de données ; 
  • capteurs et outils numériques ; 
  • pilotage de l’irrigation ; 
  • outils d’aide à la décision ; 
  • intelligence collective ; 
  • expérimentation terrain. 

Cette hybridation entre innovation technologique et compréhension du vivant constitue aujourd’hui un facteur d’attractivité majeur.

L’agriculture devient progressivement un secteur mêlant sciences du vivant, numérique, climat, biologie des sols, gestion des données et pilotage des écosystèmes. Pour les jeunes diplômés, cette évolution ouvre des perspectives professionnelles nouvelles, bien au-delà des représentations traditionnelles du secteur agricole.

Cette dynamique se retrouve également dans les politiques publiques de formation. La campagne nationale « L’Aventure du Vivant » a accueilli plus de 40 000 visiteurs au premier semestre 2025 et plus de 250 000 depuis son lancement en 2019. Le réseau de l’enseignement agricole compte aujourd’hui plus de 215 000 élèves, avec près de 12 000 apprenants supplémentaires en cinq ans. Les taux d’insertion professionnelle atteignent 87% en bac professionnel et 90 % en BTSA, illustrant la forte employabilité des métiers du vivant.

Former aux métiers de demain : un enjeu stratégique pour les entreprises

La formation continue devient centrale

Face à la rapidité des transformations, les entreprises ne peuvent plus uniquement compter sur la formation initiale. La montée en compétence des équipes devient un enjeu stratégique pour des profils variés : techniciens ; responsables filières ; équipes RSE ; acheteurs agricoles ; managers ; directions générales…

L’agroécologie implique en effet des changements systémiques qui dépassent largement la seule production agricole. Les entreprises doivent aujourd’hui comprendre :

  • les dynamiques agronomiques ; 
  • les impacts climatiques ; 
  • les indicateurs de biodiversité ; 
  • les trajectoires carbone ; 
  • les attentes réglementaires ; 
  • les nouveaux modèles économiques des filières. 

Cette transformation nécessite de nouveaux dispositifs pédagogiques.

Le plan national « Enseigner à Produire Autrement pour les transitions et l’agroécologie » (EPA2), déployé entre 2020 et 2024, a fortement contribué à structurer cette évolution pédagogique. Il repose notamment sur l’approche systémique, la gestion de l’incertitude et le développement de projets collectifs liés aux transitions agricoles et alimentaires.

Le rôle croissant des formations spécialisées

Des structures spécialisées émergent aujourd’hui pour accompagner cette montée en compétence. C’est notamment le cas d’Icosystème, organisme de formation dédié à l’agroécologie et à l’accompagnement des transitions agricoles. L’entreprise développe des formations destinées aux agriculteurs, techniciens, conseillers et acteurs des filières agricoles et agroalimentaires. Les programmes portent notamment sur :

  • la compréhension et la régénération des sols ; 
  • les pratiques agroécologiques ; 
  • la fertilisation raisonnée ; 
  • les systèmes de culture régénératifs ; 
  • les outils numériques ; 
  • l’accompagnement du changement. 

Selon Arnaud Richard, DG d’Icosystème les formations doivent aujourd’hui permettre « d’accompagner la transformation des systèmes agricoles vers la durabilité » en combinant innovation, pragmatisme et accompagnement terrain. 

De nouvelles formations émergent également pour accompagner cette transition, à l’image du Bachelor Agro lancé à la rentrée 2026 afin de former les futurs cadres des transitions agricoles et agroécologiques.

COVALO Hauts-de-France : renouveler les générations agricoles

Le projet COVALO Hauts-de-France, porté par Pour une Agriculture du Vivant, vise à créer les conditions du passage à l’échelle de l’agroécologie dans les territoires. Cette coalition territoriale réunit agriculteurs, coopératives, industriels, financeurs et acteurs publics autour d’un objectif commun : construire des modèles agricoles plus résilients et attractifs.

Pour les entreprises partenaires, participer à COVALO revient également à contribuer à des problématiques sociétales majeures : renouvellement des générations ; attractivité des métiers agricoles ; adaptation climatique ; souveraineté alimentaire ; préservation des ressources naturelles. 

Le programme agit également comme un levier de renouvellement des générations en mobilisant accompagnement technique, financement et mise en réseau des acteurs régionaux. Pour une entreprise, contribuer à COVALO revient aussi à participer concrètement à la sécurisation de la relève agricole sur les territoires.

Former les agriculteurs, techniciens et décideurs

Une approche systémique de la formation

L’un des enjeux majeurs de la transition agroécologique réside dans la capacité à former simultanément plusieurs catégories d’acteurs : agriculteurs, techniciens, conseillers, directions stratégiques, dirigeants de coopératives et d’entreprises agroalimentaires.

Les décisions prises par les entreprises ont en effet un impact direct sur les pratiques agricoles : cahiers des charges ; politiques d’achat ; contractualisation ; indicateurs RSE ; valorisation économique des transitions. La sensibilisation des directions générales et des COMEX devient donc essentielle.

Sensibiliser les entreprises aux enjeux du vivant

De plus en plus d’entreprises agroalimentaires cherchent aujourd’hui à former leurs équipes dirigeantes aux enjeux agroécologiques : compréhension des sols ; risques climatiques ; biodiversité ; sécurité d’approvisionnement ; résilience des filières ; évolution des modèles agricoles. Cette montée en compétence permet de rapprocher les réalités de terrain des décisions stratégiques prises en entreprise.

Pour une Agriculture du Vivant agit comme un « tiers de confiance de la transition agroécologique », capable de créer des ponts entre agriculteurs, acteurs économiques et institutions. Cette logique de coopération devient centrale pour renforcer l’attractivité des métiers agricoles : les jeunes générations recherchent de plus en plus des environnements de travail cohérents, collaboratifs et porteurs de sens.

PADV et ICOSYSTEME développent aujourd’hui des approches complémentaires permettant de former à la fois les techniciens et agriculteurs sur le terrain, mais aussi les COMEX et directions d’entreprises agroalimentaires. L’objectif est d’ancrer les enjeux agroécologiques au plus haut niveau de décision afin que les stratégies des entreprises aient un impact durable sur l’avenir des métiers agricoles et sur l’attractivité des filières.

AgroCursus-IR : former à l’agriculture régénératrice

Développé par Pour une Agriculture du Vivant et Icosystème, AgroCursus-IR est un programme de formation continue destiné aux agriculteurs et techniciens agronomes engagés dans la transition agroécologique.

Durant 18 mois, le parcours combine journées terrain, webinaires et e-learning autour de l’Indice de Régénération (IR), afin d’aider les participants à mieux comprendre leurs systèmes de culture, à identifier leurs leviers de progrès et à construire des plans d’action adaptés à leur contexte agronomique.

Les thématiques abordées couvrent notamment la fertilité et la structure des sols, les couverts végétaux, la biodiversité, la gestion durable des adventices, la réduction des intrants, la construction de systèmes de culture résilients.

Pensée comme une formation concrète et opérationnelle, AgroCursus-IR associe montée en compétences agronomiques, expérimentation terrain et dynamique collective.

L’innovation collective comme moteur d’engagement

Des projets concrets qui mobilisent les jeunes générations

Les projets agroécologiques territoriaux jouent également un rôle important dans l’attractivité du secteur. Contrairement à des approches descendantes, ces projets reposent souvent sur l’expérimentation collective ; le partage d’expériences ; les réseaux d’agriculteurs ; les démonstrations terrain ; les dynamiques locales. 

Cette approche collaborative correspond davantage aux attentes des nouvelles générations professionnelles. Les jeunes talents recherchent aujourd’hui :

  • des environnements d’apprentissage continus ; 
  • des organisations plus horizontales ; 
  • des projets collectifs ; 
  • une capacité d’impact visible. 

Les dynamiques agroécologiques répondent souvent à ces aspirations.

Le vivant comme sujet d’innovation

L’agroécologie transforme également l’image de l’innovation agricole. Pendant longtemps, l’innovation était principalement associée à la mécanisation, à la chimie, à l’augmentation de la productivité… Aujourd’hui, de nouveaux champs émergent :

  • biologie des sols ; 
  • biodiversité fonctionnelle ; 
  • bio-inspiration ; 
  • agroforesterie ; 
  • microbiologie ; 
  • technologies de mesure environnementale ; 
  • agriculture régénératrice ; 
  • intelligence agronomique. 

Cette évolution repositionne le secteur agricole comme un espace d’innovation scientifique, environnementale et sociétale.

Perspectives 2026-2028 : construire des filières attractives et durables

Anticiper les besoins de compétences

Les prochaines années devraient accentuer les besoins en compétences dans les filières agricoles et agroalimentaires. Les entreprises devront notamment renforcer leurs capacités sur l’agronomie, le climat, la biodiversité, les données environnementales, le pilotage carbone, l’accompagnement du changement, les stratégies RSE. 

Cette évolution impose d’anticiper dès maintenant les futurs besoins de recrutement et de formation. Les entreprises capables d’investir rapidement dans la montée en compétences disposeront probablement d’un avantage important. La loi du 24 mars 2025 d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations a d’ailleurs fait de l’attractivité des métiers agricoles une priorité nationale. Les données publiées par France Travail sur les besoins en main-d’œuvre permettent désormais aux entreprises d’anticiper plus finement les tensions à venir selon les métiers et les territoires.

Renforcer la marque employeur des filières agricoles

L’attractivité devient également un enjeu de marque employeur. Les entreprises agricoles et agroalimentaires qui démontrent :

  • un engagement environnemental crédible ; 
  • des projets de transition concrets ; 
  • une capacité d’innovation ; 
  • une attention portée au vivant ; 
  • une gouvernance cohérente ; 
  • des partenariats avec les agriculteurs ; 

pourront plus facilement attirer les nouvelles générations. L’agroécologie devient ainsi un levier RH autant qu’un sujet agronomique ou environnemental.

Trois leviers émergent particulièrement pour les entreprises : rendre les parcours professionnels plus lisibles et porteurs de sens, anticiper les compétences agroécologiques plutôt que de recruter dans l’urgence, et renforcer la marque employeur par des engagements visibles sur le terrain – partenariats coopératifs, formations financées ou mécénat de compétences.

Conclusion

Le renouvellement des générations agricoles constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour l’ensemble des filières alimentaires. Face aux tensions de recrutement, aux transformations climatiques et aux nouvelles attentes sociétales, les métiers agricoles et agroalimentaires doivent se réinventer.

Dans cette évolution, l’agroécologie apparaît comme un levier structurant :

  • elle redonne du sens aux métiers ; 
  • elle stimule l’innovation ; 
  • elle favorise l’apprentissage collectif ; 
  • elle reconnecte les entreprises aux réalités du vivant ; 
  • elle crée de nouvelles perspectives professionnelles. 

 

Mais cette transformation ne pourra réussir sans un effort massif de formation, d’accompagnement et de coopération entre agriculteurs, entreprises, coopératives et acteurs publics.

Les entreprises qui investissent dès aujourd’hui dans les compétences agroécologiques construisent non seulement leur résilience future, mais aussi leur capacité à attirer les talents de demain. L’agroécologie devient ainsi un sujet à la fois agricole, humain, stratégique et sociétal.

Plus que jamais, entreprises, coopératives et agriculteurs partagent désormais les mêmes enjeux : souveraineté alimentaire, transition écologique, renouvellement des générations et sécurisation des filières. C’est dans ce lien renforcé entre les acteurs du vivant que se jouera l’attractivité durable des métiers agricoles de demain.

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