POMME

Croquer dans une pomme peut être mortel. Les adeptes de la bible le savent bien mais aussi les mangeurs alertes sur les questions des perturbateurs endocriniens ainsi que les producteurs vertueux de pomme : ils savent que ce fruit peut être source de délice s’il est bien nourri et choyé. Visite de verger.

D’où vient-elle ?

Dans les vergers de la Tesserie, en Maine et Loire, les herbes hautes concurrencent les jeunes pommiers. Spontanées, elles atteignent presqu’un mètre cinquante de haut et ça ne gêne certainement pas Pascal Pineau, l’arboriculteur, représentant de la troisième génération de paysans sur ces terres. Son père et sa mère, ainsi que sa femme, travaillent encore sur les 250 ha de l’exploitation. Une partie est en bio, l’autre non : mais toutes les pommes sont bonnes, justes et propres. Divisées par des haies, les petites parcelles de 5ha maximum sont habitées par une variété d’insectes innombrables. Une entomologiste a d’ailleurs entrepris de les compter. Elle a recensé des syrphes et des chrysopes qui mangent les pucerons mais aussi trente trois espèces d’abeilles sauvages ! La pollinisation se fait donc naturellement.
Le but de Pascal est d’assurer le gîte et le couvert à tout ce petit monde, plus les vers de terre ! Pour le nourrir, il garde les herbes hautes, et sème du couvert végétal, du lin, des tournesols, du sarrasin… Pour le loger, il plante trois kilomètres de haies chaque année depuis trois ans et pour encore trois ans. Il les cloisonne afin que les insectes puissent se déplacer sur toute l’exploitation en étant bien à l’abri.
« Si on regarde mon verger de loin et avec les yeux d’un néophyte, on peut croire qu’il est mal entretenu. Mais toutes ces herbes, que je n’appellerai plus jamais mauvaises herbes, font de la photosynthèse : elles capturent le carbone qu’il y a dans l’air et elle le stocke dans le sol qui en a bien besoin. Elles préparent les sols pour les pommiers qui fleuriront un peu plus tard. Rien de mauvais là-dedans ! Que du bon ! »

 

Et d’ailleurs, ce sol gavé de carbone, que raconte-t-il ? « La terre est de plus en plus brune » jubile Pascal qui est passé à l’agro-écologie après avoir souffert des sols si compacts qu’ils n’absorbaient plus l’eau. Aujourd’hui, au pied des pommiers, il y a de plus en plus de déjection de vers de terre, signe qu’en dessous le sol est bien aéré. Après dix ans d’agriculture du vivant, le sol grouille de vie. Pascal voit son verger sortir du cercle vicieux : intrants à haute dose, racines chétives et pourrissantes, fruits passables. Les racines des pommiers et des poiriers plongent maintenant jusqu’à 2m de profondeur. Elles nourrissent ainsi des arbres dont les feuilles sont bien vertes, signe que la photosynthèse marche à plein ! « Aujourd’hui, quand je regarde les arbres du verger je me dis qu’ils sont comme des gens bien nourris. Bien sûr, je dois toujours les protéger mais ils affrontent les petits bobos de façon sereine. Ils n’attirent plus les parasites. Ils n’ont plus de pucerons car le verger est propre grâce à la multitude d’insectes qui y vivent. Les arbres sont zen. »

Pour être concentré sur la pomme, il faut voir le verger de façon holistique… s’attarder sur les insectes, le sol, les semis… sinon on fait des bêtises qui auront des conséquences sur la pomme.

Pascal Pineau

Qui est-il ?

Sur ces arbres de la tranquillité, poussent une quinzaine de variétés de pomme et quatre de poires. Golden, Granny, Fuji, Chantecler, Reinette grise du Canada mais aussi des pommes locales comme la Patte de loup ou la Reinette d’Armorique.
Une partie est labellisé bio mais le tout est Agriculture du Vivant ! Cela donne des fruits dont la minéralité (comprenez les sels minéraux) est de plus en plus élevée. Les pommes sont bien fermes, elles pourrissent et se déshydratent moins vite, ce qui permet à Pascal de les stocker durant une année pour les plus robustes d’entre elles. Cueillies à la main, elles sont ensuite conservées dans des chambres froides gigantesques avant d’être acheminées par eau courante vers leur lieu de polissage (à la brosse de crin de cheval) et de conditionnement. Triées à la caméra et au scan, toutes les pommes qui sortent de chez Pascal rentrent dans les standards de beauté des étalages les plus commerciaux. Il exporte en Europe et au-delà, ces petits joyaux aromatiques pleins de sucre, de croquant et de désaltérant.

Où va-t-elle ?

De plus en plus loin, car, même après dix ans de pratique, Pascal Pineau considère qu’il ne sera jamais arrivé à la perfection de l’auto-fertilité. Ses pommes seront donc chaque année plus proches du vivant, issues d’une terre dépolluée grâce aux couverts végétaux, et habitée par une multitude d’insectes, de vers de terre, mais aussi de mycorhizes et de racines de plus en plus profondes.

Vous voulez semer votre graine ?

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D’où vient-il ?

2000 Pascal Pineau prend conscience de la mort des sols. Ils osnt compacts, n’absorbent plus l’eau et les racines des arbres pourrissent.

2018 Cette année-là Pascal Pineau n’a pas désherbé sous les pommiers car il y avait un couvert végétal.

11 000 tonnes de fruits sont produits chaque année dans le Verger de la Tesserie.

500 000 arbres fruitiers vivent tranquillement dans le verger de Pascal Pineau.